art, artiste, peintre, peinture, Franche-Comté

Gustave Courbet

Ornans, 1819 - La Tour-de-Peilz (Suisse), 1877


Gustave Courbet, né le 10 juin 1819 à Ornans, près de Besançon (Doubs), et mort le 31 décembre 1877 à La Tour-de-Peilz en Suisse, est un peintre et sculpteur français, chef de file du courant réaliste. Il est principalement connu pour le réalisme de ses œuvres opposées aux critères de l'académisme et transgressant la hiérarchie des genres, comme Un enterrement à Ornans Gustave Courbet, un enterrement à Ornans(1850), qui provoqua le scandale chez ses contemporains. Anticlérical, ami de Proudhon et proche des anarchistes, il fut l'un des élus de la Commune de Paris de 1871. Accusé d'avoir fait renverser la colonne Vendôme, il est condamné à la faire relever à ses propres frais. Réfugié en Suisse, il meurt avant d'avoir commencé à rembourser. (source: wikipedia)


inter

• Né à Ornans (Doubs), le 10 juin 1819 ; mort à La Tour-de-Peilz (Suisse), le 31 décembre 1877. Fils de Régis Courbet et de Silvie Oudot. Premier-né d'un agriculteur aisé qui le destinait à l'Ecole polytechnique, Courbet manifesta de bonne heure ses goûts artistiques. En 1831, au petit Séminaire d'Ornans, cette vocation fut encouragée par le peintre Beau, professeur de dessin. Après avoir dessiné des fleurs, des paysages et des têtes, Courbet s'essaya au portrait à l'huile et peignit, entre autres, le portrait de son condisciple Bastide en 1834. Placé au collège royal de Besançon, en 1837, Courbet continua à dessiner. L'année suivante il se lia avec les peintres Arthaud, Baille et Jourdain qui l'introduisirent au cours de Flajoulot, leur maître. Sous sa direction, Courbet compléta ses études de dessin et peignit d'après le modèle vivant. Il fit de la lithographie, illustra les Essais poétiques de Max Buchon et commença une série de paysages peints à Ornans ou dans ses environs. En 1842 il vint à Paris et se fit inscrire à l'atelier du baron de Steuben et d'Auguste Hesse, mais ne fréquenta que l'atelier de Suisse et le Louvre. A côté de pastiches de maîtres italiens, espagnols, flamands ou hollandais des XVIe et XVIIe siècle, de copies de Delacroix, Géricault ou autres maîtres de l'art moderne, Courbet exécuta divers portraits : Zélie Courbet, 1842, et Juliette Courbet, 1844, ses soeurs, le Courbet désespéréGustave Courbet, le désespéré, 1841 et le Courbet avec un chien noir, 1842, admis au Salon de 1844. A partir de ce Salon,l'existence de l'artiste fut d'une prodigieuse activité qui inquiéta les rivaux de Courbet autant que l'originalité de son talent. En 1844-1845, il peignit les Amants dans la campagne (musée de Lyon), œuvre type de sa première manière, avec l'Homme blessé, 1844 (musée du Louvre). Le 15 avril 1847, il fit partie du groupe d'artistes qui fonda un Salon indépendant. Lié avec Champfleury et Proudhon, Courbet justifia leurs théories sur le réalisme et l'humanitarisme en des toiles célébres dont il emprunta les sujets à son pays natal : l'Après-diner à Ornans, l'Enterrement à Ornans, les Paysans de Flagey revenant de la foireGustave Courbet, les paysans de Flagey revenant de la foire, etc. Une sorte d'exaltation s'empara bientôt de l'auteur de ces chefs-d'oeuvre. Dégoûté des expositions officielles. il organisa des exhibitions de ses peintures à Ornans. â Besançon et à Dijon. En 1853, ses Baigneuses firent scandale au Salon. L'Exposition Universelle de 1855 suggéra à Courbet la nouvelle exhibition de peintures qu'il fit dans une salle construite à ses frais, par l'architecte Isabey, sur l'avenue Montaigne, avec l'enseigne suivante : Le Réalisme. — G. Courbet. Exhibition de 40 tableaux de son œuvre. — Prix d'entrée : 1 franc. L'artiste y montra ses Cribleuses de blé, sa RencontreGustave Courbet, Bonjour Monsieur Courbet, la rencontre et surtout son AtelierGustave Courbet, L'Atelier du peintre, synthèse des goûts de Courbet. Le peintre assagit alors sa manière. On retrouve le charme du modèle de l'Atelier dans les Demoiselles du bord de la SeineGustave Courbet, Les Demoiselles des bords de Seine, 1857, la Vénus et Psyché, 1863, la Femme au perroquetGustave Courbet, La femme au perroquet, 1866, etc. En 1861-1862, il ouvrit un atelier dont l'enseignement était basé sur la liberté d'expression de la nature dans l'art et l'inutilité de la peinture académique. Cet atelier, situé rue Notre-Dame-des-Champs, réunit une quarantaine d'élèves parmi lesquels le peintre Fantin-Latour. Les modèles étaient des animaux, des végétaux, etc. Eu 1864 Courbet organisa une dernière exposition particulière de ses œuvres. L'année suivante, il refusa la Légion d'honneur.

Au moment de la commune de 1871, Courbet devint président de la commission des musées nationaux qu'il contribua à protéger et émit le vœu du déboulonnement de la colonne Vendôme. Prisonnier lors de la reprise de Paris, il fut condamné à six mois de prison et 500 fr. d'amende. La responsabilité dans le déboulonnement de la colonne lui valut une saisie-arrêt sur ses biens en 1873 ; il se réfugia à Genève, puis la la Tour-de-Peilz. Les poursuites continuèrent et se terminèrent par une condamnation définitive à une somme de 323 000 frs, prix de la restauration du monument. Tous ces revers, unis à un exil qui lui pesait, contribuèrent à abréger la vie de Courbet.

In : Dictionnaire des Artistes et Ouvriers d'Art de la Franche-Comté
Abbé Paul Brune, 1912





• Gustave Courbet est issu d’une famille aisée de propriétaires terriens, son père Régis Courbet possède une ferme et des terres au village de Flagey où il élève des bovins et pratique l’agriculture. Gustave naît le 10 juin 1819 à Ornans dans le Doubs, sa mère Sylvie Oudot donne par ailleurs naissance à quatre filles. À l'âge de douze ans, Gustave l'aîné entre au petit séminaire d’Ornans où il reçoit un premier enseignement artistique avec un professeur de dessin, disciple de la peinture préromantique d'Antoine-Jean Gros. Ensuite, il entre au Collège Royal de Besançon où, dans la classe des beaux-arts, il suit des cours de dessin dans la classe de Charles-Antoine Flajoulot (1774-1840), un ancien élève de Jacques-Louis David. À cette époque, Charles-Antoine Flajoulot était également le directeur de l'École des Beaux-Arts de Besançon. Après des études considérées comme médiocres et qu’il abandonne, il part pour Paris vers la fin de 1839. Logé par son cousin Jules Oudot, il suit des études de droit et parallèlement fréquente l’atelier du peintre Charles de Steuben. Son ami d’enfance Adolphe Marlet l’introduit à l’atelier de Nicolas-Auguste Hesse un peintre d’histoire qui l’encourage dans la voie artistique. Courbet se rend aussi au musée du Louvre pour y étudier les maîtres, en particulier les peintres de l’école espagnole du xviie siècle Diego Vélasquez, Francisco de Zurbarán et José de Ribera. Il est admiratif du clair-obscur hollandais, de la sensualité vénitienne et du réalisme espagnol. Courbet est un œil, il a un sens unique de l'alchimie visuelle. Il est aussi influencé par les œuvres de Géricault dont il copie une tête de cheval.

Le 21 juin 1840, Gustave Courbet est réformé du service militaire. Il s’installe au Quartier latin et occupe son premier atelier rue de la Harpe. Il fréquente l'Académie de Charles Suisse, à l'angle du boulevard du Palais et du quai des Orfèvres, mais abandonne rapidement, jugeant les œuvres copiés, sans intérêt. Il décide alors de se former lui-même en dessinant et copiant des maîtres du passé tel que Diego Vélasquez ou bien Rembrandt. En 1842, il peint un premier autoportrait dit Autoportrait au chien noir (œuvre exposée au Salon de 1844), le chien étant un épagneul qu'il a acquis la même année. D'autres autoportraits suivent, où il se représente en homme blessé ou en homme à la pipe. En 1845, il propose plusieurs toiles pour le Salon, le jury choisit de faire exposer le Guitarrero. Il a une relation avec Virginie Binet dont il a un enfant qu'il ne reconnaît pas. À cette époque il fréquente la brasserie Andler, 28 rue Hautefeuille, où s'élaboraient les grandes théories et que Champfleury appelait le temple du réalisme. Il y rencontre la bohème parisienne. Courbet est au cœur de l’effervescence artistique et politique. Il se lie avec des artistes qui veulent proposer une alternative à l’antagonisme romantisme-académique (tels que Charles Baudelaire, Hector Berlioz… dont il a fait les portraits). Sous l’impulsion de Champfleury, Courbet jette les bases de son propre style, le réalisme. Il veut s’inspirer des idéaux de la bohème. Champfleury rédige pour le peintre la liste de ses œuvres pour le Salon de 1849. En août 1849, il fait un voyage en Hollande où il découvre les peintures de Frans Hals et Rembrandt.

En 1849, Courbet revient à Ornans où son père Régis lui a aménagé un atelier de fortune dans le grenier de la maison familiale de ses grands-parents (Bien qu'exigu et de modestes dimensions, il y composera pourtant certaines de ses œuvres les plus monumentales). Ce retour aux sources, dans son "pays" natal, va changer sa manière de peindre : il abandonne le style romantique de ses premiers autoportraits et de sa Nuit de Walpurgis. Inspiré par son terroir, il crée un style qu’il qualifie lui-même de réalisme. Sa première œuvre de cette période est Une après-dinée à Ornans tableau exposé au salon de 1849 qui lui vaut une médaille de seconde classe, et qui est remarqué par Ingres et Delacroix. Cette médaille le dispense de l’approbation du jury. Il va s’en servir pour ébranler les codes académiques. Ses paysages, dominés par l’identité de retrait et de solitude, ont une signification quasi autobiographique. En 1850, il peint Les Paysans de Flagey revenant de la foire, exposé au musée de Besançon. L'œuvre fera scandale. Un enterrement à Ornans (1850), Paris, musée d'Orsay. Il peint Un enterrement à Ornans, tableau ambitieux dont le grand format (315 x 668 cm) est habituellement destiné aux tableaux d’histoire, qui représente un enterrement où figurent plusieurs notables d'Ornans et les membres de sa famille. Au salon de 1850-1851 lors de son exposition le tableau fait scandale auprès de la critique de même que ses Casseurs de pierres salué comme la première œuvre socialiste par Proudhon. En 1852, il décide de se mettre à de grandes compositions de nus en vue de son prochain salon. Après avoir réformé le paysage, les scènes de genre, le portrait, il "s’attaque" là à l'un des derniers bastions de l'académisme esthétique du temps. Les Baigneuses de 1853 a créé beaucoup de controverse, on voit deux femmes, dont une nue avec un linge qui la drape à peine alors qu'elle ne représente plus une figure mythologique idéalisée. La critique de l'époque s'empare de cette toile de façon très virulente : Courbet a réussi à obtenir ainsi un succès de scandale. Les portraits féminins de Courbet ont une trace de sensualité (Jo, La belle Irlandaise maîtresse de Courbet, La Belle Espagnole de 1855, La Mère Grégoire... Tous ces tableaux sont chargés d’exotisme qui célèbre le charme féminin). La SourceGustave Courbet, La Source est l’un des derniers nus de Courbet, fait en 1868. L’Origine du monde Gustave Courbet, L'Origine du monde de 1866 a un drapé académique, classique et néo-classique. En 1853, Courbet fait la rencontre déterminante d’Alfred Bruyas (1821-1876), un collectionneur montpelliérain qui lui achète Les Baigneuses et La Fileuse. En 1854, Courbet saisit l’âpre beauté des paysages du Languedoc. En 1855, avec une série d’ambitieux tableaux, Courbet se montre sensible aux traditions (portraits, nature morte) mais aussi aux avancées des jeunes générations (Manet en tête). Il expérimente une carrière de portraitiste mondain, et apprend à s’adapter à la psychologie comme aux exigences de ses modèles, mais Courbet reste maître et inventeur de ses peintures. La série des natures mortes est réalisée en 1862, lorsqu’il séjourne en Saintonge à l’invitation du mécène éclairé Étienne Baudry. Courbet comprend l’importance de ce thème, qui ouvre la voie aux compositions impressionnistes. En 1859, il découvre les côtes normandes : paysages puissants et tourmentés. Le 6 mars 1860, il achète à Ornans l’ancienne fonderie Bastide, bâtiment dans lequel il aménage sa maison et un grand atelier, restant dans ce lieu jusqu'à son exil en 1873 en Suisse. En 1862-1863, il séjourne à Saintes et participe, avec Jean-Baptiste Corot, Louis-Augustin Auguin et Hippolyte Pradelles à un atelier de plein air baptisé « groupe du Port-Berteau » d'après le nom du site des bords de la Charente (dans la commune de Bussac-sur-Charente) adopté pour leurs séances communes de peinture. Une exposition collective réunissant 170 œuvres est présentée au public le 15 janvier 1863 à l’Hôtel de Ville de Saintes. Il peint à Saintes Le retour de la conférence qui fera scandale et sera refusé au Salon.

Ses idées républicaines et socialistes lui font refuser la Légion d'honneur, proposée par Napoléon III, dans une lettre adressée le 23 juin 1870, au ministre des lettres, sciences et beaux-arts, Maurice Richard. Après la proclamation de la République le 4 septembre 1870, il est nommé président de la commission des musées et délégué aux Beaux-Arts ainsi que président de l'éphémère Fédération des Artistes. Ami de Proudhon et proche de la Fédération jurassienne de Bakounine, il prend une part active à la Commune de Paris14. Aux élections complémentaires du 16 avril 1871, il est élu au Conseil de la Commune par le VIe arrondissement et délégué aux Beaux-Arts14. Le 17 avril 1871, il est élu président de la Fédération des artistes. Il fait alors blinder toutes les fenêtres du Louvre pour en protéger les œuvres d’art, mais aussi l’Arc de triomphe et la Fontaine des Innocents. Il prend des mesures semblables à la manufacture des Gobelins, à celle de Sèvres et fait même protéger la collection de Thiers14. Il siège à la commission de l'enseignement et, avec Jules Vallès, vote contre la création du Comité de Salut public, il signe le manifeste de la minorité. Il propose au Gouvernement de la Défense nationale le déplacement de la Colonne Vendôme, qui évoque les guerres napoléoniennes, aux Invalides. La Commune décide, le 13 avril 1871, d’abattre et non de déboulonner la colonne Vendôme. Courbet en réclame l'exécution, ce qui le désignera ensuite comme responsable de sa destruction. Celle-ci avait été prévue pour le 5 mai 1871, jour anniversaire de la mort de Napoléon, mais la situation militaire avait empêché de tenir ce délai. Plusieurs fois repoussée, la cérémonie aura lieu le 16 mai 1871, la colonne est abattue, non sans difficultés, à 17 h 30, sous les acclamations des parisiens. Courbet démissionne de ses fonctions en mai 1871, protestant contre l'exécution par les Communards de Gustave Chaudey, qui, en tant que maire-adjoint, avait fait tirer sur la foule le 22 janvier 1871. Après la Semaine sanglante il est arrêté le 7 juin 1871 et le 3e conseil de guerre le condamne à six mois de prison — qu'il purgera à Versailles, à Sainte-Pélagie — et à 500 francs d'amende, auxquels s'ajoutent 6 850 francs de frais de procédure. puis, Comme il est malade, il est transféré le 30 décembre 1871 dans une clinique de Neuilly où il reste jusqu'en avril 1872. Son engagement dans la Commune lui valut de la part de nombreux écrivains une hargne d'une violence inouïe ; ainsi, Alexandre Dumas fils osa écrire à son propos : « De quel accouplement fabuleux d'une limace et d'un paon, de quelles antithèses génésiaques, de quel suintement sébacé peut avoir été générée cette chose qu'on appelle Gustave Courbet ? Sous quelle cloche, à l'aide de quel fumier, par suite de quelle mixture de vin, de bière, de mucus corrosif et d'œdème flatulent a pu pousser cette courge sonore et poilue, ce ventre esthétique, incarnation du Moi imbécile et impuissant ». Mais en mai 1873, le nouveau président de la République, le maréchal de Mac-Mahon, décide de faire reconstruire la colonne Vendôme aux frais de Courbet (soit 323 091,68 francs selon le devis établi). La loi sur le rétablissement de la colonne Vendôme aux frais de Courbet est votée le 30 mai 187318. Il est acculé à la ruine après la chute de la Commune, ses biens mis sous séquestre, ses toiles confisquées. Il s'exile en Suisse, à La Tour-de-Peilz, près de Vevey. Il participe le 1er août 1875, à un congrès de la Fédération Jurassienne à Vevey. Courbet doit payer près de 10 000 francs par an pendant 33 ans, mais il mourra d'une maladie de foie, la veille de recevoir la première traite à payer, maladie que son intempérance avait aggravée. « Je me suis constamment occupé de la question sociale et des philosophies qui s'y rattachent, marchant dans ma voie parallèlement à mon camarade Proudhon. […] J'ai lutté contre toutes les formes de gouvernement autoritaire et de droit divin, voulant que l'homme se gouverne lui-même selon ses besoins, à son profit direct et suivant sa conception propre »

Après quelques semaines passées dans le Jura (Le Locle, La Chaux-de-Fonds), à Neuchâtel, à Genève et dans le canton du Valais, Courbet se rend compte que c'est sur la Riviera lémanique, grâce aux nombreux étrangers qui y séjournent, qu'il aura le plus de chance de nouer des contacts et de trouver d'éventuels débouchés pour sa peinture. Il loge brièvement à Veytaux (château de Chillon), puis jette son dévolu sur la petite bourgade de La Tour-de-Peilz (au bord du lac Léman) et s'installe à la Pension Bellevue (tenue par le pasteur Dulon), en compagnie de Cherubino Pata, puis, dès le printemps 1875, dans une maison au bord du lac, du nom de Bon-Port, qui devient le port d'attache des dernières années de sa vie. De là, il circule beaucoup, et les rapports que des espions (infiltrés jusque parmi la colonie des proscrits de la Commune de Paris) envoient à la police française nous renseignent sur ses nombreux contacts et ses innombrables déplacements (Genève, Fribourg, la Gruyère, Interlaken, Martigny, Loèche-les-Bains, La Chaux-de-Fonds, etc.). Durant les premières années de son exil, il écrit à sa sœur en 1876 : « Ma chère Juliette, je me porte parfaitement bien, jamais de ma vie je ne me suis porté ainsi, malgré le fait que les journaux réactionnaires disent que je suis assisté de cinq médecins, que je suis hydropique, que je reviens à la religion, que je fais mon testament, etc. Tout cela sont les derniers vestiges du napoléonisme, c'est le Figaro et les journaux cléricaux. » Il peint, sculpte, expose et vend ses œuvres ; il organise sa défense face aux attaques du gouvernement de l'« Ordre moral » et veut obtenir justice auprès des députés français ; il participe à de nombreuses manifestations (fêtes de gymnastique, de tir et de chant) ; il est accueilli dans de nombreux cercles démocratiques confédérés et dans les réunions de proscrits. Comme par le passé, il organise sa propre publicité et entretient des rapports sociaux tant dans les cafés qu'avec les représentants de l'establishment du pays qui l'accueille. Il reçoit des encouragements de l'étranger : en 1873, invité par l'association des artistes autrichiens, il expose 34 tableaux à Vienne en marge de l'Exposition universelle ; le peintre James Whistler le contacte pour exposer des œuvres à Londres ; aux États-Unis, il a sa clientèle et il expose régulièrement à Boston depuis 1866. Plusieurs peintres du pays lui rendent visite à La Tour (Auguste Baud-Bovy, Francis Furet, François Bocion) ou présentent leurs tableaux dans les mêmes expositions (Ferdinand Hodler). Des marchands, comme l'ingénieur exilé Paul Pia à Genève, proposent régulièrement à la vente des œuvres du peintre franc-comtois. La demande de tableaux était tellement importante depuis 1872 que Courbet ne pouvait suivre et s'était assuré la collaboration d'« aides » qui préparaient ses paysages. Courbet ne faisait aucun mystère de ce mode de production. On sait, en outre, que Courbet n'hésitait pas à signer de temps à autre un tableau peint par l'un ou l'autre de ses collaborateurs. Il travaille simultanément pour madame Arnaud de l'Ariège dans son château des Crètes à Clarens et donne des tableaux pour des tombolas de sinistrés et d'exilés. Il réfléchit à un projet de drapeau pour le syndicat des typographes à Genève, et exécute le portrait d'un avocat lausannois, le député radical Louis Ruchonnet (futur conseiller fédéral) ; il converse avec Henri Rochefort et Madame Charles Hugo à La Tour-de-Peilz et, quelques jours après, il joue le rôle de porte-drapeau d'une société locale lors d'une fête de gymnastique à Zurich. Son œuvre n'échappe pas non plus à ce continuel va-et-vient entre une trivialité proche du kitsch et un réalisme poétique. Cette production inégale n'est pas limitée à la période d'exil, mais elle s'accentue depuis la menace qui pèse sur le peintre de devoir payer les frais exorbitants de reconstruction de la Colonne (condamnation effective par le jugement du 26 juin 1874 du tribunal civil de la Seine), l'entraînant à produire de plus en plus. Cela a incité de nombreux faussaires à profiter de la situation et, déjà du vivant de l'artiste, le marché de l'art a été envahi d'œuvres attribuées à Courbet, dont il est difficile d'apprécier l'originalité.