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Jean-Pierre Pequignot

Baume-les-Dames, 1765 - Naples, 1807 ou 1808


« Vois-tu ces monts lointains dont l'azur peint la cime,
Jeune artiste ? C'est là que des sites nouveaux
T'offrent, tout composés, de sublimes tableaux.
C'est Vietri, c'est la Cave et Salerne et Nocère,
Beaux lieux, amours du ciel, délices de la terre,
Où les vieux chantres grecs, dans les siècles anciens,
Eussent voulu placer leurs Champs-Elysiens...
Mais, pour oser les peindre, il faut être un Virgile,
Un Guaspre, un Péquignot, un Saint-Pierre, un Delille. »1


int

1. État civil. Besançon


Jean-Pierre Péquignot serait né, si l’on en croit son biographe Lancrenon, le 11 mai 1765 à Baume-les-Dames, près de Besançon. Il est le fils de Claude-Antoine Péquignot, maréchal-ferrand2 et de Marie-Agnès Joliot3. Ses goûts précoces pour le dessin et la lecture auraient décidé son père à l’envoyer en 1775, dès l’âge de dix ans, rejoindre son frère aîné, Antoine (né en 1764) à l’École des Beaux-Arts de Besançon. Cette école gratuite, baptisée pompeusement « Académie de peinture et de sculpture », avait été fondée l’année précédente (1774) par Wyrsch et Breton 4. Les frères y font un séjour de près de cinq ans, Antoine dans la classe du sculpteur Breton et Jean-Pierre dans celle du peintre Wyrsch5. Au concours de 1780, le Neptune peint par Chazerand obtient la préférence du jury et remporte le premier prix devant la statuette du même sujet par Antoine Péquignot. Froissé de cette « injustice » Antoine quitte alors Besançon pour Paris, accompagné de son cadet tout juste âgé d’une quinzaine d’années6.


2. Jeunesse. Paris


Les années d’apprentissage au prytanée du chevalier Pawlet et à l’école de l’Académie royale. Le Salon de la Jeunesse.

À Paris, Antoine et Jean-Pierre trouvent une place dans la pension dirigée par le chevalier Pawlet et fondée en 1773 sous les auspices de la dauphine Marie-Antoinette7. L’établissement, une école des orphelins militaires, fait partie des institutions imaginées par le chevaliers8.
Jean-Pierre, affirment ses biographes, séjourne quatre ans (probablement de 1780 à 1785)9 dans cette institution, établie sur les mêmes bases que les écoles militaires et réglée par une discipline analogue. Il y fait la connaissance des neveux de Joseph Vernet avec lesquels il étudie et qui, selon Thuriet, l’introduisent dans l’atelier de leur oncle. Ce dernier lui aurait alors prodigué des conseils voire, si l’on en croit Coupin10, confié la copie de quelques uns de ses tableaux, avant de lui permettre d’étudier à l’Académie sous sa direction11. Aucun document ne confirme jusqu’à présent cette assertion qui, d’une part, relève des topoi de la biographie artistique du XIIe siècle (entendant faire de Vernet le maître de nombreux peintres de paysage) et d’autre part, contredit ce que nous savons des habitudes de Vernet. Celui-ci ne formait pas d’élèves et se contentait de donner à l’occasion des conseils. Le spécialiste du peintre avignonnais, Philip Conisbee, interrogé à ce propos, doute lui aussi de la réalité de cette relation et pense que Péquignot a pu seulement faire un rapide passage dans l’atelier du grand paysagiste.
Quoi qu’il en soit, les deux frères fréquentent également les cours de l’école de dessin de l’Académie royale de peinture et de sculpture, ouverts aux élèves et aux protégés des membres de l’institution. Ils sont inscrits dans les « Registres des Élèves », Antoine de mai 1781 à mars 1783 et Jean-Pierre d’avril 1782 à septembre 1785 : « 31 may [1781] . Antoine Pequignot S [culpteur] . âgé de 22 ans natif de Beaume les Dames en franche comté. Protégé par M. Brenet12, demeurant à la Barrière de Sev [r] es chez Mr le Cher de Pollet, maison des orphelins militaires. »13 « 19 [avril 1782]. Jean Pierre Pequignot P [eintre] . natif de Beaume les Dames en franche comté, âgé de 16 ans 1 / 2. Elève de M. Dejoux14, et protégé par M. Brenet ; demeurant à l’institution des orphelins militaires hors Barrière de Sev[r] es. »15
Antoine poursuit apparemment avec succès sa formation puisque l’on trouve un « Antoine Jean-Baptiste Péquinot » sculpteur lauréat d’une première médaille de quartier en juillet 1783, aux écoles de l’Académie royale de peinture et de sculpture16.
Les deux frères, une fois sortis de la pension Pawlet, et leur formation achevée, auraient renoncé à regagner la Franche-Comté. Et ils se voient en conséquence dans la nécessité d’assurer leur subsistance. Antoine est admis comme élève à l’Académie royale en 1791. Puis, si l’on en croit Coupin, il travaille un moment pour le prince Eugène de Beauharnais qui lui a commandé les décors d’un temple de la Reconnaissance destiné à ses jardins de la Ferté Beauharnais. La nomination du commanditaire à la vice-royauté d’Italie en juin 1805 interrompt le projet dont n’ont été exécutés que le modèle en plâtre de la figure de la Reconnaissance et l’esquisse en terre cuite des bas-reliefs17. Antoine réside encore dans la capitale en 1829 et y jouit d’une réputation d’habile praticien18.
Jean-Pierre, afin d’assurer son existence, aurait peint pour les tabletiers des miniatures et des gouaches. Tout en gagnant sa vie avec ses productions artisanales, il présente à l’Exposition de la Jeunesse, place Dauphine19, en 1785, deux paysages que le critique du Mercure de France juge assez sévèrement : « M. Péquignot a étudié le Poussin, on s’aperçoit même qu’il a cherché à s’approprier son style. Je lui observerai que quand on prend les grands Artistes pour modèles il ne faut pas les suivre trop servilement, car alors on ne ressemble pas à un imitateur, on ressemble à un plagiaire. »20
À cette époque, selon Lancrenon et Thuriet, Péquignot aurait rencontré David et serait entré dans le cercle de ses familiers21. Toutefois rien ne permet d’étayer cette hypothèse22. David, toujours selon les biographes de Péquignot, aurait alors engagé le jeune homme à faire le voyage de Rome pour y perfectionner son art, en le recommandant à un riche mécène (dont le nom nous est resté inconnu). Ce personnage le prend sous sa protection, s’engage à lui payer son voyage à Rome et à lui servir ensuite en Italie une pension annuelle de 1200 livres.23


3. Séjours en Italie

a. À Rome (circa 1788-1793)


La rencontre de Girodet, le milieu des artistes, l’atmosphère politique révolutionnaire et le sac de l’Académie de France.

Péquignot s’installe à Rome à une date qui nous est inconnue (vers 1788 si l’on en croit Thuriet)24. Il y trouve une lettre de son protecteur lui annonçant sa faillite et l’impossibilité de verser la pension promise. Il lui faut donc vivre, comme à Paris, de la vente de ses tableaux, ce en quoi il réussit apparemment car ses biographes affirment qu’il acquit sur le marché une certaine réputation et fut bientôt à l’abri du besoin25. À cette époque Péquignot fréquente Girodet, lauréat du Prix de Rome (1789), arrivé en mai 1790 au Palais Mancini, siège de l’Académie de France. Dans une lettre de Girodet du 18 avril 1791, nous apprenons qu’alors les deux peintres se voyaient régulièrement26. Péquignot et Girodet avaient-ils fait connaissance à Rome, ou s’étaient-ils déjà rencontrés à Paris ?
Les circonstances politiques (la France est en pleine Révolution) rapprochent en effet les jeunes gens, tout autant que le goût pour la peinture. Girodet se montre enthousiasmé par le talent de son ami et saisit l’opportunité d’affiner son propre goût pour le paysage que la formation à l’Académie n’avait guère permis de développer. La correspondance de Girodet avec le docteur Trioson, son ami et tuteur, nous renseigne sur ses promenades dans la campagne romaine, faites probablement en compagnie de Péquignot : « Tous les environs de Rome sont charmants, il suffit de les nommer ; Tivoli, Frascati, Albano etc., ont fait les délices des Anciens et peuvent encore intéresser les modernes. » (Lettre du 20 juillet 1790).
« J’ai commencé ces jours-ci quelques études de paysage autour de Rome : c’est une occupation aussi amusante qu’instructive, nécessaire à un peintre d’histoire et beaucoup trop négligée, comme on en peut facilement juger par les productions de beaucoup d’entre nos artistes. » (Lettre du 28 septembre 1790)27.
Péquignot fréquente également la colonie des artistes, Gérard28, Giraud29, probablement Réattu30 et les amis de Girodet, Topino-Lebrun et l’abbé Belle31. Il travaille sans doute au Palais Mancini32, institution assez ouverte aux peintres qui n’ont pas eu la chance de bénéficier de la pension du roi33.
Dans son étude sur les artistes français en Italie pendant la période révolutionnaire, Olivier Michel a résumé avec exactitude et concision le climat dans lequel évolue désormais Péquignot :
« De 1789 à 1792, rien en apparence ne trouble l’ordre ni la sérénité de l’Académie de France à Rome. Les promotions se renouvellent régulièrement [ ...]. Ce mouvement d’horloge parfaitement rôdé dure jusqu’à l’automne 1792. Le 24 novembre, le cardinal Secrétaire d’État adresse encore au gouverneur de Civitavecchia l’ordre de laisser passer les nouveaux pensionnaires [...]. Entre temps la machine s’est grippée. François-Guillaume Ménageot, le directeur, n’a plus d’argent pour l’entretien des élèves [...] Les pensionnaires, solidaires de leur directeur, font part respectueusement à l’Académie royale de leur inquiétude devant le naufrage imminent. Les quatorze signataires sont les peintres Gounod, Garnier, Girodet, Meynier, Réattu, Laffitte et Fabre ; les sculpteurs Dumont, Gérard, Lemot et Bridan ; les architectes Lefaivre, Tardieu et Lagardette. »34
Fin novembre 1792, le poste de directeur de l’Académie de France à Rome est supprimé, à la suite d’une intervention de David à la Convention Nationale.
« L’Académie devient alors le point de ralliement de tous les républicains français et comme telle, elle est la cible désignée du courroux populaire que l’on dit attisé en secret par les artistes romains. »35
Ménageot qui, bien que malade, expédie les affaires courantes, part se soigner à la campagne au début de janvier 1793, et fait remettre les clés de l’Académie à Hugou de Bassville36. Ce dernier multiplie imprudemment les démonstrations républicaines et, conformément aux instructions du gouvernement français, fait remplacer les fleurs de lys des Bourbons sur les portes du Consulat et du Palais Mancini par les armes de la République. L’opposition du pape et les manifestations hostiles de la population romaine inquiètent Bassville à juste titre mais sans modifier son attitude. Dès lors tout bascule :
« C’est l’émeute et le drame. Bassville qui bravait la foule en arborant sur le Corso la cocarde tricolore est assassiné le 13 janvier 1793. Dès le 8 janvier, sentant monter l’orage, il avait engagé les élèves, sous prétexte de travail, à rejoindre leurs camarades qui se trouvaient à Naples. Il ne restait plus ce dimanche 13 au Palais Mancini que les artistes qui achevaient de peindre les écussons : quatre seulement, les plus engagés, Girodet, Laffitte, Mérimée et Péquignot37. Dans le tumulte qui suivit l’attaque du palais ils réussirent à s’enfuir. »38 Un document conservé aux archives des Yvelines dans le fonds Coupin, décrit l’événement avec précision :
« Péquignau et Girodet se trouvoient à l’académie de France à Rome lorsque le peuple s’y porta dans l’intention de faire un mauvais parti au petit nombre de pensionnaires qui y restoient. Ils entendirent du bruit, Péquignau sortit de l’atelier pour voir ce qui se passoit et rentra en disant d’un grand sang froid :
- « Ce sont eux. »
- « Qui ? » demandèrent les autres.
- « Le peuple ! »
Girodet et Péquignau sans délibérer gagnèrent l’escalier où ils trouvèrent effectivement le peuple qui brisoit les statues et lançait les morceaux contre la porte pour l’enfoncer. Ils étoient si occupés à cette besogne qu’il [sic] ne virent pas les deux peintres qui passèrent au millieu [sic] d’eux... »39
Une lettre de Girodet à Trioson fournit des indications supplémentaires sur cet événement : « [Les émeutiers] n’avaient que vingt marches à monter pour nous assassiner ; nous les leur épargnâmes en allant au-devant d’eux. Ces misérables étaient si acharnés à détruire qu’ils ne nous aperçurent même pas ; mais des soldats presque aussi bourreaux que ceux que nous avions à craindre, loin de s’opposer à eux, nous firent descendre plus de cent marches à grands coups de fusil, jusque dans la rue où nous nous trouvâmes abandonnés et sans secours au milieu de cette populace altérée de notre sang. Heureusement encore ces bourrades de soldats lui firent croire que nous faisions partie d’elle-même, mais quelques-uns nous reconnurent. Un de mes camarades fut poursuivi à coups de pavés, moi à coups de couteau ; des rues détournées et notre sang-froid nous sauvèrent. Échappé à ce danger, pour les prévenir tous, j’allai me jeter dans un autre : je courus chez Basseville ; dans ce moment même où on l’assassinait ; le major, la femme de Basseville et Moutte le banquier se sauvent par miracle. Je me jette dans une maison italienne à deux pas de là ; j’y reste jusqu’à la nuit. J’ai l’audace de retourner à l’Académie qui était devenue le palais de Priam ; on se préparait à briser les portes à coups de hache et à mettre le feu. Là je fus reconnu dans la foule par un de mes modèles ; il faillit me perdre par le transport de joie qu’il eut de me voir sauvé. Je lui serrai énergiquement la main pour toute réponse et nous nous arrachâmes de ce lieu. »40
C’est dans la maison de ce modèle que Péquignot et Girodet se retrouvent heureusement dans la soirée. Là, Girodet sollicite l’aide de Tortoni, secrétaire d’ambassade et beau-frère de Gérard, qui lui avance les trente ou quarante écus demandés pour se rendre à Naples. Avant l’aube, les deux amis quittent Rome à pied pour gagner la Campanie. Girodet fait le récit de ce voyage dans une lettre à Trioson du 19 janvier 1793 :
« Nous marchâmes deux jours à pied et ne trouvâmes sur la route que des motifs d’inquiétude. À Albano, on refusa de nous louer une calèche ; nous n’en pûmes trouver qu’à Velletri et on nous fit bien payer la nécessité où nous étions de nous en servir. Dans les marais Pontins, forcés par le tems le plus horrible de nous réfugier dans une écurie, on délibéra de nous y massacrer pour avoir nos dépouilles. Un de ces scélérats, moins scélérat que les autres, fit réflexion qu’elles n’en valoient pas la peine. Ce fut le dernier danger que nous courûmes41.
Hors des Etats du pape nous fûmes véritablement traités en amis, le roi de Naples ayant donné les ordres les plus positifs de protéger tous les François qui se réfugiroient dans ses états. En arrivant ici, je descendis sur le champ chez le citoyen Mackau que j’informai de ces détails et de ma position. »42



b. À Naples


La découverte des paysages campaniens

Arrivés à Naples, le 18 janvier 1793, c’est chez le riche banquier et négociant helvétique Meuricoffre43 que Girodet, ainsi que les autres pensionnaires fugitifs, et peut-être Péquignot, trouvent un hébergement provisoire44. Girodet fait la connaissance du banquier genevois Raymond et de son associé Piatti qui lui proposent de le loger dans une maison leur appartenant45.
L’architecte Léon Dufourny, qui rencontrera Péquignot deux mois plus tard à Palerme, nous apprend qu’après son arrivée à Naples, Péquignot se lie avec le fermier général Louis-Adrien Prévost d’Arlincourt46qui le prend à son service comme professeur de dessin47. Sans doute logea-t-il alors chez d’Arlincourt.
Après s’être remis des émotions causées par les troubles politiques, le sac du Palais Mancini et les péripéties du voyage, les deux peintres, bien accueillis dans le milieu libéral, découvrent les charmes de la baie de Naples, comme le rapporte Coupin :
« Les deux amis passèrent quelques temps ensemble à Naples ; Girodet parle du plaisir qu’ils prenaient à se promener sur le port la nuit, à faire des études ensemble, avec un accent qui prouve que ce souvenir se rattachait pour lui, à des sentiments profonds, à une époque de bonheur. »48
Faute de réaliser, par manque de moyens, le projet d’un voyage en Calabre en février 1793, qu’annonçait Girodet dans une lettre à Trioson49, les deux peintres se laissent séduire par la variété et la beauté des paysages campaniens. Cet enthousiasme, Girodet le communique à Madame Trioson dans une lettre adressée de Naples le ler mars 1793 :
« Notre Révolution a ici un nombre prodigieux de partisans ; c’est cependant à la crainte qu’ils inspirent que les Français sont en partie redevables de la tranquillité momentanée dont ils jouissent. Je la mettrai à profit ce printemps et cet été, si elle continue ; mon projet est de parcourir les environs de Naples, et d’y séjourner suffisamment pour tirer de ce pays ce qu’il offre d’intéressant pour l’art. C’était aux environs de Rome que je devais, cette année, me livrer à l’étude du paysage, genre de peinture universel, et auquel tous les autres sont subordonnés, parce qu’ils y sont renfermés. C’était avec impatience que j’attendais de m’y livrer tout entier [ ] C’est au moment même de mettre mes projets à exécution, que je suis forcé de fuir à travers les couteaux et les flammes, et de renoncer, probablement pour toujours, à ce que Rome avait de plus intéressant pour moi... »50

Le voyage en Sicile, l’architecte Dufourny (1793)

À la différence de Girodet qui, en tant qu’élève de l’Académie, continue de percevoir sa pension (progressivement dévaluée)51 des mains du banquier Meuricoffre52, Péquignot doit assurer son existence. Fort heureusement sa rencontre avec d’Arlincourt lui permet certainement de résoudre momentanément ses problèmes financiers. Ce dernier qui, depuis trois ans, accompagné de son précepteur et cicerone, Louis Lhomme53, parcourt l’Italie, pour effectuer le traditionnel « Grand Tour » (mais aussi sans doute pour fuir les troubles révolutionnaires) décide de partir pour la Sicile en compagnie de Péquignot. Le 9 mars 1793 ils se trouvent à Palerme, comme le rapporte Dufourny dans son journal54. Ils y restent toutefois peu de temps : dès le 12 mars en effet, et jusqu’au 3 mai (comme on peut le déduire des notes de Dufourny), ils entreprennent un voyage à travers la Sicile et à Malte. Ils visitent Agrigente, Syracuse et Taormine et tentent sans succès de gravir l’Etna55. De retour à Palerme, Péquignot (qui semble avoir pris un logement indépendant de celui de d’Arlincourt et de Lhomme)56 et Dufourny se fréquentent assidûment. L'architecte l’emmène sur le chantier de son École de Botanique, sollicite son jugement57 ; le peintre, à son tour, lui montre son travail « il me fit voir une vue du théatre de Taormine assez exacte et d’un trait très fin, il se propose d’en faire un dessin au net... »58
« Il me fit voir quelques uns de ses ouvrages, entr’autres une vue du Mont Etna avec la ville de Catane sur le devantJean-Pierre Péquignot, Vue de Catane avec l'Etna dans le fond prise de la Villa du prince de Biscari : ce dessin fait à la pierre noire est du fini le plus précieux, il est pointillé comme une miniature ce qui nuit peut être un peu a l’effet : les devants sont ornés d’un groupe de jeunes femmes ajustées et dessinées de la manière la plus gracieuse, et qui prouvent que M. Pequignon s’est plus appliqué au dessin de la figure que ne le font ordinairement les paysagistes. C’est dommage que d’aussi précieux dessins soient faits à la pierre noire qui ne peut être de longue durée. »59
Les deux artistes vont travailler ensemble au Jardin Botanique (Dufourny indique à Péquignot différents points de vue que ce dernier se met à dessiner), se rendent chez les artistes, visitent de nombreuses églises, monuments et collections et s’attardent sur les fresques et les tableaux qu’ils contiennent60. Péquignot vient également dans l’atelier de Dufourny étudier son exemplaire du Voyage pittoresque des Isles de Sicile, de Malte et de Lipari de Hoüel61.
Enfin, le jeudi 18 juillet, d’Arlincourt, Lhomme et Péquignot s’embarquent à Palerme sur « le paquebot de Naples » ; le fermier général et son précepteur poursuivront — ultérieurement — leur route jusqu’à Florence. Péquignot, lui, s’installera définitivement à Naples.
De cette longue excursion à Malte et en Sicile, Péquignot fera une relation enthousiaste à son ami Girodet :
« Pequignau ayant fait un voyage en Sicile, à son retour il écrivit à Girodet une description de l’Etna que Girodet disoit être admirable. »62
Cette relation, mentionnée par Coupin, est malheureusement perdue.

La collaboration avec Girodet, la visite et la représentation des sites campaniens. L’expulsion des Français (septembre 1793)

De retour à Naples, Péquignot reprend ses excursions dans les environs de la ville, en compagnie de Girodet, et poursuit ses études des paysages de la Campanie. Cette période est évoquée dans le poème Le peintre, composé plus tard par Girodet :



« Quand les maux de la France épouvantaient l’Europe,
J’errais mélancolique aux champs de Parthénope.
Près d’un ami rival des Claudes, des Poussins,
J’admirais ces beaux champs plus beaux dans ses dessins.
L’un par l’autre excités, dans nos courses riantes,
Nos crayons récoltaient des moissons abondantes... »63



De la correspondance que Girodet adresse à son tuteur, le docteur Trioson, nous apprenons qu’il s’est rendu à Sorrente et à Capri pour y voir les vestiges du Palais de Tibère, profitant peut-être de l’invitation faite par Raymond et Piani64. Péquignot l’accompagnait-il ?
Durant l’été 1793, probablement au mois d’août, Girodet visite le tombeau de Virgile, près de la grotte du Pausilippe65, un site très prisé des peintres et des touristes de la fin du XVIIIe siècle. Un joli dessin ovale de Péquignot, Paysage avec une femme et deux chérubinsJean-Pierre Péquignot, Paysage avec le tombeau de Virgile (collection particulière), signé et daté « Péquignot à Naples 1793 », pourrait attester cette visite.
Le chant III du poème Le peintre cite encore d’autres lieux que Péquignot et Girodet découvrent ensemble : Baia, Pouzzoles, Cumes, Nola, Portici, Nocera dei Pagani, Vietri, Salerne, Cava dei TirreniJean-Pierre Péquignot, Paysage des environs de Cava dei Tirreni et naturellement le Vésuve66.
Cette période de tranquillité est malheureusement interrompue par la promulgation, le 1er septembre 1793, du décret d’expulsion des Français des royaumes de Naples et de Sicile67. Tous les résidents et voyageurs de nationalité française ont vingt jours pour quitter le pays, à moins de fournir documents et lettres de recommandation prouvant leurs attaches particulières dans le royaume68. Cacault, consul de France à Rome (mais contraint de résider à Florence) prévoit l’émigration de Naples vers la Toscane de tous les artistes français, pensionnaires ou non, priés de quitter le royaume :
« Cacault à Deforgues. Florence, le 13 septembre 1793, l’an 2e de la République.
« Nous avons à Naples quatre pensionnaires actuels, savoir :
Les citoyens Girodet et Réatu, peintre ; La Gardette, architecte, et Bridan, sculpteur ; et un peintre de paysage, le citoyen Péquignon. Ils vont probablement arriver bien-tôt ici. »69
Deux semaines plus tard, il dresse la liste des artistes français présents dans la péninsule :
« Liste des artistes françois qui se trouvent en Italie et de tous ceux qui sont venus de Rome à Florence. Florence, 27 septembre 1793.
Giraudet, pensionnaire et peintre, actuellement à Naples, devant venir à Florence ;
Péquignon, peintre de paysage, actuellement à Naples, devant aussi venir à Florence. »70
Les deux peintres décident néanmoins de rester, Girodet pour des raisons de santé, et Péquignot sans doute parce qu'il a trouvé, dans le royaume, des moyens de subsistance (peut-être continue t-il à réaliser des ouvrages décoratifs ou à exécuter des miniatures ornementales pour tabatières).
Le 21 septembre, le délai des vingt jours ayant expiré, le précepteur de Charles d'Arlincourt présente sa requête pour demeurer dans le royaume jusqu'au 21 février 1794 :
« Louis Lhomme, précepteur du fils de Monsieur Dalincourt, Fermier Général français sous l'Ancien Régime sollicite ardemment l'autorisation de rester à Naples jusqu'au 21 du mois de février en compagnie de son élève, de Pierre Pequignot, Maître de dessin du susdit. Et le Marquis d'Osmond, honorablement connu, confirme, par un certificat, qu'il mérite la grâce demandée. Nous nous en remettons au jugement de Sa Majesté et au discernement plein de sagesse de Votre Excellence [Sir Acton, Premier Ministre] pour savoir si cette autorisation doit, ou non, lui être accordée, en foi de l'attestation du susdit Chevalier [de Médicis, chef de la police politique] . »71
Acton fait grâce à la requête et accorde les quatre mois de résidence. Le demandeur en effet entre dans la catégorie de ceux qui « aïant abandonné leur patrie [ ... ] par raison d'attachement à leur propre souverain sont venus dans nos Etats avec l'espérance d'y trouver un azyle sûr [ ...] attendu que dans ce cas s'ils demandent de rester on leur accordera une permission pour un certain tems. »72
Girodet passe une partie de l'hiver à Sorrente pour soigner sa maladie de poitrine et en profite certainement pour se consacrer à l'étude du paysage. On peut supposer que Péquignot lui rend quelques visites, toutefois aucun document ne permet de l'affirmer.
Le 19 mars 1794 Girodet obtient un passeport pour quitter le royaume de Naples et rejoindre un port de Vénétie.73 Le destin sépare alors les deux hommes qui toutefois continueront à correspondre, si l'on en croit Coupin :
« Pequignau ecrivoit rarement mais quand Girodet recevoit une lettre de lui, il y en avoit 10 ou 12 pages. »74

Les amis et les relations de Péquignot à Naples

Girodet parti, le délai accordé à Lhomme et à d'Arlincourt ayant expiré, Péquignot se retrouve seul à Naples. Comment est-il parvenu à échapper à l'expulsion ? Où loge t-il ? De quoi vit-il ? À ces trois questions l'on peut apporter une seule et même réponse : le peintre a su trouver des amis et protecteurs bien en cour et qui répondent sans doute de lui auprès des autorités. Nous en connaissons les noms, mais ignorons les dates et les circonstances précises de leur rencontre avec Péquignot. Le premier de ceux-ci est certainement Carl Tschudi (Naples 1743 - Naples 1815), qui figure (sans précision chronologique) dans le carnet d'adresses de Girodet :
« Pequignot chez Mr le Baron Charles Tschoudy. Brigadier au service du Roy de Naples. »75
Carl-Ludwig-Sebastian Tschudi appartient à une famille suisse catholique très ancienne qui, depuis le XVIe siècle, fournit à chaque génération des officiers au service des nations catholiques d'Europe et sert le roi de Naples depuis l'avènement des Bourbons en 1734. Le père de Carl, Josef-Anton, était d'ailleurs l'un des officiers supérieurs les plus proches de Charles III. Carl est colonel propriétaire de son propre régiment depuis 1770 et deviendra général au service de Naples76. Tschudi héberge donc quelque temps Péquignot, peut-être à la demande de son compatriote Meuricoffre, qui avait lui-même accueilli l'artiste et son ami Girodet à leur arrivée à Naples.
Péquignot saura aussi nouer d'autres relations, utiles sous ce rapport, comme on le verra plus loin.
Tandis que se prolonge son séjour à Naples, les informations se raréfient. Les archives bancaires de Naples, qui habituellement renseignent avec précision sur l'activité de leurs clients, et parmi eux les artistes établis dans cette ville (comme Tierce ou Volaire), sont muettes sur Péquignot. Ce silence des sources suggère que le peintre ne disposait que de faibles liquidités.
Au cours de l'année 1794, il rencontre l'abbé Domenico Romanelli (1756 - 1819), historien et archéologue, qui, dans son ouvrage, Napoli antica e moderna, publié seulement en 1815, évoque une excursion commune sur le Vésuve :
« Je fus la victime de ce phénomène [la fermentation des substances d'origine volcanique] alors que, au mois d'août, après la funeste éruption de 1794, j'en fis l'ascension avec M. Pequignon, célèbre paysagiste, et un Anglais très savant en minéralogie. »77
Thuriet de son côté, précise que Péquignot a été également témoin de cette éruption, qui anéantit le village de Torre del Greco. Toutefois l'auteur ne précise pas l'origine de cette information78. Un tableau de Péquignot, conservé à Naples, au musée de San Martino, représentant le Vésuve en éruption depuis les hauteurs de CastellammareJean-Pierre Péquignot, Vue de l'éruption du Vésuve de 1794, depuis les hauteurs de Castellammare (un village situé dans la partie méridionale du golfe de Naples) pourrait avoir été composé à cette occasion.
Péquignot fait aussi la connaissance d'Antoine-Laurent Castellan (1772-1838), peintre de paysage et élève de Valenciennes, qui séjourna à Naples à partir de la fin de l'année 1797, de retour de Constantinople. Avec son collègue Charles-Stanislas Léveillé (1772-1833), il avait été envoyé par la République en mission militaire dans l'Empire Ottoman sur demande du sultan79. Dans le premier volume de ses Lettres sur l'Italie faisant suite aux lettres sur la Morée, l'Hellespont et Constantinople, Castellan évoque sa rencontre avec Péquignot : « J'ai vu aussi, à Naples, M. Pequignot, autre peintre français, mais plus particulièrement grand dessinateur. Il savoit donner aux figures de ses compositions une expression aussi vive que profonde. »80

De la vie de bohème à la marginalité

Le silence tombe alors progressivement sur Péquignot ; parmi les témoignages écrits qui nous sont parvenus sur le reste de ses années napolitaines (avant sa maladie et sa mort), se trouve cette brève mention de Cacault :
« [...] Il est resté en Italie plusieurs artistes français d'un talent très distingué : Fabre, Boguet, Corneille, Goffier, demeurant à Florence, Vanloo demeurant à Gènes, Sanlos et Blanchard demeurant à Rome, et Péquignot demeurant à Naples. Ce sont des hommes faits et formés qui n'ont plus rien à acquérir en Italie ; ils y restent pour ne pas aller à Paris mourir de faim. Ils savent que ceux qui sont rentrés manquent d'ouvrage. Nous perdons des hommes d'un talent qui coûte beaucoup à former, et je crois qu'à Paris ils se perdent encore davantage parce qu'il y reste toujours un grand esprit de parti et d'école[…] »81
En 1805 (ou peu avant), « un amateur passionné [Mr Nicolas] , ayant entendu parle du talent de Pequignau et le sachant dans la misère, le fût prier de passer chez lui qu'il voulloit l'occuper, il se fit beaucoup prier enfin il se presenta dans un état qui faisait frémir. »82
(suite)

Jean-Pierre Péquignot, paysage avec Homère
Jean-Pierre Péquignot (1765-1807), Paysage avec Homère, coll. priv.


À cette date en effet Felice Nicolas83, Surintendant des Antiquités du Royaume de Naples, entreprend une campagne de fouilles près de la porte septentrionale de la ville de Paestum. Dans une sépulture d'un grand intérêt archéologique, il met au jour une série de vases grecs très anciens. Cette découverte est illustrée par un tableau de PéquignotJean-Pierre Péquignot, Vue de Paestum de 4 palmes napolitains sur 3 (environ 1 x 0,80 m) conservé au début du XIXe siècle dans le cabinet de Nicolas et gravé sur cuivre en 1812 par Luigi Vocaturo. Cette illustration fait partie du recueil de Roberto Paolini, Memorie sui monuments di Antichità e Belle Arti che esistono in Miseno, in Bacoli, in Baia..., publié à Naples en 181284.
Nicolas appréciait certainement Péquignot pour son talent et sa culture, mais il le prit aussi sans doute en pitié, voyant l'état de misère auquel le peintre était réduit. Coupin nous apprend en effet que Nicolas s'occupa alors de le faire soigner, et cela à deux reprises, la première fois quand il fit sa connaissance, et la seconde fois, quelques jours avant sa mort :
« ...il avoit une mauvaise redingote sans bouton et attachée autour du corps avec un cordon de chaussure percée ; tout le reste de son accoutrement annonçoit la plus grande misère et de plus il avoit un fistule au nez dont l'humeur lui couloit sur le visage. Mr Nicolas le fit guérir par son médecin, mais il en conserva la marque. Girodet disoit à cette occasion qu'il avoit reçu un coup de pied de Vénus. »
« […] Après avoir vécu misérablement, il tomba malade, je crois de la poitrine, Mr Nicolas alla chez lui, il le trouva dans une salle humide et travaillant à un paysage dont il faisoit le ciel. Mr Nicolas lui ayant demandé s'il avoit besoin de quelque chose et s'il pouvoit lui être utile, il lui répondit qu'il n'avoit besoin de rien, quoique tout annonçait le contraire. Quelque jour après sa maladie et sa misère ayant augmenté, il envoya prier Mr Nicolas de venir le voir, le médecin lui ayant ordonné d'aller à la campagne, Mr Nicolas l'y fit transporter, peu de jours après il mourut. »85
Girodet précise, dans son poème Le peintre que c'est sur la côte sorrentine que s'éteignit son ami :



« Ici brille Sorrente, asile obscure du Tasse,
Tombeau d'un jeune Apelle en sa fleur dévoré,
Et que le dieu des arts en secret a pleuré. »86



Péquignot disparaît donc en 1806 ou 1807, à l'âge de 41 ou 42 ans. La date qui a été retenue ensuite par les auteurs, de manière justifiée ou non, est la seconde. Toutefois le peintre Angelini (Santa Giunta, Latium, 1760 - Naples 1853) dans un document inédit daté du 18 mars 1809, évoque la mort du peintre, survenue environ un an auparavant87 :
« ...io conosco questo quadro [la Veduta di Pesto] essendo fatto da un mio amico, morto circa un anno fa, chiamato Pequignon. »88
Les recherches effectuées dans les archives de Sorrente n'ont pas permis de découvrir le lieu et la date exacts de la mort de l'artiste89.
La cause principale de son décès, selon Coupin, serait une maladie de poitrine (sans doute la tuberculose) -hypothèse accréditée par le transfert du malade à Sorrente, réputée pour la salubrité de son air. Toutefois son mode de vie bohème et ses excès ont certainement contribué à précipiter sa fin.
« Pequignau avoit le défaut de se livrer à la boisson, on le trouvoit souvent ivre et endormi dans les rues de Naples ; quoiqu'il soit bien digne par son talent et son esprit de vivre dans la classe la plus élevée de la société, il parroit qu'il étoit souvent avec les gens de la plus basse classe. »90
Coupin rapporte qu'« un des élèves de Girodet, M. Delorme91, ayant été pendant son séjour à Naples lui porter des lettres de son maître, Péquignot refusa deux fois de le recevoir ; M. Delorme fut obligé de forcer sa porte et il le trouva dans un état qui expliquait sa répugnance à se laisser voir. »92
Cette habitude de se livrer à la boisson, Péquignot l'avait déjà contractée à Rome93 (Lettre de Girodet à Gérard du 16 mai 1791).
Qu'advient-il, à la mort de l'artiste, de ses quelques biens et de son fonds d'atelier ? Sur les conseils de Girodet, Antoine Péquignot seul et unique héritier, donne sa procuration à un colonel napolitain du nom de Calcidonio Casella94. Celui-ci se serait empressé de récupérer les tableaux et le portefeuille considérable de dessins laissés par le peintre, et de les vendre à son profit95. Ainsi, l'essentiel de l'œuvre a-t-il échappé à Girodet, qui appréciait particulièrement les œuvres de son ami et qui en possédait déjà quelques unes96.


Le caractère, les habitudes, les goûts de Péquignot : une solide culture et de funestes penchants

Coupin évoque à deux reprises son intérêt pour la lecture, affirmé dès l'enfance et qui a sans doute contribué à lui donner une culture et un style qui ont séduit Girodet. Cette information est corroborée par les choix iconographiques de ses tableaux dont les détails posent souvent aux spécialistes des problèmes d'identification.
Péquignot « parlait très élégamment sa langue et l'italien ; il aimait la musique et la cultivait. »97 Et encore : « il chantoit l'italien et s'accompagnoit de la guitare de manière à être pris pour un Italien. »98
Sans attaches particulières à Naples, il s'absentait souvent pour des excursions plus ou moins longues. Son voyage le plus lointain semble être celui fait en Sicile avec Lhomme et d'Arlincourt. Tant les détails fournis par Girodet que l'examen des œuvres de Péquignot permettent d'établir qu'il se rendit sur le Vésuve et sur la côte méridionale du golfe, à Cava dei Tirreni, à Paestum et à Sorrente, et probablement au tombeau de Virgile avec Girodet.
Quant au caractère de notre artiste, les difficultés de son existence ont peut-être encouragé une misanthropie que relève Coupin : « Avec une aversion pour tout le monde et une sorte de sauvagerie qui l'éloignait de toute société, et qui lui faisait considérer comme une contrainte tous les usages qu'elle exige, Péquignot devait prendre et prit effectivement, en avançant en âge des habitudes qui, malgré son grand talent, ne lui auraient pas permis d'y paraître. »99
Ce dégoût du monde ne servit pas véritablement sa carrière et cette indifférence pour la clientèle l'isola encore davantage et finit par le faire tomber dans la misère.
« Ses ouvrages étoient assez estimés à Naples mais il ne tenoit pas le premier rang, d'autres peintres de paysages étoient beaucoup plus dignes que lui, indépendamment de sa conduite qui devoit lui faire beaucoup de tort, il me semble que le mérite de ses ouvrages est du genre qui n'est servi que par le très petit nombre de la partie [il n'avait pas beaucoup de concurrence] »100
Girodet préfère y voir une austère vertu plutôt qu'un défaut de son caractère :



« La France honorerait aujourd'hui sa mémoire,
Si son orgueil, moins fier, eût accueilli la gloire.
Aimant les arts pour eux, heureux d'être oublié,
Ses seuls besoins étaient l'étude et l'amitié ;
Par l'étude fixé sur la terre étrangère,
Pour compagne il garda la pauvreté sévère,
Pour mentor le travail, et ses nobles mépris
Aux hommes comme à l'or n'attachaient aucun prix.
Plus d'une fois j'ai vu la bizarre fortune,
Accourant sur ses pas, lui paraître importune,
Je l'ai vu, dédaignant les dons de sa faveur,
Lui-même malheureux, secourir le malheur ! »101



Péquignot meurt oublié et misérable au moment où son ami Girodet est devenu un des peintres officiels de l'Empire et où le royaume de Naples passe, pour une décennie, sous l'autorité des Napoléonides, Joseph Bonaparte puis Joachim Murat. L'épopée napoléonienne, tout autant que la vieille hiérarchie des genres, favorisent toujours la peinture d'histoire et ses héros mais le paysage a désormais sa place et les premiers frémissements du Romantisme secouent les règles des académies.
De cette redécouverte de la nature, Péquignot n'a pas été seulement le témoin, comme toute sa génération, mais aussi l'un des interprètes, déchiré entre sa passion d'artiste et sa misanthropie d'exilé.
Chateaubriand, dans un récit autobiographique, René (1805), a exprimé le mal de vivre de sa génération et ses aspirations contradictoires qui furent aussi celles de notre peintre :
« Un jour j'étais monté au sommet de l'Etna... je vis le soleil se lever dans l'immensité de l'horizon au-dessous de moi, la Sicile resserrée comme un point à mes pieds et la mer déroulée au loin dans les espaces... Mais tandis que d'un côté mon oeil apercevait ces objets, de l'autre il plongeait dans le cratère, dont je découvrais les entrailles brûlantes, entre les bouffées d'une noire vapeur... C'est ainsi que toute ma vie j'ai eu devant les yeux une création à la fois immense et imperceptible, et un abîme ouvert à mes côtés. » 102




Notes


1) — Girodet, « Le peintre », in Œuvres posthumes, éd. présentée et annotée par P.-A. Coupin, Paris, J. Renouard, 1829, t. I, p. 124.

2) — Lancrenon, Joseph-Ferdinand, « Notice sur Girodet », Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Besançon, séance publique du 28 janvier 1870, Besançon, Dodivers, 1872, p. 86. Thuriet le fait naître le 12 mai 1765 et indique par ailleurs que le nom de Péquignot, d'origine espagnole, est assez répandu en Franche-Comté. Thuriet, Maurice, « Un artiste oublié : le peintre J.-P Péquignot de Beaume-les Dames », Mémoires de la Société d'émulation du Doubs, Besançon, 8ème série, t. V, 1910 (1911), p. 270.

3) — Simon-Ravey, Simone, « Les frères Péquignot », Mon vieux Baume, 1993, n° 32, p. 33.

4) — Brune, Paul, abbé, Dictionnaire des artistes et ouvriers d'art de la Franche-Comté, Paris, Bibliothèque d'art et d'archéologie, 1912 (réim-pression Bourg-en-Bresse, Éditions provinciales, 1992, p. 220) ; Thuriet, « Un artiste oublié... », cit., p. 270. Simone Simon-Ravey écrit que Jean-Pierre y entre en 1784 et commet une erreur de date. Simon-Ravey, « Les frères Péquignot », cit., p. 33. Il s'agit du Suisse Johann-Melchior-Joseph Wyrsch (Buochs 1731- Buochs 1798) et du Franc-comtois Luc-François Breton (Besançon 1731 - Besançon 1800). Selon Gilberte Martin-Méry « Wyrsch passa sa vie en France. Tout d'abord élève de Jean Suter, puis de Frantz Auguste Kraus d'Augsbourg, il se rendit à Rome en 1753, où il rencontra un sculpteur de Besançon, Luc Breton, avec lequel il se lia d'amitié. Sur ses conseils, il se fixa à Besançon, où il fonda l'école de peinture et de sculpture ; adopté par la société franc-comtoise, il en devint le portraitiste attitré... » Martin-Méry, Gilberte, Paris et les ateliers provinciaux au XVIIIe siècle, Bordeaux, Delmas, 1958, p. 48-49.

5) — Castan, Auguste, « L'ancienne école de peinture et de sculpture de Besançon, 1756-1791 », Mémoires de la Société d'émulation du Doubs, 6e série, t. III, 1888 (1889), p. 137-138.

6) — Castan, « L'ancienne école de peinture et de sculpture de Besançon... », cit., p. 137 ; Lancrenon, « Notice sur Girodet », cit., p. 86.

7) — Thuriet, « Un artiste oublié... », cit., p. 271 ; Brune, Dictionnaire des artistes..., cit., p. 220.

8) — Fleuri de Commartin, dit le chevalier Pawlet (ou Paulet) (1731-1793), d'origine irlandaise, crée à Paris en 1773 l'École des orphelins militaires, un établissement scolaire destiné aux fils de militaires tués ou blessés au service de la France. Cette école, qui dispense un enseignement général où figure l'apprentissage des arts, compte jusqu'à deux cent cinquante élèves. Parmi eux le futur maréchal Mac Donald, duc de Tarente (qui plus tard consacrera à Pawlet une courte notice dans Le Journal de l'Education, en juillet 1816). L'École est établie d'abord près de la barrière de Sèvres, puis au couvent des Célestins de 1786 à 1789, enfin à Popincourt en 1791. Ses élèves sont pour la plupart des orphelins, enfants d'officiers ou de sous-officiers, mais elle compte aussi quelques fils d'amis du chevalier. Les deux jeunes Péquignot ont pu s'y faire inscrire grâce à leurs relations de Besançon, à moins que leur père n'ait été militaire avant de devenir maréchal-ferrant à Baume-les-Dames. Pawlet fait partie de ces réformateurs qu'ont multipliés les difficultés économiques et sociales de la fin de l'Ancien Régime. Son activité ne s'est pas bornée à la constitution d'un prytanée, mais aussi à des projets de travaux publics et de caisses de secours. Il est également l'auteur des Projets de décrets sur les milices auxiliaires et les travaux publics, avec des observations sur la police générale du royaume, sur un plan d'impôt territorial, la capitation, le timbre et une banque de secours nationale, précédés d'une adresse à l'Assemblée Nationale, Paris, Imprimerie Nationale, 1790. Après la journée du 10 août 1792 et la chute de la royauté, le chevalier, qui n'a pu obtenir l'aide des assemblées pour la construction de son école militaire, préfère émigrer. Il meurt à l'étranger peu après en un lieu resté inconnu. Cf. Jal, Augustin, Dictionnaire de Biographie et d'Histoire, Paris, Plon, 1867, p. 749-750.

9) — À partir de septembre 1785 il loge chez un parfumeur rue de Grenelle St Honoré, actuellement rue Jean-Jacques Rousseau (cf. infra note 15).

10) — Versailles, Archives départementales des Yvelines (à partir de maintenant sous l'abréviation A.D.Y.), Fonds Coupin, J. 2071 à 2075. Le fonds Coupin a été découvert par Alain Pougetoux. Les informations sur Péquignot du Fonds Coupin et des Œuvres posthumes... de Girodet ont été transmises à Coupin par Henri-Guillaume Chatillon (Paris 1780 - Versailles vers 1856), qui les tenait à son tour de son maître Girodet. Il s'agit par conséquent de sources indirectes, publiées par Coupin, environ vingt ans après la mort de Péquignot. Il existe des différences notables entre les manuscrits de Coupin conservés à Versailles et l'ouvrage publié, les Œuvres posthumes. Toutes les informations provenant du fonds Coupin nous ont été généreusement communiquées par Sidonie Lemeux-Fraitot.

11) — Thuriet, « Un artiste oublié... », cit., p. 271-272 ; Brune, Dictionnaire des artistes..., cit., p. 220.

12) — Nicolas-Guy Brenet (Paris 1728 - Paris 1792), avait un atelier important. Toutefois ses disciples (comme François Gérard) passèrent rapidement chez David, qui incarnait la relève. Nous remercions Philippe Bordes pour cette information.

13) — Nous avons choisi de conserver pour toutes les citations l'orthographe et la ponctuation originales.

14) — Claude Dejoux (Vadans, Jura, 1732 - Paris 1816) étudia à l'académie de Marseille, puis à Paris auprès de Guillaume Coustou. Il travailla à Rome de 1770 à 1774. De retour à Paris, il fut « agréé » en 1778 et devint membre de l'Institut en 1795. Ses premiers travaux ont été exécutés sous la direction de Pajou pour l'opéra du château de Versailles de 1768 à 1770. Parmi ses œuvres on peut citer deux bustes d'Esculape et d'Hygie, présentés au Salon de 1779, un Saint Sébastien, son morceau de réception à l'Académie, une Renommée pour la coupole du Panthéon (Ste Geneviève), ou encore le tombeau du sculpteur Julien.

15) — Paris, École Nationale Supérieure des Beaux-Arts, « Registres des Élèves de l'Académie », Ms. 823 (ancien Ms. A 95), folios 65 et 78. Antoine est de nouveau mentionné en mars 1782, en septembre 1782 et en mars 1783 ; Jean-Pierre en mars 1783, en septembre 1783, en septembre 1783 (sic), en mars 1784, en septembre 1784, en mars 1785 et en septembre 1785. À cette date il habite alors « rue de Grenelle St Honoré, maison de M. [ ?]ué Parfumeur. » Nous remercions Philippe Bordes de nous avoir communiqué cette information.

16) — Cahen, Antoine, « Les Prix de quartier à l'Académie royale de peinture et de sculpture », Bulletin de la Société de l'Histoire de l'Art Français, année 1993 (1994), p. 77. Nous remercions Philippe Bordes de nous avoir signalé cet article.

17) — Versailles, A.D.Y., Fonds Coupin, J. 2071 à 2075.

18) — Thuriet, « Un artiste oublié... », cit., p. 271-272. Brune, Dictionnaire des artistes..., cit., p. 220 ; ses sources sont : Castan, « L'ancienne école... », p. 137-148 ; Girodet, Œuvres posthumes..., cit., t. I, p. 298.

19) — L'Exposition de la Jeunesse, organisée le jour de la Fête-Dieu place Dauphine, en plein air, permettait aux artistes qui n'appartenaient pas à l'Académie (les peintres non encore affirmés ou les représentants des genres mineurs) de présenter leurs œuvres au public. Les natures mortes et les paysages connaissaient en général un large succès auprès des visiteurs. Sur les expositions publiques parisiennes au XVIIIe siècle, cf. Crow, Thomas E., Painters and Public Life in Eighteenth-Centuty Paris, New Haven et Londres, Yale University Press, 1985 (ed. fr. Paris, Macula, 2000).

20) — Thuriet, « Un artiste oublié... », cit., p. 272. Sanchez, Pierre, Dictionnaire des artistes exposant dans les salons des XVII et XVIIIème siècles à Paris et en Province, t. III, 1673-1800, Dijon, L'Échelle de Jacob, 2004, p. 1333.

21) — Lancrenon (in « Notice sur Girodet », cit., p. 86) avance comme raison la nécessité pour Péquignot d'étudier les proportions et les attitudes du corps humain. Thuriet (in « Un artiste oublié... », cit., p. 272), qui suggère que le jeune artiste n'avait pas encore choisi de se spécialiser dans la peinture du paysage, commet une erreur puisque en 1785 Péquignot présente deux paysages à l'Exposition de la Jeunesse.

22) — L. Jules David (in Le peintre Louis David 1748-1825. Souvenirs et documents inédits, Paris, Victor Havard, 1880, p. 629) cite Péquignot parmi les élèves de David, mais ne mentionne pas ses sources. Cette affirmation est d'ailleurs contredite par le silence de Delécluze (Delécluze, Étienne Jean, Louis David, son école et son temps, Paris, Didier, 1855, réédition avec préface et notes de Jean-Pierre Mouilleseaux, Paris, Macula, 1983). Jules David, Lancrenon et Thuriet sont d'ailleurs des sources tardives ou secondaires et pas toujours fiables. Nous remercions Philippe Bordes de nous avoir fait part de ces informations et donné son avis sur cette délicate question. Selon Rémi Cariel (communication du 27 mai 2005), Péquignot aurait pu entrer en relation avec David par l'intermédiaire de Brenet, sans pour autant « séjourner » dans l'atelier du maître.

23) — Thuriet, « Un artiste oublié... », cit., p. 272-273.

24) — On peut déduire cette date de l'observation de Thuriet : « Il était installé dans la capitale de l'Art depuis deux ou trois ans lorsqu'arriva dans cette ville, en qualité de pensionnaire de l'Académie de France, Girodet, le futur auteur du Déluge et des Funérailles d'Attala, qui avait obtenu le Grand Prix de Rome en 1789. » Thuriet, « Un artiste oublié... », cit., p. 273.

25) — Versailles, A.D.Y., Fonds Coupin, J. 2071 à 2075.

26) — Lettre de Girodet à Gérard, Rome, 18 avril 1791. « Jean-Baptiste Topino-Lebrun te dit bien des choses, surtout Péquignot. Il m'a confié sa position. Je ne désespère pas qu'il ne s'humanise un peu. Nous devons dîner ensemble chez M. Giraud au premier jour. » Lettres adressées au baron François Gérard par les artistes et les personnages célèbres de son temps, Paris, A. Quantin, 1886, t. I, p. 166-167. Voir aussi les lettres du 16 mai (ibid., p. 167-169), s.d [mai 1791] (p. 170), du 13 juillet (p. 176-177).

27) — Coupin cité in Thuriet, « Un artiste oublié... », cit., p. 274.

28) — Lettre de Girodet à Gérard, Rome, le 13 juillet 1791. « Depuis le 27 juin, jour de la date de ta lettre, tu dois en avoir reçu une de moi, dans laquelle il y en avait une fort longue de Péquignot […] Péquignot t'écrit tous les jours, et je crois qu'au premier jour tu recevras de lui une brochure de quelques centaines de pages. » Lettres adressées au baron François Gérard..., cit., p. 176-177. Sidonie Lemeux-Fraitot (communication du 19 juin 2005) pense que ce serait probablement Gérard qui aurait présenté Péquignot à Girodet. Elle fonde son opinion sur la correspondance de Gérard, et en particulier sur la lettre de Girodet du 13 juillet 1791 adressée de Rome à Gérard : Péquignot écrit tous les jours à Gérard, reparti en France, et les termes de Girodet indiquent bien que Gérard surtout était l'ami privilégié de Péquignot. Pour S. Lemeux-Fraitot, Girodet se serait lié à Péquignot à Rome, et non à Paris.

29) — Lemeux-Fraitot, Sidonie, Ut poeta pictor, les champs culturels et littéraires d'Anne-Louis Girodet-Trioson (1767-1824), thèse de doctorat de l'Université de Paris 1-Sorbonne sous la direction d'Eric Darragon, Paris, 2003, vol. II, p. 30 : « avril 1791. Girodet est allé dîner chez Giraud avec Péquignot » ; « mi-octobre 1791 : arrivée de Gérard à Rome, il retrouve Girodet quotidiennement ainsi que Tortoni et Péquignot. »
La date d'arrivée de Gérard à Rome est sujette à caution ; celle-ci peut se situer en fait entre septembre et novembre. Nous remercions Bruno Chenique de nous avoir communiqué ces informations.

30) — Réattu s'intéressait lui aussi au paysage, comme en témoigne sa dernière lettre expédiée de Rome le 6 novembre 1792 et dont les termes rappellent étrangement la correspondance de Girodet : « Malgré la perspective que j'ai actuellement, je profite du peu de beau tems qui nous reste avant l'hiver pour voir les campagnes de Rome que je ne connois pas entièrement, [...] les environs d'Albano et de Frascati sont ce qu'il y a de mieux ; les effets de montagnes qui bordent le pays y sont admirables. Si je peux y retourner et y passer moins rapidement, j'en rapporterai quelque chose. » Cité in Simons, Katrin, Jacques Réattu 1760-1833, peintre de la Révolution française, Neuilly-sur-Seine, Arthena, 1988, p. 24 et note 203 p. 77.

31) — Cf. Lemeux-Fraitot, Ut poeta pictor... , cit., vol. I, p. 197 et note 247. Pour Belle et Giraud, cf. Correspondance des directeurs de l'Académie de France à Rome avec les surintendants des bâtiments publiée d'après les manuscrits des archives nationales par M. Anatole de Montaiglon sous le patronage de la Direction des Beaux-Arts, Paris, Charavay frères, 1907, t. XVI, p. 172. L'abbé Paul Belle est à Rome avec le sculpteur Jean-Baptiste Giraud d'octobre 1789 à fin novembre 1792. Précisons qu'il n'existe pas de lien de parenté entre l'abbé et le peintre d'histoire Augustin-Louis Belle.

32) — Péquignot fréquente les pensionnaires et peut-être son directeur, Ménageot (cf. infra). Coupin nous dit que « Pequignau et Girodet se trouvoient à l'académie de France à Rome [...] Pequignau sortit de l'atelier pour voir ce qui se passoit... » (nous reproduisons p. 15 le passage dans son entier). Versailles, A.D.Y., Fonds Coupin, J. 2074. Péquignot retrouve à Rome les élèves de David qu'il avait certainement connus à Paris, dans l'atelier de Brenet. En effet, selon Philippe Bordes, durant le deuxième séjour de David à Rome, de septembre 1784 à septembre 1785, ses élèves fréquentèrent l'atelier de Brenet. Cf. Bordes, Philippe, « François-Xavier Fabre, 'Peintre d'Histoire' - I », The Burlington Magazine, t. CXVII, n° 863, février 1975, p. 91. Nous remercions Philippe Bordes et Rémi Cartel pour ces précisions.

33) — Sur l'Académie de France à Rome pendant la Révolution Française, cf. Crow, Thomas E., Emulation Malzing Artists for Revolutionary France, New Haven et Londres, Yale Universit Press, 1995.

34) — Michel, Olivier, « Effervescence et violence. Les artistes français en Italie de 1789 à 1793 » in La Révolution française et l'Europe, cat. exp. (Paris, Galeries Nationales du Grand Palais, 16 mars - 16 juin 1989), vol. II, l'Événement révolutionnaire, Paris, RMN, 1989, p. 618-621.

35) Ibidem, p. 618.

36) — Nicolas Jean Hugou de Bassville (1753-1793) était, en janvier 1793, secrétaire d'ambassade à Naples et envoyé à Rome de l'ambassadeur près du royaume de Naples, Mackau.

37) — Selon Thuriet, Girodet demande l'honneur de pouvoir les peindre, aidé de Péquignot et de deux de leurs amis. Thuriet, « Un artiste oublié... », cit., p. 276.

38) — Michel, « Effervescence et violence... », cit., p. 621.

39) — Versailles, A.D.Y., Fonds Coupin, J. 2074. Cité in Thuriet , « Un artiste oublié... », cit., p. 276-277.

40) — Lettre de Girodet à Trioson du 18 janvier 1793, in Girodet, Œuvres posthumes, cit., t. II, p. 426-427. Il est intéressant de comparer cette version avec celle de Dufourny (cf. infra p. 49) qui rapporte le récit que lui en a fait Péquignot. Léon Dufourny (Paris 1754 - Paris 1818) a été l'élève de David Leroy et de Marie-Joseph Peyre. Il part pour l'Italie en 1782, à Rome d'abord, puis à Palerme en 1789 où il dirige la construction des bâtiments du jardin botanique et de l'observatoire. Cf. infra les notes au journal de Dufourny.

41) — Un feuillet du fonds Coupin (Versailles, A.D.Y., Fonds Coupin, J. 2071 à 2075) apporte quelques précisions supplémentaires sur cet épisode : « la crainte qu'ils eurent d'être volé peut-être assassiné en route, durant que Girodet dormait, Péquignot qui était éveillé entendit le complot qui se tramait, éveilla son ami et ils partirent. Ce ne fut que lorsqu'ils furent hors de danger que Péquignot fit connaître le motif de leur départ précipité. Girodet disait, à cette occasion, qu'il lui devait la vie. »

42) — Lettre de Girodet à Trioson du 18 janvier 1793, in Girodet, Œuvres posthumes, cit., t. II, p. 426-427. Voir, à titre comparatif, la relation qu'en donne Coupin : « Le jour d'après ils partirent pour Naples à pied ; forcés de s'arrêter dans les marais pontins et de passer la nuit dans un mauvais gite, Girodet dormoit, non pas sans s'inquiéter, [l'auteur en ajoutant deux négations dit le contraire de ce qu'il voulait dire : Girodet dormait sans s'inquiéter] son ami l'éveilla et lui dit Girodet levez-vous et partons, ce qu'ils firent ; lorsqu'ils furent hors de danger, Péquignau lui dit ces gens qui étoient dans la même chambre que nous, se disposoient à nous voler et peut-être plus encore, je ne dormois pas, j'ai tout entendu. Girodet disoit que dans cette occasion il devoit son salut à son ami. » Versailles, A.D.Y., Fonds Coupin, J. 2074.

43) — Frédéric-Robert Meuricoffre (1740-1816).

44) — Willk-Brocard, Nicole, François-Guillaume Ménageot (1744-1816), peintre d'histoire, directeur de l'Académie de France à Rome, Paris, Arthéna, 1977, p. 40. Girodet noue des contacts avec Frédéric-Robert Meuricoffre ; celui-ci (qui fut contraint également de quitter le royaume de Naples) l'hébergera de nouveau en juin 1795, à Gênes. Les Meuricoffre (Moerikoffer) sont originaires du canton de Thurgovie en Suisse. Frédéric-Robert (le fils de Johann-Georg, qui fonda une maison de commerce à Lyon et prit le nom francisé de Meuricoffre), s'établit à Naples en 1760 où il créa la banque Meuricoffre et Cie. Attinger, Victor, Godet, Marcel et Türler, Henri , Dictionnaire historique et biographique de la Suisse, Neuchâtel Administration du Dictionnaire historique et biographique de la Suisse, 1928, t. IV, p. 708.

45) — Lemeux-Fraitot, Ut poeta pictor..., cit., t. I, p. 221.

46) Journal de l'architecte Léon Dufourny, Palerme, 1789-1793, Paris, Bibliothèque Nationale de France, Cabinet des Estampes, Ub 236 4°, t. II, samedi 9 mars 1793. Louis-Adrien Prévost d'Arlincourt (Évreux 1743 - Paris 1794). Très dévoué à Monsieur, Comte de Provence (le futur Louis XVIII), il fit partie des vingt-huit fermiers généraux exécutés le 19 floréal an III (jeudi 8 mai 1794), sous l'inculpation collective et banale de complot contre le peuple (cf. Dictionnaire de biographie française, Paris, Letouzé et Ané, 1939, t. III, p. 645 ; Janzé, Alix de, Les Financiers d'autrefois : Fermiers généraux, Paris, Ollendorff, 1886, p. 300-302). Il est probable que la mort tragique de son ancien protecteur et compagnon de voyage ait traumatisé Péquignot.

47) — Naples, Archivio di Stato di Napoli, Affari esteri, busta 543, sans numéro de folio.

48) — Versailles, A.D.Y., Fonds Coupin, J. 2071 à 2075.

49) — Lettre de Girodet à Trioson, Naples, 9 février 1793, in Correspondance de Girodet, vol. III, n° 34, mentionnée par Lafont, Anne, Une jeunesse artistique sous la Révolution : Girodet avant 1800, thèse de doctorat de l'Université de Paris IV-Sorbonne sous la direction d'Antoine Schnapper, Paris, 2001, p. 105.

50) — Lettre de Girodet à Madame Trioson du 1" mars 1793, in Girodet, Œuvres posthumes..., cit., t. II, p. 431.

51) — Bien que pensionnaire de l'Académie, Girodet connaît lui aussi des incertitudes financières du fait de la dévaluation rapide des assignats et d'un change devenu par conséquent de plus en plus désavantageux. Il s'en plaint longuement dans une lettre au docteur Trioson, écrite à Naples les 25 juillet, 2 août et 1er septembre 1793 et conservée dans le Fonds Pierre Deslandres, t. III, n° 42, déposé au Musée Girodet de Montargis. « [25 juillet] Nous continuons mon ami davoir un traitement qui nest pas a beaucoup près l'équivalent de celui dont nous jouissions a Rome mais nous l'avons statué tel entre nous le croyant plus convenable aux circonstances présentes il a été avoué par les ministres de la République a Naples et a Florence qui se partagent les éléves de l'academie dans ce moment cy. Je vous enverray par le prochain courrier la note des sommes que jai touché par Mr Meurikoffre depuis que je suis ici le change actuel est tel que une livre ou 20s de france qui équivalaient a 23 grains de Naples n'en vaut plus que 7 et demi. Je ne prendrai plus de cet argent autant que je pourrai m'en passer c'est par trop dégoutant. Mais qu'y faire ? patienter, et puis encore patienter. Voilà la recette générale a bien des maux particulier […]
[1er septembre ; Girodet cite ici les justifications de Cacault] « Les circonstances rigoureuses pressent sur tous ; vous voyés que la loi connue et le bon sens ne permettent plus de continuer aux pensionnaires un traitement quadruple de ce qui est fixé par la convention. ceux que cette circonstance rigoureuse obligera de partir recevront le montant de leur voyage en argent conformement aux anciens règlemens il serait pourvû au Surplus si cela devenait nécéssaire. »
Ainsi mon bon ami vous voyés maintenant a quoi se reduit mon traitement de pensionnaire. quant à ce que jai touché de la somme de 150ls par mois cela se reduit a six mois 9bre Xbre Janve feve, Mars, et avril. Je commence a être assés près de mes pieces, et quel sera le premier payement. »
Nous remercions Bruno Chenique de nous avoir communiqué ce document.

52) — Lettre de Cacault à Paré, Ministre de l'Intérieur, Florence, 27 septembre 1793, in Correspondance des directeurs..., cit., t. XVI, p. 329-333. Par ailleurs, Girodet reçoit de Trioson, par l'intermédiaire de Meuricoffre, 150 livres par mois (Lettre de Trioson à Gérard du 20 pluviôse 1793 [10 février 1794] in Lettres adressées au baron François Gérard... , cit., p. 183) et obtient une aide financière de Raymond et Piatti (Lemeux-Fraitot, Ut poeta pictor..., cit, t. I, p. 220).

53) — Ce nom propre, bien qu'inattendu, est porté en France par plusieurs familles.

54) — Le journal de l'architecte Léon Dufourny nous fournit l'emploi du temps, jour après jour, de Péquignot en Sicile (et particulièrement à Palerme). « Samedi 9 [mars 1793]. Dîné chez Mrs Caillol, Nicoud etc. il s'y trouvoit trois voyageurs françois M. d'Arlincourt fermier général, avec M. Lhomme son instituteur et M. Péquignon peintre de paysage […]. Ces Mrs se proposent de faire le tour de la Sicile, d'aller à Malthe puis à Naples et de revenir icy pour la fête de Ste Rosalie [les 13-14 et 15 juillet] : il y a 3 ans qu'ils sont en voyage, et se proposent de le prolonger encor pendant six autres années. »

55) Journal de l'architecte Léon Dufourny..., cit., vendredi 3 mai.

56) Journal de l'architecte Léon Dufourny..., cit., mercredi 15 et lundi 20 mai. Dufourny précise qu'il s'est rendu chez « M. Péquignon » et « chez MrsLhomme et d'Arlincourt »

57) Journal de l'architecte Léon Dufourny..., cit., mercredi 12 juin.

58) Journal de l'architecte Léon Dufourny..., cit., mercredi 15 mai. Il s'agit sans doute d'une vue de l'amphithéâtre ou « théâtre grec » de Taormine. L'odéon ne fut mis au jour qu'en 1893. Malheureusement ce dessin ne nous est pas connu.

59) Journal de l'architecte Léon Dufourny..., cit., mercredi 12 juin. Il s'agit très certainement du dessin de la Galerie Mackinnon, à Londres, signé « Pequignot / a Palerme 1793. » À quel moment Péquignot a-t-il réalisé les esquisses préparatoires à ce dessin ? Lors du voyage à travers la Sicile, entrepris avec L'homme et d'Arlincourt en mars-avril 1793, ou plus tard, fin mai-début juin, en compagnie de la famille Belmonte, comme pourraient le laisser penser l'absence de mentions de Péquignot dans le journal de Dufourny entre le 16 mai et le 7 juin et ce passage du même journal : « Samedy 1er juin [ ...] Le soir j'allai chez Mrs Lhomme et d'Arlaincourt qui m'apprirent que toute la famille Belmonte étoit partie pour voir l'Etna, Catane et Syracuse. » Journal de l'architecte Léon Dufourny..., cit., samedi 1er juin.

60) Journal de l'architecte Léon Dufourny..., cit., samedi 8, lundi 10, samedi 15 juin, lundi 8 et vendredi 12 juillet.

61) — Hoüel, Jean, Voyage pittoresque des isles de Sicile, de Malte et de Lipari, Paris, 1782-1787, 4 vol. Journal de l'architecte Léon Dufourny..., cit., lundi 24, samedi 29 juin et mercredi 10 juillet.

62) — Versailles, A.D.Y., Fonds Coupin, J. 2074.

63) — Girodet, « Le peintre », in Œuvres posthumes, cit., t. I, p. 132. Le poème « Le peintre » fut conçu dans les années 1801-1804, puis complété et corrigé par Girodet tout au long de sa vie.

64) — Lettre de Girodet à Trioson. Naples, sans date, in Correspondance de Girodet, vol. III, n° 38, citée in Lafont, Une jeunesse artistique..., cit., p. 106 et note 326. Lettre de Girodet au docteur Trioson, de Naples le 25 juillet 1793, continuée huit jours après, citée in Lemeux-Fraitot, Ut poeta pictor..., cit. , t. I, p. 221 et note 372. Girodet séjournait-il chez Raymond ? Etait-il avec Péquignot ? Selon Sidonie-Lemeux-Fraitot, que nous avons interrogée à ce sujet, la lettre de Girodet au docteur Trioson (Naples, 25 juillet 1793) indique simplement : « avant hier me trouvant à la maison de campagne de M. Raymond J'y lus dans un Papier... ». Les lignes (p. 2 de la lettre) ont été écrites huit jours après le début de la lettre (soit environ le 2 août). Peut-on en déduire que Girodet était chez Raymond le 31 juillet ? Dans la suite de la lettre, (p. 3, datée du 1er septembre) Girodet explique que le retard mis à terminer sa missive est dû au fait qu'il est allé dessiner au tombeau de Virgile. Toutefois il ne mentionne pas le nom de Péquignot et ne précise pas à quel endroit se trouve la maison de campagne de Raymond.

65) — Girodet fait au docteur Trioson le récit de cette excursion : « [1er septembre] ... divers raisons en ont été la cause [de mon silence] entres autres une petite maladie d'une 10e de jours consistant seulement en fievre que j'ay attrappé Je crois en allant dessiner au Tombeau de virgile endroit très frais près la grotte de Pausilippe mais où on n'arrive qu'après avoir fait un assés long chemin a l'ardeur du soleil [...] mon bon amy que vont devenir mes projets detudes de Paysage dont la seule espérance me rejouissait Je touchais au moment dexecuter ce projet 7bre 8e 9bre me disais-je voilà trois delicieux mois pour cela... [suit l'allusion au décret d'expulsion des Français des royaumes de Naples et de Sicile le 1er septembre 1793. Cf. infra note 67] » Lettre de Girodet au docteur Trioson, Naples les 25 juillet, 2 août et 1er septembre [1793], citée supra note 51. Voir aussi Lemeux-Fraitot, Ut poeta pictor..., cit., vol. I, p. 225 et notes 403-411.

66) — Girodet, « Le peintre », in Œuvres posthumes, cit., t. I, p. 124.

67) — « [1er septembre] ...une flotte Anglaise vint mouiller dans le port de Naples [...] le ministre de france pouvait avoir ordre de partir sous huit Jours. Cest ce qui est arrivé on a été dans toutes les maisons inscrire les noms qualité &c des français qui s'y trouvent. Le Roy de N. qui est très bien disposé en [leur] faveur quoique forcé par les circonstances exigera de ceux qui doivent rester un serment dont on croit que la teneur est de se conformer en toutes circonstances aux lois du Pays. » Lettre de Girodet au docteur Trioson, écrite à Naples les 25 juillet, 2 août et 1er septembre [1793], citée supra note 51.

68) — Le texte intégral du décret, en français, conservé à Paris, aux Archives du Ministère des Affaires Étrangères (Correspondance politique, Naples, vol. CXXIII, folios 176-177), est publié dans Beck Saiello, Emilie, Le chevalier Volaire, un peintre français à Naples au XVIIIe siècle, Naples, Centre Jean Bérard, 2004, p. 205-207.

69) Correspondance des directeurs..., cit., t. XVI, p. 326.

70) Ibid., p. 333.

71) « Luigi L'homme Ajo del figliuolo di Monsieur Dalincourt Fermier Generale di Francia nell'antico regime implora di restare in Napoli sino al ventuno mese di febraio col suo allievo, e con Pietro Pequignot Maestro di disegno del medesimo : e'l noto Marchese d'Osmond assicura con suo certificato di essere degno della grazia chiesta. Noi rimettiamo all'arbitrio di Sua Maestà, ed al savio discernimento di Vostra Eccelenza [Sir Acton] se debba, o nô accordarglisi sul suo attestato del nominato Cavaliere. » Naples, Archivio di Stato di Napoli, Affari esteri, busta 543, sans numéro de folio.

72) — Décret d'expulsion des Français. Voir supra note 68.

73) — Lettre de Francesco Saverio Petroli à Acton, Ariano, le 2 avril 1794, Naples, Archivio di Stato di Napoli, Affari esteri, busta 548, publiée in Beck Saiello, Emilie, « Alcuni documenti inediti su Girodet a Napoli », Ricerche di Storia dell'Arte, 2003, n° 81, p. 107-108.

74) — Versailles, A.D.Y., Fonds Coupin, J. 2074.

75) — Lafont, Une jeunesse artistique..., cit., note 332 p. 107. Le carnet d'adresses de Girodet, conservé à Montargis, au musée Girodet, est publié in Lemeux-Fraitot, Ut poeta pictor..., cit., vol. II, p. 136. Ce carnet est difficilement datable, mais selon S. Lemeux-Fraitot, il aurait été rédigé à partir de 1800.

76) Dictionnaire historique et biographique de la Suisse, sous la direction de Victor Attinger, Marcel Godet et Henri Turler, Neuchâtel, Administration du Dictionnaire historique et biographique de la Suisse, 1932, t. VI, p. 694-700 (pour Carl Tshudi, p. 699).

77) — Nous rapportons la description de l'ascension dans son intégralité : « Io fui la vittima di questo fenomeno [fermentazione], allorché nel mese di agosto, dopo la funesta eruzione del 1794, vi ascesi col sig. Pequignon, rinomato paesista, e con un inglese molto intendente di mineralogia. Arrivati alla cima sui fare dell'alba, dopo di averlo valicato con immensa pena, e fatica, a cagion che la lava ancora ardeva, e si alzavan pur anche i vortici di fumo, mentre col bel sereno del cielo stavano vagheggiando il vasto orizzonte, e desiderosi di approssimarci al suo baratro scendemmo da venti passi pel declinio, in un momento un nembo di fumo pregno di zolfo ci copri, e sentimmo sotto a' nostri piedi lo spaventoso gorgoglio della bollente caldaja, che già minacciava d'ingojarci. Le due guide allora alzando un grido ci avvertirono del vicino pericolo, e ci obbligarono a fuggire, quantunque s'ebbe a durarfatica per persuaderne l'inglese, il quale persisteva nel pensiero di volerlo esaminare fin nel punto della profonda apertura. » Romanelli, Domenico, abbé, Napoli antica e moderna, Naples, Tipografia di Angelo Trani, 1815, p. 168-169.

78) — Thuriet, « Un artiste oublié... », cit., p. 280.

79) « Deux autres Français, les citoyens Castellan et Léveillé, artistes qui avaient été envoyés à Constantinople, en ont plus récemment, pendant une longue maladie, reçu tous les secours et les soins de l'hospitalité. Il [un employé du consulat francais à Brindisi] leur a facilité les moyens de dessiner quelques vues et quelques édifices du pays. On vient de le mander en cette ville [Naples] , lui promettant de lui donner une place meilleure que celle qu'il exerçait ; à peine arrivé, on l'a conduit en prison, comme prévenu d'avoir aidé des ingénieurs français à lever des plans de fortifications... » Lettre de Trouvé à Talleyrand du 29 frimaire an VI. Paris, Archives du Ministère des Affaires Etrangères, Correspondance diplomatique, Naples, vol. 125, doc 58.

80) — Castellan, Antoine-Laurent, Lettres sur l'Italie, faisant suite aux lettres sur la Morée, l'Hellespont et Constantinople, Paris, Nepveu, 1819, vol. I, note 1 p. 250. Quelques lignes plus haut, l'auteur parle de Simon Denis. L'ouvrage de Castellan est richement illustré de gravures de paysage.

81) — Lettre de Cacault au ministre Delacroix, Rome, le 5 pluviôse an V (24 janvier 1797), in Correspondance des directeurs..., cit., t. XVI, p. 496.

82) — Versailles, A.D.Y., Fonds Coupin, J. 2074.

83) — Felice Nicolas travailla d'abord au Ministère des Affaires Étrangères à Naples avant de s'occuper activement de l'organisation administrative des antiquités et des fouilles archéologiques. Pour ses qualités et son dévouement au travail, il fut confirmé dans ses fonctions de directeur des chantiers archéologiques du royaume, d'intendant de la manufacture royale de porcelaine, de responsable des collections de cuivres (pour la gravure) et de fonctionnaire du musée royal, par Joseph Bonaparte en juin 1806. Cf. Laveglia, Pietro, « Paestum dalla decadenza alla riscoperta fino al 1860. Primi studi, primi provvedimenti di tutela », in Scritti in memoria di Leopoldo Cassese, Naples, Libreria scientifica editrice, 1971, vol. II, note 63 p. 227-228.

84) — La description des travaux et des fouilles effectués par Nicolas à Paestum se trouve dans Paolini, Roberto, Memorie sui monumenti di Antichità e di Belle Arti ch'esistono in Miseno, in Bacoli, in Baja, in Cuma, in Pozzuoli, in Napoli, in Capua Antica, in Ercolano, in Pompei, ed in Pesto, Napoli, Dai Torchi del Monitore delle Due Sicilie, 1812, p. 314-317.

85) — Versailles, A.D.Y., Fonds Coupin, J. 2074.

86) — Girodet, « Le peintre », in Œuvres posthumes..., cit., t. I, p. 123.

87) — Le document est mentionné (sans la référence archivistique) par A.L. Porzio in Civiltà dell'Ottocento a Napoli. Le arti figurative, cat. exp. (Naples, Musée de Capodimonte - Caserte, Palazzo Reale, 25 octobre 1997 - 26 avril 1998), Naples, Electa, 1997, p. 625-626.

88) — « ...je connais ce tableau [la Vue de Paestum] [ fait par mon ami, mort il y a environ un an, appelé Pequignon. » Lettre du peintre Costanzo Angelini, Professeur à l'académie royale de peinture de Naples au Ministre de l'Intérieur, datée du 18 mars 1809. Naples, Archivio di Stato di Napoli, Ministero dell'Interno, I INV, f. 986. Nous remercions Alba Irollo de nous avoir communiqué ce document.

89) — Nous remercions bien sincèrement Maria Grazia Spano, directrice des archives de Sorrente, d'avoir, avec patience et persévérance, consulté pour nous les registres d'état civil et les Libri defunctorum de quelques unes des soixante paroisses de la péninsule sorrentine.

90) — Versailles, A.D.Y, Fonds Coupin, J.2074.

91) — Pierre-Claude-François Delorme (Paris 1783 - Paris 1859), peintre d'histoire et portraitiste, participe au Salon de Paris entre 1810 et 1851. En 1814 il obtient une médaille de deuxième classe et en 1817, de première classe. En 1841 il est décoré de la Légion d'honneur. À quel moment se situe le séjour de Delorme en Italie ? Quand rend-t-il visite à Péquignot ? Selon Philippe Bordes, qui nous a fait part de ses réflexions, Delorme se serait trouvé en Italie certainement au début de l'Empire, puisqu'il est admis aux concours pour le prix de peinture à Paris en 1804 et 1805, puis expose en 1810 au Salon un tableau peint à Rome, où il s'est rendu, apparemment, en indépendant. En tant qu'élève de Girodet il a pu rendre visite à Péquignot à la demande de son maître.

92) — Note de Coupin in Girodet, Œuvres posthumes, t. I, cit., note 14 p. 298. Quelques lignes plus haut, Coupin écrit : « Péquignot devait prendre et prit effectivement, en avançant en âge, des habitudes qui, malgré son grand talent, ne lui auraient pas permis d'y paraître. Il se livrait à l'usage du vin d'une manière immodérée, et il n'avait aucun soin de lui-même. »

93) — Lettre d'Anne-Louis Girodet à François Gérard, Rome, [lundi] 16 mai 1791. « Péquignot va plus souvent au café Grec qu'il ne vient me voir. » Lettres adressées au baron Gérard..., cit., t. I, p. 167-169, n° 12. Le célèbre caffè Greco, via Condotti, était alors le rendez-vous de tous les artistes.

94) — Le colonel Casella est cité dans le recueil d'Alexandre Dumas intitulé Le Corricolo, publié à Paris en 1843 (rééd. Paris, Desjonquères, 2001, p. 151). Nous n'avons malheureusement pas trouvé d'informations supplémentaires sur ce personnage.

95) — Lettre de Girodet à Chatillon du 14 janvier 1816, citée in Thuriet, « Un artiste oublié... », cit., note 1 p. 283.

96) — Affirmation de l'abbé Paul Brune, in Dictionnaire des artistes..., cit., p. 220.

97) — Coupin in Girodet, Œuvres posthumes, t. I, cit., note 14 p. 298.

98) — Versailles, A.D.Y, Fonds Coupin, J. 2074.

99) — Coupin in Girodet, Œuvres posthumes, t. I, cit., note 14 p. 298. Ce trait de caractère avait été remarqué par Girodet dès sa rencontre avec l'artiste (cf. supra Lettre de Girodet à Gérard du 18 avril 1791). Dans une lettre envoyée à Gérard en mai 1791, Girodet lui fait part de la misanthropie de son ami : « Nous nous voyons, Péquignot et moi, autant que deux hommes bien occupés chacun de leur côté peuvent le faire. Nous avons été ensemble dîner chez MM. Giraud et Belle. Ils ont été le voir à leur tour. Je ferai en sorte de l'apprivoiser davantage en le menant chez eux, le plus que je pourrai, car tu sais que de lui-même, mille ans ne suffiraient pas. Je ne désespère pas que cette connaissance ne lui devienne utile. Il devait me venir voir hier, je l'aurais engagé à t'écrire un mot, mais il n'est pas venu. » Lettres adressées au baron François Gérard..., cit., t. I, p. 170.

100) — Versailles, A.D.Y, Fonds Coupin, J.2074.

101) — Girodet, « Le peintre », in Œuvres posthumes, cit., t. I, p. 133-134.

102) — Chateaubriand, René (1805), Paris, Taillandier, 1968, p. 168.

Avec l'aimable autorisation de Émilie Beck Saiello auteure de :
Jean-Pierre Péquignot : Baume-les-Dames 1765 - Naples 1807, Editions Artema, 2005




• Jean-Pierre Péquignot, auquel Girodet portait une amitié si tendre, naquit à Baume-les-Dames, près de Besançon, en 1765. Son père était maréchal. Ce n'est pas la première fois qu'un homme de talent s'est élancé des rangs des classes inférieures pour se placer parmi ceux dont l'histoire conserse le nom : les hommes distribuent les titres, les honneurs ; mais la nature s'est réservé de donner le génie. Dès sa plus tendre jeunesse, Péquignot manifesta un goût très vif pour le dessin et pour la lecture. Frappé de cette disposition d'esprit, son père l'envoya, à l'âge de dix ans, rejoindre à Besançon son frère aîné, le seul qu'il eût, pour y étudier avec lui le dessin. Il passa près de cinq ans dans cette ville ; les deux frères vinrent ensuite à Paris et entrèrent dans une institution dirigée par le chevalier Pawlet. Cette institution, protégée par la reine, était établie sur les mêmes bases que les écoles militaires. Il y restèrent quatre ans. Péquignot le jeune suivit les études, mais il ne se distingua que par ce même amour du dessin et de la lecture qu'il avait montré dès son enfance. Pendant son séjour dans cette maison il connut les neveux de Vernet, et se lia intimement avec eux. Lorsqu'il la quitta ils allèrent ensemble étudier à l'académie ; Vernet lui donnait des conseils et lui prêta quelques-uns de ses ouvrages pour les copier.

Pendant les six mois qu'il passa ainsi, il vécut du produit de son travail : il faisait, pour mettre sur des boites, de petits paysages qui n'étaient pas sans mérite. Il se fit remarquer par deux tableaux du même genre qu'il mit à l'exposition qui avait lieu alors à la place Dauphine. C'était dans la place même, le long des maisons, que les tableaux, garantis seulement par un auvent, étaient accrochés. Cette exposition était pour les jeunes gens, surtout, un moyen de se faire connaître.

Péquignot entra dans l'école de David. Ce grand maître lui témoigna un vif intérêt et le recommanda à une personne riche qui le prit sous sa protection, lui assura une pension de 1200 francs pour aller étudier à Rome, et lui donna l'argent nécessaire pour faire son voyage. Péquignot partit plein d'enthousiasme, mais, à son arrivée dans la ville des Césars, il trouva une lettre de son protecteur qui lui annonça qu'une faillite le mettait dans l'impossibilité de lui payer la pension qu'il lui avait promise. Réduit à nouveau à vivre de son talent, Péquignot fit des tableaux qu'il vendit à un marchand. Il acquit bientôt de la réputation.

Ce fut à Rome que Girodet, parti plusieurs années après lui de France, le connut. Ils avaient eu le même maître; ils aimaient tous deux l'indépendance et leur art ; tous deux avaient du talent ; ils étaient jeunes, enfin : ce fut sous ces auspices que se forma cette amitié dont Girodet avait conservé un si tendre souvenir. Ils étaient, ainsi qu'on peut le voir dans la lettre de Girodet à M. Tortoni, avec deux autres de leurs camarades à l'Académie de France, occupés à peindre les armes de la république pour l'Académie même, lorsque la populace furieuse vint tout briser. Le bruit étant parvenu jusqu'à eux, Péquignot sortit de l'atelier où ils étaient pour en connaître la cause. Il rentra bientôt en disant d'un grand sang-froid : « Ce sont eux. — Qui, eux? demandèrent ses camarades ? — Le peuple, répondit-il ». Sans délibérer sur ce qu'il y avait à faire, Girodet et Péquignot gagnèrent aussitôt l'escalier.

On verra dans la lettre que j'ai citée, et dans celle adressée de Naples à M. Trioson les détails de ce qui leur arriva dans cette circonstance; la nécessité où ils furent de se cacher à Rome pour se soustraire à la fureur du peuple, et la crainte qu'ils eurent d'être assassinés dans une écurie où ils avaient été obligés de passer la nuit, pendant le trajet de Rome à Naples.

Les deux amis restèrent quelque temps ensemble dans cette ville ; Girodet parle souvent de ce séjour avec un accent qui prouve, tout à-la-fois, combien la société de Péquignot avait de charmes pour lui, et les regrets que sa mort lui fit éprouver.

En partant de Naples, Girodet y laissa son ami qui y a passé le reste de sa vie. Avec de l'aversion pour le monde, et une sorte de sauvagerie qui l'éloignait de toute société, et qui lui faisait considérer comme une contrainte tous les usages qu'elle exige, Péquignot devait prendre et prit effectivement, en avançant en âge, des habitudes qui, malgré son grand talent, ne lui auraient pas permis d'y paraître. Il se livrait à l'usage du vin d'une manière immodérée, et il n'avait aucun soin de lui-même. Un des élèves de Girodet, M. Delorme, ayant été pendant son séjour à Naples lui porter des lettres de son maître, Péquignot refusa deux fois de le recevoir ; M. Delorme fut obligé de forcer sa porte, et il le trouva dans un état qui expliquait la répugnance qu'il éprouvait à se laisser voir.

Péquignot parlait très élégamment sa langue et l'italien; il aimait la musique et la cultivait. Il s'absentait souvent pour aller faire des excursions à des distances plus ou moins grandes de Naples, et il en rapportait toujours des dessins. Il fit un voyage en Sicile; à son retour il adressa à Girodet une description que celui-ci disait être admirable. À sa mort son portefeuille était considérable : il a été perdu pour la France et pour son frère. Un colonel napolitain auquel, à la recommandation de Girodet, M. Péquignot l'aîné donna sa procuration, recueillit tous les tableaux et les dessins, et en disposa à son profit, sans qu'il ait été possible de les lui faire rendre.

Péquignot, peu connu du public, avait un talent véritablement original et ne devait rien qu'à lui-même. Quoique l'on s'aperçoive bien qu'il a observé la nature, plutôt à la manière du Poussin et du Guaspre, que comme les coloristes, il n'y a cependant pas d'analogie entre lui et ces maîtres. Ses arbres sont toujours d'une beauté de forme et d'un choix de contours remarquables. Les sites qu'il représente ont une gràce et une originalité qui plaisent à l'imagination. On ne rencontre dans aucun autre peintre le caractère agreste et sauvage de ses montagnes. Souvent il a donné à ses ciels un choix de formes qui n'appartient qu'à lui.

Les tableaux de Péquignot avaient peu d'effet ; on peut reprocher aux arbres de ses premiers plans de manquer de vérité: le feuillé est souvent trop compté; on n'y trouve pas cette espèce de désordre qu'offre la nature; mais, ce défaut, peut-être inévitable lorsque l'on cherche constamment la beauté, n'est plus sensible dans les autres plans. La poésie, l'élévation du dessin, la beauté des lignes et une grande délicatesse d'exécution font le mérite particulier des tableaux de Péquignot. Son talent, qui avait une analogie frappante avec celui de Girodet, ne pouvait manquer de faire impression sur notre grand artiste, si sensible au charme de tout ce qui portait un caractère d'originalité et de beauté ; aussi les premiers ouvrages qu'il vit de Péquignot excitèrent-ils en lui des transports d'admiration, et il ne parlait jamais de son ami qu'avec enthousiasme. Girodet s'entretenant un jour de Péquignot avec un de ses élèves, celui-ci dit que c'était un homme de talent : « Dites un homme de génie, reprit sèchement Girodet.»

Ce fut à lui que Girodet dut le goût si vif qu'il témoigna pour le paysage ; il copia plusieurs de ses tableaux, et ses productions, dans ce genre, rappelaient celles de son ami ; il saisissait avec empressement l'occasion d'en acheter, et il en possédait plusieurs d'une grande beauté. Les artistes qui ont vu en Italie les autres tableaux de Péquignot, disent qu'il en avait fait de plus remarquables encore. Péquignot mourut à Naples, en 1806 ou 1807, dans un état complet de misère ; sa mort causa un vif chagrin à Girodet.

L'amitié de notre grand notre grand peintre n'aura pas été stérile pour Péquignot : c'est à elle, non moins qu'à ses ouvrages, qu'il devra cette célébrité qu'il n'avait pas rechechée et que Girodet lui prédit dans ses vers.

In : Œuvres posthumes de Girodet-Thioson
P.-A. Coupin, 1829




• Les goûts précoces de cet artiste pour le dessin décidèrent son père à l'envoyer rejoindre son frère, dès l'âge de dix ans, à l'École des Beaux-Arts de Besançon. Il y fit un séjour de cinq ans, puis il suivit son frère à Paris. Admis à l'institution Pawlet, il y fit la connaissance des neveux de Joseph Vernet, avec lesquels il étudia ensuite à l'Académie sous la direction de cet artiste qui lui confia des copies de ses tableaux. Obligé de pourvoir à son existence, il peignit des miniatures et des gouaches pour les tabletiers. En même temps, il exposa deux tableaux â l'Exposition de la Jeunesse. Entré à l'atelier de David, il inspira un vif intérêt à son maître qui lui trouva un protecteur. Avec promesse d'une pension de 1200 fr. il se rendit aussitôt à Rome où il .reçut la nouvelle de la ruine de son protecteur. Il reprit alors ses besognes pour les marchands et acquit bientôt une certaine réputation. Lié avec Girodet-Trioson et les élèves de l'Académie de France à Rome, il était.occupé, avec ses amis, à peindre, pour cette Académie, les armes de la République française, quand le peuple vint y briser tout, obligeant les artistes à fuir sans linge et sans argent. Péquignot et Girodet se rendirent à Naples, ville qui retint le premier jusqu'à sa mort. Obéissant à une sorte de sauvagerie qui l'éloignait de toute société, Péquignot vécut isolé : il glissa peu à peu dans l'ivrognerie et la misère. Lettré et musicien, l'artiste offrait des analogies frappantes avec Girodet, son ami. Il peignait le paysage à la manière du Poussin ou du Guaspre, il avait le sentiment du caractère agreste et sauvage des montagnes de la Sicile, il a donné souvent à ses ciels un choix de formes qui n'appartient qu'à lui. Au moment de sa mort, Girodet qui collectionnait les oeuvres de son ami et le considérait comme un homme de génie, essaya d'acquérir les tableaux et les dessins laissés par l'artiste mais un colonel napolitain réussit à en disposer à son profit.

In : Dictionnaire des Artistes et Ouvriers d'Art de la Franche-Comté
Abbé Paul Brune, 1912



Bibliographie

Émilie Beck Saiello [avec la collaboration de Philippe Bordes et de Rosanna Cioffi] ; [introduction par Étienne Breton], Jean-Pierre Péquignot : Baume-les-Dames 1765 - Naples 1807, 2005, Editions Artema.