Auguste Pointelin

(1839-1933)


Sobriété, abstraction, mélancolie, paysages et couleurs froides… Auguste Emmanuel Pointelin est une sorte de mystique en marge des courants artistiques de son époque, réduisant au fil du temps et de ses œuvres l'espace du tableau à l'unique dualité (!) Terre-Ciel où un arbre n'est plus tout à fait un arbre mais l'axis mundi qui relie l'homme au divin.


• Né de parents limonadiers-vignerons, il décide adolescent de devenir peintre. Élève au collège d’Arbois, Auguste Pointelin suit l'enseignement du professeur de dessin arboisien Victor Maire. Sur les conseils de son maître, Pointelin devient professeur et choisit les mathématiques afin de n'avoir que quatorze heures de cours par semaine, au lieu de vingt pour les lettres. Il est tout d'abord répétiteur au Lycée de Douai puis, à partir de 1871, professeur de mathématiques au collège d'Avesnes-sur-Helpe dans le Nord. En 1865, Pointelin se rend à Paris afin de visiter le Salon des artistes français. Ce Salon fut certainement l’un des plus libéraux, après le scandale du Salon des refusés de 1863, et plus de 3 000 œuvres y étaient exposées, dont des œuvres de Monet, Daubigny, Pissarro, Renoir, Fantin-Latour, le Portrait de Proudhon par Courbet et l’Olympia de Manet. Depuis l’école de Barbizon et Corot, le goût pour le paysage s’est propagé, et le Salon présente de nombreux suiveurs de ces peintres. Robert Fernier, fondateur du musée Gustave Courbet à Ornans, rapporte les souvenirs de Pointelin sur ce premier Salon: “Je vis des tableaux qui semblaient offrir le même intérêt par le sujet et par la manière dont ils étaient traités. Je les comparai et je compris que l'art n'était pas fait d'exécution mais de simplification”. Enthousiasmé et sûr d'y trouver un jour sa place, il y expose effectivement l’année suivante, en 1866, deux toiles. Le Salon de 1866 est particulièrement agité à la suite du suicide de Jules Holtzapffel (de), l’un des refusés, mais ce sont surtout les deux tableaux de Courbet, La Remise des chevreuils et la Femme au perroquet qui marquent le public. En confrontant ainsi ses premiers essais aux toiles des autres artistes du Salon, il juge ses tableaux "d'une convention stérile" et n'expose à nouveau qu'en 1869. En 1870, il épouse à Paris, Marie Adelina Durand et n'expose pas pendant 3 ans. Pointelin mène une double vie : professeur de mathématiques pendant près de 20 ans dans le Nord et peintre du Jura, il ne cesse de peindre de souvenir les paysages franc-comtois et suit une carrière "semi-officielle", exposant régulièrement de 1874 jusqu'à sa mort, et récoltant prix et récompenses au cours des années mais restant en marge des cercles artistiques et des courants picturaux majeurs. Ne cédant ni au courant réaliste, ni à l’idéal rustique des peintres de Barbizon, ni aux tentations coloristes des impressionnistes, son originalité est révélée dans son grand tableau de 1876, Sur un plateau du Jura. Récompensé au Salon par une mention honorable, et aujourd’hui conservé au musée de Dole, il surprend par la taille et l’austérité de ce paysage dénudé et inhabité. À la suite de ce succès et sur la recommandation de Louis Pasteur, le tableau est acheté par l'État. C'est à nouveau grâce à l’appui de Pasteur qu'il est nommé en 1876 au lycée Louis-le-Grand à Paris. Pointelin, malgré son choix délibéré de peindre le Jura, souhaite vivre à Paris, "milieu propice à tous les progrès". Là, comme lors de ses années passées dans le Nord, il ne s’éloigne que rarement de son principal sujet : le "souvenir affectif" des paysages jurassiens, la traduction de son émotion face à une nature dépouillée de tout artifice et de toute anecdote. Il ne peint pas d’après nature mais d’après son sentiment. Jules de Gaultier, célèbre pour son analyse sur le bovarysme, et de fait connaisseur des âmes sensibles, compare l’impression provoquée par les œuvres Pointelin au sentiment de la nature même, à l’émotion intime que l’homme éprouve face au monde. Pointelin, dans ses paysages le plus souvent et volontairement inhabités, sans scène historique ou champêtre, confronte le spectateur à sa propre solitude, "en nous inscrivant en dehors du cadre, à sa propre place, celle de l'artiste". "Pour ce "méditatif", l’image n’est rien : il va plus loin que l’image, plus loin que l’impression, plus loin que la vie terrestre… Il traduit, en d’insoupçonnables tonalités, le monde des âmes et l’immense univers des aspirations éthérées". Préférant l'heure indécise entre chien et loup et les aubes incertaines, il devient pour le public et la critique le "peintre des crépuscules". Charles Saunier décrit des "impressions de nuit", et la lumière de ses œuvres qui se devine, se dérobe, se cherche et surprend par son intensité et son étrangeté. Dans ses fusains, les ciels sont électriques et suggèrent des bourrasques et des orages menaçants. "De loin, la profondeur du noir capte le regard, de près, la subtilité des nuances de gris foncé éclairent les paysages". Les fusains occupent une place primordiale dans son œuvre et deux articles importants lui seront consacrés par ses amis Marie Michaud-Lapeyre et Emmanuel Templeux.Ce dernier, peintre lui-même, évoque un "magma de fusain ( …) où semble-t-il, un monde invisible rayonne, agit et pense". Dans ses pastels, les impressions colorées donnent à ses paysages d'élection une lumière plus tendre. Il expose son premier pastel au Salon de 1878 et celui-ci est tout de suite remarqué par la critique. Le renouveau du pastel, porté par des artistes très différents les uns des autres, comme Redon ou Degas, se concrétise en 1885 par la création de la Société de Pastellistes français, mais Pointelin ne participera jamais à leurs expositions. Pointelin explorera toutes les possibilités de ce medium jusqu'à la fin de sa vie, comme le fusain, ne semblant privilégier aucune technique au cours de sa carrière. Pointelin créée une atmosphère lumineuse où la solitude mène le spectateur à une rêverie méditative. "Dans les pastels les plus abstraits, les modulations sourdes et l’opacité de la matière engloutissent le spectateur dans des méandres de couleurs. Les sols se dérobent et fusionnent avec un ciel infiniment coloré. Ces pastels montrent des effets atmosphériques lyriques et oniriques plus empruntés aux derniers Turner qu’à aucun peintre français. En 1897, Pointelin revient dans le Jura et s’installe à Mont-sous-Vaudrey, tout en conservant son atelier et son domicile parisiens. Sa vie artistique parisienne n'en continue pas moins et jusqu’à sa mort en 1933, il peint, dessine et expose régulièrement au Salon. En 1899, à l’occasion de ses 60 ans, une exposition rétrospective est organisée à la galerie des Artistes modernes, 19 rue Caumartin. Cette exposition monographique mit particulièrement en valeur son évolution et l'importance de ses pastels et fusains. Elle inaugure également une seconde vie pour le peintre, entièrement consacrée cette fois à ses recherches vers un synthétisme de plus en plus marqué, menant à une abstraction caractérisée par "la réduction de la palette chromatique, un rendu très subtil de la lumière, une volonté de souligner la structure du paysage en éliminant tout élément anecdotique". À sa mort en 1933, Claude Roger-Marx lui rend hommage dans la Nouvelle Revue française : "À l'image de ces espaces inhabités qui sont peints toujours de souvenir, délivrés du détail et de l'éphémère, l'art de Pointelin, (...) se dénude de plus en plus (...) Éliminant de plus en plus tout accident pour s'en tenir à l'éternité du sol, aux ondulations de terrains, coupés de rares verticales, Pointelin veut que l'intérêt principal du tableau réside dans un dialogue à voix basse: celui de la terre et du ciel. Ici, de toutes les lignes, la plus pathétique se trouve toujours être la ligne d'horizon". A Dole, la rue Auguste Pointelin porte son nom.

Œuvres d'Auguste Pointelin dans les collections publiques :
Arbois, musée Sarret de Grozon
Besançon, musée des Beaux-Arts et d'Archéologie
Dijon, musée des beaux-arts de Dijon
Musée des beaux-arts de Dole
Lons-le-Saunier, musée des Beaux-Arts
Paris, musée d'Orsay
Paris, musée Pasteur
Sens, Musée de Sens
Valenciennes, Musée des Beaux-Arts
Vesoul, Musée Georges-Garret
Bibliographie

– Arsène Alexandre, Auguste Pointelin, catalogue d’exposition de la galerie des Artistes modernes, Paris, 1899.

– Arsène Alexandre, ed., Auguste Pointelin et la critique, Paris, 1920.

– Raymond Bouyer, Auguste Pointelin, La Chronique des arts et de la curiosité, 11 mars 1899, p. 86-88.

– Victor Champier, L’Année artistique [archive], Paris, A. Quantin, 1878, p. 126-127.

– Anne Dary, commissaire d’exposition, Auguste Emmanuel Pointelin, catalogue d'exposition, Dole, musée des Beaux-Arts, 1993.

– Maurice du Seigneur, L’Art et les artistes au Salon de 1880, Paris, Paul Ollendorf, 1880, p. 95-96 et 129.

– J. Etiévant, Une Visite au maître A. Pointelin à Mont-sous-Vaudrey, Arbois, Imprimerie C. Mervant, 1924.

– Félix Fénéon, Exposition nationale des Beaux-Arts au Palais de l’Industrie, La Libre Revue, 1er octobre 1883, p. 18-19.

– Jules de Gaultier, Le lyrisme intérieur et la peinture : M. Auguste Pointelin [archive], Mercure de France, 1er septembre 1912, p. 54-72.

– Marguerite Henri-Rosier, Pointelin, peintre jurassien: extraits de la conférence donnée au Salon des Artistes français, Beaux-Arts, 4 septembre 1936, p. 4 et 11 et septembre 1936, p. 4.

– Armelle Jacquinot, Auguste Emmanuel Pointelin, catalogue d'exposition, Dole, Musée des Beaux-Arts [archive], 1993, p. 7-43.

– Armelle Jacquinot, Souvenirs du paysage", Auguste Pointelin (1839-1933), les dessins, Saint-Claude, musée de l'Abbaye-Donations Guy Bardonne-René Genis, 2010, p. 6-8.

– Félix Jeantet, Poèmes à Auguste Pointelin, Lons-le-Saunier, L. Declume, 1919.

– Georges Lafenestre, Le Livre d’or du Salon, Paris, Librairie des bibliophiles, 1881, p. 12-13.

– Remi et Laurence Machard, Le Mystère Pointelin, catalogue d’exposition, Courlans, antiquités Rouget de Lisle, 2009.

– Marie-R. Michaud-Lapeyre, Un grand artiste franc-comtois : Les fusains psychiques de Pointelin, Revue des provinces de France, 1928, n. 6, p. 342-348.

– Octave Mirbeau, Le Salon, La France, 29 mai 1885 et 31 mai 1886, n.p.

– Robert de Montesquiou-Fezensac, Les Hortensias bleus, 1906, p. 194-196.

– Frédéric Paulhan, L’Esthétique du paysage, Paris, Alcan, 1931, p. 159-163.

– Paule Pendeleur-Delanoy, Le peintre Auguste POINTELIN (1839-1933). Sa vie et son œuvre, Mémoires de la Société d'émulation du Doubs, nouvelle série, No 32, 1990, p. 139-147.

– Auguste Emmanuel Pointelin, Pasteur et les artistes, Franche-Comté et Monts Jura, n. 41 (numéro spécial: le centenaire de Pasteur), novembre 1922, p. 70-74.

– Auguste Emmanuel Pointelin, Credo spiritualiste déduit de la science, Lons-le-Saunier, Imprimerie moderne, 1912.

– Auguste Emmanuel Pointelin, Art et spiritualisme, Paris, La pensée française, 1925.

– Auguste Emmanuel Pointelin, La vie dans l’univers", L’Art, janvier-février 1931, n. 6, p. 216-217.

– Edmond Potier, Les Salons de 1892 [archive], Gazette des Beaux-Arts, 1er juin 1892, p. 445-446.

– Valérie Pugin, Auguste Pointelin (1839-1933), les dessins, Saint-Claude, musée de l'Abbaye-Donations Guy Bardonne-René Genis, 2010.

– Karl Robert, Traité pratique de la peinture à l’huile: le paysage, Paris, maison Berville, 1891, p. 167.

– Claude Roger-Marx, Auguste Pointelin, La Nouvelle Revue française, n. 237, 1er juin 1933, p. 993-994.

– Auguste Rose, En souvenir du maître Auguste Pointelin, Franche-Comté et Monts Jura, n. 218, septembre 1937, p. 146-147.

– Musée Sarret de Grozon, Clarté crépusculaire, 2013, catalogue de l'expo. Arbois & Mont-sous-Vaudrey.

– Charles Saunier, Auguste Pointelin, La Revue blanche, 15 mars 1899, p. 458-459.

– Emmanuel Templeux, Les fusains polychromes de Pointelin, Le Pays comtois, n. 8, 20 janvier 1933, p. 219-221.

– Emmanuel Templeux, Une visite à Pointelin, Franche-Comté et Monts Jura, n. 173, décembre 1933, p. 193-195.

In : https://fr.wikipedia.org/wiki/Auguste_Pointelin

Auguste Pointelin, Sur un plateau du Jura, l'automne, musée de Dole, Jura, France
Auguste Emmanuel Pointelin (1839-1933), Sur un plateau du Jura, l'automne, musée de Dole.

POINTELIN ( Auguste-Emmanuel) Peintre français, né à Arbois (Jura) en 1841, débuta au Salon par Le Plateau, souvenir des montagnes, et Soleil du matin chassant les brouillards (1866). Depuis, il a exposé : Aurore (1869); Soirée d’Automne (1870); Le Puits de Moustiers (1874); Le Bief d’Arèze (1875) ; Sur un plateau du Jura, l’automne (1876) ; Un vallon dans le Jura (1877); Une prairie dans la Côte-d’Or et les Bois blancs (1878), Une Sauterie ; Le Soir ; Le bord de l’eau ; Coteau jurassien (1880) (musée de Besançon); L’Aube (musée d’Arbois); La Fin du Bois ; un Paysage (musée du Luxembourg); Prairie dans la Côte-d’Or (musée de Sens); Chênes des Brutes-Cornes, etc. Pointelin est resté l’interprète ému des sites de sa province natale. (Larousse, Dict. illustré).
Une exposition des œuvres Pointelin à Besançon, du 16 août au 30 septembre 1927, a réuni dans une salle dépendant des musées de cette ville, un certain nombre de tableaux, pastels et fusains du maître; ce sont : La Combe aux Vipères et L’Aube (musée d’Arbois), déjà cités; puis le Coteau jurassien (musée de Besançon), également cité; Coteau boisé (même musée); Sur un plateau du Jura, Salon de 1876 (musée de Dole); Rivière aux environs d’Arbois, Salon de 1869 (musée de Lons-le-Saunier); Automne ; La Plaine ; La Mare ; Le Plateau de Saint-Laurent ; Horizon gris ; Les Chênes ; Les Plateaux (pastel); Lisière de bois au couchant (pastel) (appartenant à M. Jallon); Plateau du Jura (coll. Louis Baille); Ciel d’aube et Ciel de couchant (coll. Fourquet) (Dole); Arbres sur le coteau (coll. Hachet); Combe rocheuse (coll. Mlle Marchand); Dernier rayon; Vallon du Jura; Combe boisée; La Vallée ; La Paix du Soir (Salon de 1927); suivent une série d’aquarelles : Marine ; Falaises ; Horizon jurassien ; Etretat ; Environs d’Arbois (Coll. C...); Lisière de forêt ; autre Lisière de forêt (coll. Lombard), et enfin, 40 fusains représentant des paysages jurassiens.
Pointelin est le créateur d’un genre de peinture dans lequel il a fait preuve d’une maîtrise incomparable ; on est saisi d’émotion en contemplant ses oeuvres empreintes à la fois de vérité et de poésie, de grandeur et de mélancolie, et il serait juste d’écrire de ce grand artiste en reproduisant ces mots tirés d’une lettre de V. Hugo à Baudelaire : « Il a doté le ciel de l’art d’on ne sait quel rayon , il a a créé un frisson nouveau ». Son compatriote arboisien, le peintre Templeux a dit de lui ce qui suit : « Dans le chapitre III de son livre intitulé : La Vie mystique de la Nature, chapitre consacré tout entier à notre éminent compatriote Auguste Pointelin, J. de Gaultier fait ressortir le côté mystique qui existe dans les paysages du maitre et surtout dans ses admirables fusains, il nous montre la hauteur de Pensée qui domine dans la conception de son art et fait du maître Pointelin le seul peintre qui ait réalisé dans son intégrité la conception du paysage comme moyen d’expression de la sensibilité humaine selon son essence la plus intime.

In : Les Hommes célèbres et les personnalités marquantes de Franche-Comté. Du IVe siècle à nos jours,
Émile Fourquet, ed. Sequania, Besançon, 1929.

Pourquoi vouloir parler d’Auguste Pointelin alors qu’on fête le bicentenaire de la naissance de Jules Grévy ? Tout simplement parce que c’est une des figures marquantes de Mont-sous-Vaudrey qui a vécu au même siècle, certes décalé d’une génération. Auguste Pointelin est né à Arbois le 23 juin 1839 d’une famille de cafetiers-vignerons. Son enfance se passe dans le quartier de Courcelles, tout près de la maison paternelle de Pasteur. Il fait ses études au collège d’Arbois où il découvre très tôt sa vocation de peintre. Il fut encouragé par son professeur de dessin Victor Maire, lui-même peintre. Il obtient ses deux bacs mais il n’ira pas aux Beaux Arts car il a besoin d’un métier qui lui assure son avenir. Il devient donc professeur de mathématiques pour avoir des loisirs et faire de la peinture.
Il est nommé au lycée d’Avesnes dans le Nord où il restera onze années. Il revient passer ses vacances à Arbois et mène de front ses deux carrières : l’enseignement et l’art. Ses années d’apprentissage (1858-1875) montrent un artiste un peu maladroit et académique qui préfère déjà le paysage. En 1865, il visite le Salon des Artistes français et en 1866, il y expose pour la première fois. Robert Fernier rapporte les souvenirs de Pointelin sur ce premier salon : «Je vis des tableaux qui semblaient offrir le même intérêt par le sujet et par la manière dont ils étaient traités. Je les comparai et je compris que l’art n’était pas fait d’exécution mais de simplification. » Entre 1866 et 1869, aucune oeuvre n’apparaît au Salon, il n’occupe aucun poste d’enseignant, il séjourne probablement en Moldavie.
On sait très peu de choses sur sa vie privée, il a été marié à Marie-Louise Durant qui est morte à Arbois en 1886.
En 1876, il reçoit une mention honorable au salon pour son tableau Sur un plateau du Jura.
En 1878, grâce à l’appui de Pasteur, Pointelin est nommé professeur de mathématiques au lycée Louis-le-Grand à Paris. Il obtient la médaille de 3ème classe au salon grâce à son tableau « Une prairie dans la Côte d’Or ». Pendant cette période parisienne (1878-1896), il ne peint que des paysages : le Jura, la côte normande et bretonne, le parc Montsouris. Ses formats se diversifient ainsi que les techniques : huile sur bois, sur toile, pastels, fusains, mine de plomb, aquarelle. Petit à petit, sa palette chromatique se réduit, il cherche à éliminer tout élément anecdotique.
Il obtient des commandes officielles (décoration pour l’Hôtel de Ville de Paris), ses tableaux sont régulièrement achetés par l’état. D’ailleurs, il a rencontré Jules Grévy à Paris qui lui a transmis des commandes officielles pour les hôtes de l’Elysée.
Ils ont été à l’apogée de leur carrière en même temps. Evidemment Pointelin est atypique, il n’a pas de réels contacts avec les artistes officiels de l’époque et n’a pas de liens non plus avec l’avant-garde notamment les impressionnistes. Son art s’épure presque jusqu’à l’abstraction. Ses oeuvres deviennent presque monochromes, partagées en deux parties égales, l’une sombre la terre, l’autre claire le ciel. Les toiles qu’il prépare lui-même sont très grossières, la peinture est devenue épaisse et granuleuse, la touche vigoureuse. Il essaie depuis toujours de rendre l’idée même du paysage ce qui rend sa recherche très moderne.
A partir de 1897, il se retire définitivement à Mont-sous-Vaudrey où il se consacre à la peinture tout en gardant son atelier et son domicile parisiens. Il expose régulièrement au salon jusqu’au bout. A Mont-sous-Vaudrey, il participe aux activités régionales et se lie d’amitié avec beaucoup d’intellectuels de la région. Plusieurs expositions lui sont consacrées, en particulier en 1927 au Musée des Beaux Arts de Besançon. Ses dernières années sont marquées par la maladie, la vieillesse et les soucis causés par l’avenir de son oeuvre. Il reçoit de nombreuses visites, et même des jeunes peintres qui viennent lui demander des conseils. Nous avons le témoignage précieux d’un peintre Auguste Rose qui justement a profité de sa jeunesse pour oser aller frapper à la porte du Maître, alors déjà plus qu’octogénaire. Il le décrit avec une forte moustache blanche, des sourcils épais et broussailleux. Auguste Pointelin avait à Mont-sous-Vaudrey la réputation de savant, d’artiste talentueux et d’un homme sage entre tous. Il reçut très chaleureusement le jeune artiste et l’invita même à revenir souvent. Chaque fois, il trouvait une toile sur le chevalet sous la « surveillance » du Maître, attendant son accord définitif, la toile pourrait alors vivre sa vie autonome.
N’oublions pas non plus que Auguste Pointelin fait passer dans son oeuvre sa foi en une spiritualité indestructible. Il raconte à notre artiste l’influence de certains voyages. C’est entre Auxonne et Dijon qu’une impression décisive oriente son oeuvre vers le paysage. D’un voyage qui le conduit d’Arbois à Genève, il regarde la nature par la fenêtre du train et dit : « Ce fut là mon premier entretien avec la nature. Puis j’ai eu la révélation du Jura, plus exactement du plateau jurassien. J’avais le loisir de regarder, de voir la région que je traversais et d’en ressentir des émotions profondes. Dirai-je effectivement que j’en ai eu la révélation ?(...) Ma voie apparaissait nettement, je ne l’ai plus quittée depuis.(...) J’ai toujours cherché depuis à rendre l’émotion qui se développait en moi, n’en trouvant aucune autre qui soit aussi vive, aussi pure. La nature, dans sa solitude, est capable de conduire au lyrisme. »
Auguste Pointelin meurt le 9 avril 1933 à l’âge de 93 ans à Mont-sous-Vaudrey. On peut encore y voir sa maison familiale qui est l’actuelle médiathèque.
Si vous avez envie de voir des oeuvres d’Auguste Pointelin, allez au Musée Sarret de Grozon à Arbois (ouvert seulement en juillet-août), aux Musées de Dole, de Lons-le-Saunier, de Besançon.


Joëlle Guyon, Un Canard sur la Loue, n° 82, printemps 2007.

In : http://www.canardsurlaloue.com/auguste_pointelin.htm