Charles Belle, art, artiste, peintre, peinture, Franche-Comté

Charles Belle

Rochejean, 1956


Né en 1956 à Rochejean, il fut élève de l'École des Beaux-Arts de Besançon, avant d'en devenir une sorte de gourou pour la jeune génération. Épris d'un désir quasi-magique de connaître la nature des plantes, des êtres et des choses, il s'explique dans son oeuvre : « … délibérément humble devant cette tâche, je n'ai toujours pas pu m'expliquer ce que pouvait être l'envie de peindre. S'agit-il de l'expression d'une difficulté à vivre ou au contraire du bonheur de jouir de chaque instant ? S'il y en a une, la réponse semble complexe et riche de paradoxes… l'enjeu aussi est essentiel et dérisoire… pourquoi vouloir donner un sens à cet acte, à cette trace de vie ? A ce moment précis, cette trace serait l'état des lieux de ma pensée… de mes doutes et de mes tourments. » Son œuvre est très présente dans les Fonds Régionaux d'Art Contemporain.

In : Franche-Comté, Terre d'Artistes, musée Courbet, Ornans, 2005


inter

Charles Belle

Charles Belle, Wikipedia


Charles Belle est un peintre français né à Rochejean dans le Doubs.

Biographie

Famille

Charles (Alfred Louis) Belle naît dans la maison de ses parents, au-dessus de leur boulangerie à Rochejean. Son père est Camille Belle (1921-2010), fils de Gabrielle Belle, née Maire, et de Charles Belle. Sa mère est Marie-Pierre Belle, née Gaudet (1930-2013), fille de Henriette Gaudet, née Monnier, et Georges Gaudet. Il a une sœur, Eveline, et trois frères Daniel, Michel et Christophe. Charles Belle a également deux fils, Émilien et Maxence.

Parcours

Charles Belle est un peintre français dont l'œuvre est connue pour son approche de la représentation des éléments de la nature dans des formats souvent monumentaux. Artiste inclassable, il suit sa propre ligne. En 40 ans de carrière, il a réalisé près de 10 000 peintures et plus de 20 000 dessins. Les titres de ses œuvres sont toujours empreints de poésie et de mystère.

Issu d’une famille modeste, il s’oriente très tôt vers des études à l’école régionale des beaux-arts de Besançon (actuel Institut supérieur des beaux-arts de Besançon Franche-Comté – ISBA). Après l’obtention de son Diplôme national supérieur d'expression plastique (DNSEP) en 1979, parallèlement à son travail d’artiste, il devient photographe pour le Musée du Temps de Besançon, professeur d’art plastique en collège, puis enseigne le dessin à l’école des beaux-arts de Mulhouse (actuelle Haute École des arts du Rhin – HEAR) jusqu’en 1998.

Ses premiers travaux sont de grands dessins représentant des gens, des paysages, des chaussures, des objets d’un quotidien humble. Dans le contexte artistique de la fin des années 70, peu de professeurs le soutiennent, ses dessins apparaissent en décalage avec ce qui est alors enseigné au sein des écoles d’art. Pourtant, ils sont très tôt repérés et achetés par des collectionneurs et le Fonds National d’Art Contemporain (collections du Centre National des arts plastiques - CNAP). Jeune artiste diplômé, il continue son travail de dessin mais suscite beaucoup de critiques sur son statut d’artiste. Alors, en réponse à ce contexte délétère, Charles Belle décide de se mettre à la peinture dans une sorte de défi. Par provocation, comme test de ses qualités de peintre, il choisit un sujet qui ne l’intéresse pas : les fleurs de géranium. Fleurs qui n’ont pas de statut particulier, que l’on trouve banalement sur tous les balcons. Il réalise alors une série de grandes peintures sur cette thématique qui est davantage un prétexte à l’acte pictural qu’un sujet réaliste. Son travail autour des fleurs rencontre un grand succès mais il travaille toujours avec la même implication des thèmes très différents. Ses peintures ont comme point commun d’approcher l’invisible, ce qui est en dehors de l’image, hors cadre.

Le travail de Charles Belle est présent dans les foires d’art contemporain telles que Art Basel, Art Basel-Miami, la FIAC, Art Brussel, Art Paris, etc. Il est exposé régulièrement à Paris, en Europe, en Suisse, à New York, Séoul et à Beyrouth.

Jeunesse

Charles Belle grandit dans un milieu rural modeste, où les gens sont marqués par le travail et des conditions de vie rudes dans les montagnes du Haut-Doubs. Ses parents tiennent la boulangerie du village de Rochejean. Dès l’enfance, Charles Belle est attiré par le dessin. Son institutrice racontera plus tard qu’il se dépêchait de finir les exercices demandés pour pouvoir dessiner sur son ardoise et imaginer des histoires. Adolescent, il se passionne pour les quelques livres d’Histoire de l’Art auxquels il a accès à la bibliothèque du lycée. Première tentative de peinture : il couvre les murs de sa chambre d’oiseaux sur fond bleu. Il se détourne du cursus général pour entrer à l’École Régionale des Beaux-Arts de Besançon à 18 ans. Il devient père à 23 ans et arrête toutes ses activités sportives pour se consacrer exclusivement à sa famille et à son travail artistique.

Formation

Il est admis à l’École Régionale des Beaux-Arts de Besançon en 1974 (actuel Institut Supérieur des Beaux-Arts - ISBA). Étudiant, sa production est déjà conséquente. Il s’applique à faire le travail qui est attendu par l’École, mais en cachette, il réalise une grande série de dessins. Sans moyens, il dessine sur du papier kraft avec du fusain qu’il fabrique lui-même. Il représente des espaces du quotidien, des gens d’origine modeste et rurale. Il les dessine le plus souvent de dos, cherchant à capter avec tendresse cette part d’eux qu’ils abandonnent aux autres. Lorsque toute cette production est découverte par hasard par l’une de ses professeurs, elle l’encourage à suivre cette voie qui lui est propre. Mais l’accueil réservé par la plupart des autres enseignants de l’époque est plutôt décourageant. Le travail de Charles Belle ne s’inscrit pas dans les préoccupations artistiques de la fin des années 70. Pourtant, ce travail d’étudiant de troisième année suscite très tôt l’intérêt de collectionneurs et fait l’objet d’acquisitions par le CNAP (Centre National des Arts Plastiques). Charles Belle obtient son DNSEP (Diplôme National Supérieur d’Expression Plastique) en 1979.

Ses débuts

Après sa sortie de l’École des Beaux-Arts, il continue son travail de dessin au fusain et au pastel, avec des paysages, des arbres, des champs, des fruits, des portraits, des détails de son environnement. En 1987, il entame un travail de peinture sur les fleurs de géranium. C’est un peu par provocation qu’il choisit ce thème qu’il trouve galvaudé et dépourvu d’intérêt. Sa motivation est de montrer que l’essentiel en peinture, ce n’est pas le sujet. Le mobile de la peinture se situe ailleurs, dans une forme d’abstraction. A cette époque, Charles Belle n’a pas les moyens financiers de se procurer suffisamment de toile, alors il recouvre certaines peintures pour en créer des nouvelles. C’est à partir de cette contrainte matérielle que ce mouvement perpétuel se met en place dans son travail. Aucune de ses peintures ne peut être considérée comme arrêtée tant qu’elle est encore dans son atelier.

Atelier

Au début des années 1990, le frère aîné de Charles Belle est atteint d’une maladie grave. Accompagner ce frère mourant pour qui la vie n’était plus qu’une succession d’instants douloureux a provoqué une sorte de déclic pour Charles Belle. Après une visite à l’hôpital, il réalise que contrairement à son frère, il a le privilège d’être vivant et de pouvoir faire des projets. Il est dans cette conscience aiguë de ce que représente la fragilité d’une vie. À 38 ans il se lance dans le projet, ambitieux et risqué dans le contexte de sa carrière naissante, de construction d’un atelier. Il entame donc un travail avec un architecte. Son idée se résume ainsi : « créer un atelier de rêve ».

Le lieu est pensé à partir des besoins de l’artiste. Les dimensions de l’atelier sont déterminées par les formats monumentaux de ses toiles. Jusqu’alors, Charles Belle peignait ses grands formats repliés au plafond et ne les découvrait entiers qu’une fois exposés. La lumière, les énergies du lieu, les formes, tout est étudié. Le bois utilisé pour la charpente et le plancher est celui des arbres que son grand-père Charles Belle avait plantés. Avec des ouvertures sur la forêt à 360°, l’atelier est conçu comme un abri dans le paysage. Charles Belle commence à peindre pendant le chantier de construction, au milieu des ouvriers et du bruit. Il peint de très grandes toiles de fleurs d’Arnica. Aujourd’hui, Charles Belle travaille toujours au sein de cet atelier.

Accident

En 2004, Charles Belle s’apprête à entamer un travail autour des betteraves lorsqu’il a un accident. Il chute d’une échelle dans son atelier, d’une hauteur de 6 mètres. Une enceinte de musique amortit un peu sa chute. Il dira plus tard que « la musique (lui) a sauvé la vie ». Après cet accident, une période de convalescence de trois mois l’empêche de travailler. Traumatisé par cette épreuve, Charles Belle reprend le dessin sur de grandes feuilles de papier. Il réalise cinq autoportraits. Cela l’aide à réaliser qu’il est vivant. Puis il peint et dessine les betteraves qui l’ont attendu plusieurs mois dans l’atelier. Elles se sont desséchées. Cette série, dans des couleurs sombres et profondes, est chargée d’une tension dramatique particulière.

Engagement

Charles Belle est très sensible aux problématiques environnementales. Depuis plus de 30 ans, il apporte son soutien à plusieurs organismes qui travaillent à la sauvegarde du patrimoine naturel, la protection de l’eau et de la faune sauvage. Pendant 25 ans, il a été élu au Conseil Municipal du village où il réside dans le Doubs. Dans le cadre de son mandat, il s’est investi pleinement dans la préservation de l’environnement local.

Œuvre

« Il s’agit d’une peinture infinie ». Ce sont les mots de Charles Belle pour exprimer la sensation qu’il a en peignant à la conjonction des méandres exaltés de 2016 à fin 2017. Ces mots sont valables pour l’ensemble de son travail, rien n’est jamais vraiment arrêté. Charles Belle travaille dans un mouvement perpétuel. Chaque peinture peut être remise en question à tout moment. Aucune de ses peintures ne peut être considérée comme terminée tant qu’elle est encore dans son atelier. Il les reprend, les continue, les recouvre, parfois plusieurs années après leur commencement. Le travail de Charles Belle se situe dans l’impermanence de la peinture, de la trace. Sa peinture est intuitive, ses couleurs sont complexes, il n’utilise jamais le noir. Il accumule la matière, ou au contraire l’entame pour laisser apparaître une lumière, une vibration.

Charles Belle aborde le thème de la nature, mais sans s’attacher à une représentation réaliste. Ce qui le mobilise se situe davantage dans une certaine abstraction. Pour lui,

« le sujet d’une peinture, ce n’est pas le sujet ! »

Qu’une peinture soit figurative ou abstraite, ce n’est pas la question. Le mobile de sa création est une recherche de solutions picturales pour parler de sensations, d’émotions, de l’invisible. Ses œuvres font sentir ce qu’elles ne montrent pas. Son travail autour de la thématique des fleurs est le plus connu du public, pourtant, Charles Belle a tout autant travaillé d’autres thèmes. Il explique que lorsqu’il peint des fleurs, « ce ne sont pas des fleurs. » Ce qui l’intéresse ce sont tous les signaux qu’une peinture peut transmettre, de façon indéfinissable et directe, comme pour la musique.

L’œuvre dessiné de Charles Belle est plus confidentiel et pourtant aussi conséquent que son œuvre peinte. L’essence de sa création trouve son origine dans son rapport au dessin. Il ne l’utilise jamais comme travail préparatoire à de futures peintures, ni comme simples esquisses. Un dessin a le même statut qu’une peinture. Ses dessins sont parfois dans des formats monumentaux.

Collections publiques et privées

Depuis 1978, plus de 80 expositions personnelles et 110 expositions collectives ont été consacrées à l'œuvre de Charles Belle. Son travail est présent sur la scène internationale, notamment en Grèce, au Liban, en Corée du Sud, en Suisse, en France et aux États-Unis.

Ses œuvres ont été acquises par plusieurs collections :

CNAP, Centre National des Arts Plastiques - Acquisitions du Fonds National d’Art Contemporain (le FNAC)
Fonds Régional d'Art Contemporain de Franche-Comté
Fonds Régional d'Art Contemporain Champagne-Ardenne
Fonds Régional d'Art Contemporain Île-de-France
Musée des Beaux-Arts de Chartres
Musée de Grenoble
FMAC, Fonds Municipal d’Art Contemporain, Ville de Paris
Fondation Colas, Boulogne-Billancourt
Fonds de dotation Bredin Prat, Paris 7e
Collaborations, expositions (sélection)
Collaboration avec le Cirque Plume


Bernard Kudlak, le directeur du Cirque Plume, est un ami de longue date de Charles Belle. Ils ont souvent partagé beaucoup de valeurs importantes autour de la création en général, du cirque et de la peinture en particulier. Pour deux tableaux du spectacle La Dernière Saison, Bernard Kudlak a choisi de mettre en scène un grand dessin au fusain, confiés à la forêt29 (2015-2017, fusain sur toile, 3 x 8 m. inv.n°11). Ce dessin représente une branche symbolique ou abstraite. Il a été réalisé au fond des grandes forêts d’épicéas du Doubs où Charles Belle a passé son enfance.

Le taureau dans l'atelier

En 2009, Charles Belle souhaite travailler autour du thème du taureau. Il rencontre un éleveur et évoque avec lui la possibilité de faire venir un taureau dans son atelier. Le projet suscite quelques inquiétudes. Peu de temps avant la visite de l’artiste, un collègue de l’éleveur a été tué par une bête. Charles Belle installe une structure métallique dans son atelier pour pouvoir recevoir Balou, le taureau. Pendant douze jours, le taureau reste à l’atelier et devient le modèle de l’artiste. Charles Belle réalise plusieurs dizaines de dessins, et une série de peintures.

Hubert Félix Thiéfaine, Défloration 13

Collaboration avec Hubert-Félix Thiéfaine

Hubert-Félix Thiéfaine découvre la peinture toute ta passion (1999, huile sur toile, 290 x 333 cm. inv.n°547) lors d'une visite de l’atelier de Charles Belle. Quelques mois plus tard, il compose la chanson Camélia : huile sur toile (à Charles Belle) en dédicace au peintre.

Pour la couverture de son 13e album, « Défloration 13 » sorti en 2001, Hubert-Félix Thiéfaine choisit des peintures de Charles Belle sur le thème des iris orange.

Il était une forêt, regards d'artistes

En 2011 le cinéaste Luc Jacquet invite Charles Belle à participer à un projet autour de son film Il était une forêt. Il s'agit du troisième long métrage cinématographique de Luc Jacquet après La Marche de l'empereur et Le Renard et l'Enfant. Le long métrage Il était une forêt est la partie centrale d'un projet plus général dit cross-media, intitulé La Forêt des pluies, qui a également une ambition éducative à propos de l'environnement. Ce projet permet notamment la participation d'artistes qui partent en résidence en pleine forêt : tels que Vincent Munier et Charles Belle.

Charles Belle tend une toile de 1,80 m x 10 m au milieu de la forêt primaire du Gabon et réalise au fusain un dessin de feuilles. Cette toile, employant le futur (2012, fusain sur toile, 180 x 1000 cm. inv.n° 233) est exposée en 2013 dans Regards d’artistes au Parc André Citroën.