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Jean-Denis Attiret

Dole, 1702 — Pékin, 1768)


Jean-Denis Attiret naît à Dole le 31 juillet 1702. Il deviendra un des peintres attitrés de Kien-Long, empereur de Chine et mourra à Pékin le 17 décembre 1768. On l'enterrera en lui rendant les honneurs de mandarin…


• Après avoir été l'élève de son père (peintre et menuisier à Dole), il alla se perfectionner à Rome, sous les auspices du marquis de Broissia, qui avait habité cette ville. À son retour, il s'arrêta à Lyon, où il peignit plusieurs portraits, parmi lesquels ceux du cardinal de la Tour-d'Auvergne, archevêque de Vienne, de l'archevêque de Lyon, de M. Perrichon, prévôt des marchands. Il revint ensuite à Dole et il y passa quelques années pendant lesquelles il produisit des tableaux et d'autres portraits. Le voisinage du collège des Jésuites le porta à la vocation religieuse. Le 31 juillet 1735, il entra au noviciat de la compagnie à Avignon, où il peignit les Quatre Évangélistes sur les pendentifs du dôme de la chapelle, fresques d'une facture classique qui existent encore. En ce moment, la mission de Chine demandant un peintre habile, pour le service de l'Empereur, le frère Attiret sollicita cet apostolat. Il partit vers la fin de 1737, et, vers 1743, il devint peintre attitré de Kien-Long avec le frère Castiglione jésuite portugais déjà établi. Dans le palais impérial, il installa son atelier où se formèrent quelques artistes chinois, ses collaborateurs ; il a raconté lui même les nombreuses épreuves qu'il eut à subir pour façonner sa peinture aux goùts de l'empereur. Dans les rares loisirs que lui laissait son service officiel, il décora les églises chrétiennes et travailla pour les grands personnages qui se disputaient ses œuvres. Outre l'Adoration des Mages que conservait l'empereur, on cite un Ange gardien, peint pour la chapelle de la mission, et plus de deux cents portraits, auxquels s'ajouten les innombrables tableaux et fresques qu'il lui fallut produire presque journellement pour le palais impérial. Le P. Amiot fut autorisé à voir quelques-unes de ces décorations, entre autres un plafond représentant le Temple de la Gloire civile et quatre tableaux des Saisons.

En 1754, Attiret avait été appelé en Tartarie par l'Empereur qui, depuis 1753, combattait les peuples des frontières de la Chine. À cette occasion, le jésuite reçut le titre de mandarin, titre qu'il refusa, mais dont on lui rendit les honneurs après sa mort. Jusqu'en 1760, les victoires de l'empereur se succédèrent, donnant lieu à des tableaux commémoratifs exécutés par les frères Attiret, Castiglione, Damascenus et Sichelbarth. Le 13 juillet 1765, un décret de l'empereur ordonna que seize dessins de ces tableaux seraient envoyés en France pour être gravés. Le 31 décembre 1766, quatre dessins furent remis à M. de Marigny qui chargea C.-M. Cochin de diriger la gravure de cette suite connue sous le nom de Conquêtes de l'Empereur de Chine. Jusqu'en 1774, ce dernier y fit travailler les graveurs L.-J. Masquelier, J. Aliamet, J.-P. Le Bas, Auguste de Saint-Aubin, F.N. Née, B.-L. Prevost, P.-P. Choffard et N. de Launay. Les gravures I (Hommage des Eleuths), XIV (Bataille d'Altchour) et XV (Combat dans la montagne de Pouiolt-Kol) ont été exécutées d'après les dessins d'Attiret, datés de 1763 et 1764. Quand le travail prit fin les planches furent expédiées avec 100 épreuves à Pékin. On ne conserva, à Paris, que quelques épreuves destinées à la famille royale et au cabinet du Roi. Le tout avait été tiré sur du papier fabriqué exprès et nommé Grand Louvois. Plus tard, le graveur Helman fit une réduction de cette suite. En janvier 1770, l'abbé Viguier, de Besançon, proposa à M. de Marigny, pour 45 louis, deux recueils envoyés de Pékin par le frère Attiret. L'un de ces recueils contenait deux livres chinois avec quarante gravures décrivant Yven-ming-Yven et les maisons de plaisance de l'Empereur bâties hors des murs de Pékin.

« L'autre recueil contenait trois livres, dont un chinois et les deux suivants avec 147 planches : le tout décrivant la fête du 60e anniversaire de l'Impératrice en 1752. Les décorations [de cette fête] commençaient à Yven-ming-Yven, et se terminaient au Palais qui est dans le centre de Pékin, de la ville tartare. Elles occupaient un espace d'environ quatre lieues ». La lettre datée du 5 janvier 1770, fut communiquée à Cochin qui répondit, le 11 janvier suivant, qu'il s'agissait de gravures faites d'après les dessins d'Attiret, « d'ailleurs médiocre dessinateur », mais très exactes. Eu égard à cette qualité, il conseillait l'achat des deux recueils par la Bibliothèque du Roi. L'abbé Viguier fut donc prié de s'adresser à cette dernière.

On lui attribue un Christ mourant (chapelle des sœurs de Saint-Charles, Dole); un Paysage avec des ruines antiques et des moines, peint à Pékin en 1741 (musée de Dole); deux grands tableaux provenant de l'église prieurale de Jouhe (Jura) et dénaturés par les restaurations d'un amateur (église de Monnières, Jura).

In : Dictionnaire des Artistes et Ouvriers d'Art de la Franche-Comté
Abbé Paul Brune, 1912




• Entré au musée en 2001, ce portrait d'une concubineJean-Denis Attiret, Portrait en buste d'une concubine chinoise, musée de Dole chinoise complète avec bonheur le corpus des œuvres de Jean-Denis Attiret dans les collections publiques françaises. L'artiste, qui passa trente années dans l'Empire du Milieu, est en effet peu représenté dans les musées français. Membre d'une importante dynastie de peintres, de sculpteurs et d'architectes dolois, l'artiste fit son apprentissage dans l'atelier de son père Jean-Claude Attiret (1669-1733), menuisier et peintre. Jean-Denis quitta Dole à l'âge de 33 ans pour Avignon où il effectua son noviciat dans la Compagnie de Jésus tout en participant à des travaux décoratifs. Le jeune frère-coadjuteur fut envoyé en Chine, « joyaux des missions jésuites » à la cour de la Quianlong (1736-1797) et s'installa dans la résidence jésuite du Pé-Tang, dans l'enceinte de la cité impériale. Désormais désigné peintre de cour sous le nom de Wang Tche-tch'eng (Wang Zhicheng), l'artiste dut assimiler les préceptes de l'art chinois pour répondre aux commandes impériales : « il m'a fallu oublier... tout ce que j'avais appris » écrivit-il. Attiret abondonna son héritage artistique occidental pour apprendre à peindre sur de nouveaux supports, la gaze, la soie, le papier huilé, et s'initier à une iconographie nouvelle. Il bénéficia de l'enseignement de l'italien Giovanni Castiglione (1688-1768) qui avait enseigné aux peintres chinois la technique de la peinture à l'huile.
Le Portrait d'une concubine s'intègre dans le répertoire des portraits peints par Attiret à la demande de Quianlong. Le père jésuite Amiot, ami et premier biographe d'Attiret, lui attribue la réalisation de 200 portraits, parmi lesquels les effigies des concubines impériales et des dignitaires mongols de l'assemblée de Jehol (Berlin, Ethnologisches Museum). La figure de la jeune femme, coiffée d'une toque en loutre, parée de boucles d'oreilles en perles de Mandchourie et vêtue d'une « robe au dragon », symbole de la puissance impériale, démontre un art maîtrisé du dessin et de la connaissance de la symbolique du costume chinois à travers la richesse du vêtement et des accessoires. Ce beau portrait est très proche de celui du chef du clan mongol des Chorosdawa (Berlin, Ethnologisches museum), et d'un portrait de l'épouse de Quianlong exécuté par Castiglione et figuré sur un rouleau (Cleveland). Le musée de Dole conserve également une petite toile, Paysage avec ruines et trois moines, envoyé de Pékin par l'artiste en 1741, et un Portrait d'une religieuse annonciade, peint probablement à Dole avant l'entrée de Jean-Denis Attiret dans la Compagnie de Jésus.

Bénédicte Gaulard,
in : Guide - musée des beaux-arts de Dole, 2009.