Joseph Marcellin Combette

(1770-1840)


Ce peintre est né à Nozeroy en 1770 et mort à Poligny en 1840. Il fut l’élève de Melchior Wyrsch (1732 - 1798), peintre d’origine suisse qui, avec Luc Breton, créa en 1773 l’école des Beaux-Arts de Besançon.


A la fin du XVIIIe siècle, Combette partit s’installer à Paris où il fut l’élève du sculpteur Claude Dejoux (1732 – 1816). A partir de 1804, il revient en Franche-Comté, et plus précisément à Poligny où il occupe le poste de professeur de dessin au collège. Il passe alors le reste de sa vie dans la région mais participe tout de même à trois reprises aux Salons à Paris (1800, 1801 et 1824), témoignant ainsi d’une certaine renommée nationale.

Combette s’illustra principalement dans la réalisation de portraits de familles et de notables de la région. La majorité de ses œuvres connues à ce jour sont centrées autour d’un personnage unique avec un cadrage serré et un fond uniforme ; les visages possèdent alors une grande force d’expression et un très grand soin est apporté aux détails vestimentaires et aux accessoires qui accompagnent parfois les modèles. Certaines peintures présentent également des portraits de groupe, généralement des familles représentées dans l’intimité de leur intérieur, selon le goût de l’époque.

Combette réalisa également de nombreux décors pour les églises de la région. Il fut particulièrement actif à l’église Saint-Hippolyte de Poligny où se trouvaient initialement treize de ses toiles (scènes bibliques, portraits de saints et portraits de chanoines). Ses peintures religieuses dénotent là aussi un goût pour les détails, les coloris subtils et l’aspect lisse et délicat de la peinture. Attaché à sa région natale, Combette aimait placer ses scènes religieuses dans des paysages typiquement jurassiens.

In : Dossier de presse musée Sarret de Grozon et Lons-le-S.




Peintre d'histoire et de portraits. Joseph-Marcellin Combette fut confié au peintre d’histoire et de portraits, Johann-Melchior Wyrsch (1732-1798), fondateur de l’école de dessin de Besançon. Combette s’établit ensuite à Paris et intègre l’atelier parisien du sculpteur jurassien Claude Dejoux entre 1787 et 1804, date de son installation définitive à Poligny. Il expose plusieurs portraits au Salon en 1800 et 1801. En 1806 il occupe les fonctions de professeur de dessin au Collège de Poligny. Tout en enseignant le dessin, il mènera une carrière de portraitiste recherché par les édiles locales. Dès la création de la Société d'émulation du Jura, il y est nommé.
Sa production de tableaux religieux semble démarrer plus tardivement, vers 1820. C’est donc durant les vingt dernières années de sa vie que Combette se consacre aux tableaux d’église. Sa seconde femme, peintre également, l’aide dans cette entreprise de même que son seul élève connu : Laurent Amaudru (1799-1860), membre de la Société d'émulation du Jura en 1843.
C’est d’abord Poligny, sa ville d’adoption, qui le sollicite pour diverses commandes religieuses liées à la Collégiale Saint-Hippolyte. Il fut aussi le peintre du monastère polinois de Sainte-Colette et a laissé en ce lieu plusieurs portraits de religieuses en odeur de sainteté. Monarchiste convaincu, Combette fit également partie de la loge maçonnique polinoise « L’Accord Parfait ». La fin de sa vie le trouve dans une situation financière précaire.

In : http://cths.fr/an/prosopo.php?id=114663#




Joseph-Marcellin Combette (1770-1840) est un peintre qui n'a, jusqu'alors, fait l'objet d'aucune étude approfondie. Sa vie et le déroulement de sa carrière restent donc très largement méconnus.
Né à Nozeroy le 26 avril 1770 d'un père cordonnier, il fut, durant ses années de jeunesse, l'élève de Johann Melchior Joseph Wyrsch1 (1732 - 1798), peintre d'origine suisse qui, avec Luc Breton, créa en 1773 l'École des Beaux-Arts de Besançon2. Wyrsch étant lui-même un portraitiste reconnu, c'est sûrement durant cette période de formation que Combette prit le goût de représenter les notables de la région. En 1784, Wyrsch partit à Lucerne diriger l'école de peinture puis quelques années plus tard, étant devenu aveugle, se retira à Buochs, sa ville natale. Joseph-Marcellin Combette rendit visite à son maître à deux reprises à Lucerne : une première fois en 1786 où il réalisa un portrait de son maître et une seconde fois, l'année suivante, où il représenta son épouse, Maria-Barbara Wyrsch-Keiser. Ces deux portraits sont de véritables témoignages de ses années d'apprentissage ; celui de Wyrsch est actuellement non localisé3 tandis que celui de son épouse est conservé au musée de Stans en Suisse (cat. n°3).
Après le départ de Wyrsch pour la Suisse, Combette partit s'installer à Paris ; certaines sources mentionnent qu'il fut l'élève de David mais rien ne permet de l'attester avec certitude. En revanche, il est certain qu'il intégra l'atelier du sculpteur Claude Dejoux (1732 — 1816)4 comme en témoignent le dessin de L'enlèvement de Cassandre par Ajax (cat. n°4), copie de la statue de Dejoux présentée au Salon de 1787 ainsi que la mention de « Combette élève du citoyen Dejoux » sur le livret du Salon de 1801. Durant ces années parisiennes, Combette, résidant rue Montorgueil, exposa à deux reprises au Salon5 : en 1800, il présenta Deux portraits d'homme puis en 1801, Un portrait de famille (cat. n °11), actuellement conservé au musée des Beaux-Arts de Tours.
Même si les informations à notre disposition sont ténues, il semble tout de même que Joseph-Marcellin Combette ait été un fervent défenseur de la royauté. Ainsi, au cours de sa carrière, il réalisa certaines œuvres à connotation politique, comme Le triomphe des lys (Allégorie de la Restauration) (cat. n°22), gravé par Augustin Claude Simon Legrand en 1816 ou bien le Portrait de Louis XVIII (cat. n°34), réalisé en 1828. C'est peut-être cet engagement politique qui, en 1804, au moment de la proclamation de l'Empire par Napoléon ler, le fit quitter Paris. Il revint alors s'installer en Franche-Comté, et plus précisément à Poligny où il occupa le poste de professeur de dessin au collège. Il se maria en 1806 avec Jeanne Claudine Petitjean, qui décéda trois ans plus tard. Il se remaria avec Louise Eulalie Micard qui lui donna trois enfants : Marie Anne Jeanne-Baptiste en 1817, François Marcellin en 1819 (mort en 1823) et Joseph Henry Hubert en 1821. En parallèle à ses activités de peintre et de professeur de dessin, Combette devint, en 1818 (et jusqu'en 1829 au moins), membre de la Société d'Emulation du Jura, dont le but est l'étude et la mise en valeur du patrimoine local.
Durant près de quarante ans, Joseph-Marcellin Combette répondit aux commandes passées par les particuliers et par les institutions religieuses de la région. Il réalisa ainsi des dizaines de toiles, illustrant des épisodes bibliques pour les églises franc-comtoises et représentant des religieux, des militaires et des notables, autant de portraits qui donnent une illustration à la fois précise et savoureuse de la bourgeoisie de la première moitié du XIXe siècle. À partir de la date de son retour à Poligny, Combette n'exposa qu'une seule fois au Salon : en 1824, il présenta deux toiles, Tête de Christ (n°2307) et Portrait de Mr le comte d'Astorg (n°2308), qui sont actuellement non localisées6. Même si nous connaissons principalement des œuvres peintes de Combette, il semble que cet artiste ait également été un excellent dessinateur, comme en témoigne L'amour maternel (cat. n°30), qu'il réalisa d'après Raphaël.
Malgré ce succès, la fin de sa vie est incertaine et semble très précaire : en effet, sur un certificat d'indigence en date du 14 juin 1841, il apparaît que le montant de l'inventaire des biens mobiliers de Combette, réalisé à sa mort, n'ait pas suffit à couvrir l'ensemble des dettes contractées de son vivant7. Malgré tout, Combette semble avoir peint jusqu'à la fin de sa vie, un tableau conservé à l'église de Blois-sur-Seille, Saint Gilles en ermite (cat. n°42) étant daté de 1840, l'année de sa mort.
Joseph-Marcellin Combette semble avoir eu pour unique élève Laurent Amaudru (1799 — 1860)8, peintre originaire de Poligny qui lui succéda en 1840 au poste de professeur de dessin au collège. À sa mort, Combette tomba dans l'oubli et reste, encore aujourd'hui, un peintre dont la vie et la carrière n'ont pas livré tous leurs secrets. Les recherches entreprises dans le cadre de cette exposition temporaire ont permis de localiser une quarantaine d'oeuvres mais de nombreuses mentions, très disparates, laissent supposer qu'il en existe bien d'autres. Les études futures permettront donc peut-être d'appréhender plus finement la personnalité et l'oeuvre de cet artiste provincial parfaitement représentatif de son époque.

Louise Boisson,
in : Joseph-Marcellin Combette, Portraitiste et peintre d'histoire de Louis XVI à Louis-Philippe,
catalogue de l'exposition consacrée à ce peintre en 2009 au musée Sarret de Grozon à Arbois
et au musée des beaux-arts de Lons-le-Saunier.



1) JOUBERT, 1989

2) CASTAN, 1888, p. 49-267, p. 119-121

3) Le portrait de Wyrsch est mentionné dans BLONDEAU, 1925-27, p. 186, note 9. L'oeuvre aurait appartenu à la Société des artistes de Zurich.

4) « Le sculpteur Claude Dejoux », Le Pays comtois, n° 35, mars 1934, p. 245-250.

5) SANCHEZ, SEYDOUX, 1999, t.1, p. 21.

6) SANCHEZ, SEYDOUX, 1999, t.2, p. 139.

7) Archives départementales du Jura, Qp 6019, n° 289.

8) BRUNE Paul, 1992, p. 2 Il existe un tableau représentant Saint François Xavier, peint par Laurent Amaudru pour l'église de Montrond qui est très proche stylistiquement de celui de Combette conservé à la collégiale de Poligny.





Un peintre et son temps

L'exposition Portraits publics, portraits privés (1770-1830)1 avait démontré en 2006 l'importance des soubresauts politiques et sociaux sur les enjeux du portrait, à la charnière des XVIIIe et XIXe siècles. La carrière de Joseph-Marcellin Combette se superpose presque exactement à cette période très productive au cours de laquelle les peintres traversent plusieurs régimes successifs et s'adaptent à une société façonnée par de nouvelles règles. Sa trajectoire le voit se heurter, à l'échelle de son petit coin de Franche-Comté, aux mêmes renversements des valeurs traditionnelles et se soumettre à la recherche de formules nouvelles dans son art, en adéquation avec ses nouveaux commanditaires.
Mais Combette ne fut pas seulement un portraitiste bien que son apprentissage auprès de Johann Melchior Wyrsch l'orienta très tôt vers ce genre pictural. Il fut également un peintre de compositions religieuses où il faut bien dire qu'il n'excella pas toujours. Entre la théorie professée par l'Académie Royale et l'échelle des valeurs de la peinture dans les cercles artistiques de province, il y a plus qu'un fossé, la hiérarchie des genres restant une notion assez abstraite parmi les amateurs d'art en province.

LE PORTRAITISTE

Véracité et sens de l'observation caractérisent les portraits de Combette. Ce sont ces qualités qui permettent de dire que Joseph-Marcellin Combette est tourné vers l'art du XIXe siècle. Ses premiers portraits connus datent des années 1786-1787. Ils décrivent les traits de son maître Johann-Melchior Wyrsch (cat. n°2) et ceux de sa femme (cat. n°3). Le premier est une copie fidèle, respectueuse, et le second « un essai transformé » car le jeune artiste a déjà pressenti l'importance du rendu de la singularité du modèle. Il confère à ce premier visage de femme un tempérament affirmé. Paradoxalement, l'influence de son maître Wyrsch semble relative dans sa pratique de l'art du portrait. Ce dernier a en effet coutume de disposer le modèle dans un cadre conventionnel qui évoque le rang, le statut du modèle, les acquis matériels ou les signes du pouvoir, sans cependant négliger la ressemblance des traits physiques. Mais dès 1790, les conventions iconographiques datant de l'Ancien Régime s'atténuent au profit d'une attention resserrée sur la physionomie du modèle. A l'orée de cette décennie, Combette séjourne à Paris où il sera élève du statuaire franc-comtois Claude Dejoux2, qui l'accueille sans doute par l'entremise de Wyrsch, son exact contemporain3. Le jeune artiste a probablement l'opportunité de pénétrer dans l'atelier de Jacques-Louis David dans lequel il n'est cependant pas admis comme élève.4
Selon l'adage « Paris ne s'est pas fait en un jour », la simplification amorcée dans le portrait à l'époque néo-classique ne s'est pas imposée du jour au lendemain. Au commencement de la Révolution, un nombre élevé de portraits figure le modèle dans une mise en scène évoquant l'Ancien Régime : ainsi dans le Portrait d'homme assis de 1795 (cat. n°7) représentant un homme âgé assis de face, une grande draperie tourmentée, héritage de l'époque baroque, vient barrer l'arrière-plan. De la même façon, le rouge vibrant de la traditionnelle veste d'intérieur rappelle les tonalités du Grand siècle. Néanmoins cette mise en scène conventionnelle est relativement atténuée. La modernité du portrait se révèle dans le choix d'une pose frontale très simple. C'est l'un des meilleurs portraits de Combette, précis dans le dessin des mains et vivant dans le visage scruté grâce à des petites touches vibrantes, selon la technique enseignée par David à ses proches.
Une dizaine d'années plus tard, le portrait d'apparat connaît un nouvel engouement sous l'Empire. La nouvelle noblesse qui souhaite s'exposer avec les attributs de sa fulgurante mais précaire ascension sociale, réintroduit dans ses effigies les symboles des chargeset honneurs reçus. Le Portrait du général Delort de 18145 (cat. n°15), restitue le souvenir d'une brillante personnalité arboisienne dont l'iconographie fut abondante, à commencer par le buste du sculpteur Huguenin6. Le général Jacques-Antoine-Joseph Delort (1773-1846) a posé devant le chevalet de Combette en costume officiel de cérémonie avec ses décorations militaires. C'est sans doute à l'occasion de la réception de la Croix de Saint-Louis qu'il fit exécuter son portrait, à la manière des maréchaux d'Empire. Horace Vernet a initié ce type de portrait de généraux et maréchaux de l'armée napoléonienne, en pied devant un champ de bataille afin de mettre en lien leur gloire et leur victoire. Combette a ainsi situé le général Delort devant une perspective plongeante qui déroule derrière lui le site de la charge de Montereau, durant laquelle il s'était illustré en 1814. L'ambition du portrait d'histoire perce sous cette belle mise en scène. La grande colonne évoque une influence italienne et l'élégance des portraits de Pompeo Batoni. Malgré ses convictions royalistes, l'artiste a sans doute été flatté de faire le portrait du grand homme, qui a mené une carrière politique dans le Jura jusqu'à l'avènement de Louis-Philippe.
L'iconographie des acteurs de la Révolution trouve ses repères dans des petites effigies sobres, à mi-corps, dont l'avantage est la rapide diffusion par la gravure. Combette réalise dans le sillage de David des portraits au cadrage rapproché, dans lesquels la franchise des regards frappe le spectateur. L'un de ses meilleurs portraits est celui du conventionnel arboisien peint en 1801 (cat. n°12). L'image renvoie le reflet probe et intègre d'un individu modéré. L'habit masculin participe à ce dépouillement sensible à la Révolution, l'homme portant un grand manteau marron avec la longue bande de mousseline enroulée autour du cou jusqu'au menton et se terminant par un noeud souple. Combette exprime ici les qualités du portrait « révolutionnaire », axé particulièrement sur les visages expressifs, à la manière de Jean-Louis Laneuville (1748-1826) lorsqu'il peint le conventionnel Hérault de Séchelles7.
Sous l'Empire et au début de la Restauration, les portraits de femme suivent les formules généralisées par le baron Gérard (1770-1837), peintre de la Cour. Dans une moindre mesure Combette expérimente cette approche nouvelle du portrait dans celui de Louise-Claire de Tinette de Mautort (cat. n°21). Ici, la palette est restreinte se limitant à un gris clair métallique associé aux carnations nacrées du visage mélancolique. La présence d'un châle rouge qui vient réveiller les tons froids est toutefois assez audacieuse.