Éléonore Escallier

(Poligny, 1827 — Sèvres, 1888)


Éléonore Escallier, née en 1827 à Poligny, morte en 1888 à Sèvres (Hauts-de-Seine), est une artiste peintre française.


• Éléonore Escallier est l'élève de Jules-Claude Ziegler. Elle est une des premières femmes peintres de province installée à Paris[réf. nécessaire]. Elle est surtout connue pour ses peintures de fleurs et de fruits.
Elle commence à exposer ses peintures de fleurs au Salon de Paris de 1857, où elle envoie ses tableaux le Vase de fleurs et Les Iris. Elle expose jusqu'en 1880.
Dans son Salon de 1857, Théophile Gautier la trouve « moins brillante, mais plus vraie que Saint-Jean » « elle apporte le dessin et le style dans un genre où jusqu'à présent l'on ne cherchait que léclat du ton ». Pour les panneaux exposés au Salon de 1861, L'étang et Le jardin, il écrit qu'ils possèdent « cette science et cette sûreté de dessin qui caractérisent Mme Escallier ».
En 1866, elle sollicite l'administration des Beaux-arts pour l'achat de son tableau Fleurs qu'elle avait exposé au Salon « en arguant du fait qu'elle élevait sa famille avec la rétribution de son talent ».
Elle remporte une médaille en 1868.
Pour subvenir à ses besoins financiers après la guerre de 1870, Théodore Deck, dont elle a été une collaboratrice, lui obtient une place de peintre-décorateur à la Manufacture de Sèvres.

In :  Wikipedia : Éléonore Escallier




Lettre de Éléonore Escallier à Théophile Gautier

(18 juillet 1869 ?)


Monsieur,


M. Giraud m'a fait part de vos bonnes intentions pour moi, alors même que l'échec le plus complet a été le résultat de mon exposition. Ne m'en croyez pas moins très sensible à la bienveillance que vous m'avez témoignée. Les appréciations flatteuses1 du critique le plus aimé, le plus estimé du public sera le seul souvenir agréable qui me restera de mes 11 années de travail et de lutte.
Le jury a montré une fois de plus qu'il voulait dégoûter les femmes de la carrière artistique. Pour ce qui me concerne, il a réussi au-delà de ses espérances.
En me retirant pour jamais d'une voie où je n'ai rencontré que l'ennui permettez-moi, Monsieur, de vous demander très confidentiellement une grâce.
Ma place de professeur au Sacré-Coeur me fait attacher une grande importance à certains résultats plutôt qu'à d'autres. Ce que je vous demande instamment c'est d'éviter une mention honorable qui me ferait exaequo avec Mme Elmerix également professeur au Sacré-C. et mentionnée dans une exposition précédente. Il faut à tout prix que cette dernière humiliation me soit évitée, car peu patiente de ma nature, je pourrais à un moment donné m'ôter la seule ressource qui me reste.
Permettez-moi Monsieur de vous entretenir de ma misère ; mais je suis bien excusable en face de toutes mes désillusions et de deux grands garçons qui vont tirer au sort : l'aîné a 20 ans.
Encore une fois, Monsieur, évitez-moi la mention et je serai pour jamais votre très reconnaissante et toute dévouée pour la vie.

E. Escallier
18 de ce mois



1) Le dernier jugement de T.G. sur E. Escallier se trouve dans le J.O. du 28 juin 1869: « Réservons les quelques lignes qui nous restent pour indiquer au moins les tableaux qu'on appelle si improprement nature morte, comme si la nature n'était pas toujours vivante. Mme Escallier a posé le plus magnifique bouquet de chrysanthèmes qu'on puisse rêver après celui de M. Philippe Rousseau, dans un vase en verre de Venise. le tout peint avec une force et une hardiesse merveilleuses ».

In : Théophile Gautier, Correspondance générale, 1868-1869