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Armand Bloch

Montbéliard, 1866 - Montbéliard, 1932


Armand Lucien Bloch, dit Armand Bloch, né le 1er juillet 1866 à Montbéliard, où il est mort en 1932, est un sculpteur français.
Fils du sculpteur Maurice Bloch qui avait créé une maison de fonte d'art en 1857, Armand Bloch naît en 1866 à Montbéliard en Franche-Comté. Il entre à l’École des beaux-arts de Paris en 1884 ou il est élève des sculpteurs Alexandre Falguière et Antonin Mercié.
Il expose au Salon des artistes français dont il est sociétaire de 1888 à 1932.
Il travaille dans son atelier parisien, mais conserve des liens étroits avec son pays natal de Montbéliard, où ses frères Léon et Julien ont repris l’entreprise familiale proche de la gare de Montbéliard et du château de Montbéliard.
Avec son père, il exécute le Monument à Pierre-Frédéric Dorian, inaugurée le 16 octobre 1892, envoyé à la fonte sous le régime de Vichy.
Son Monument au chevalier de la Barre érigé en 1906 sur le parvis de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre à Paris fut également envoyé à la fonte durant la Seconde Guerre mondiale.

In Wikipedia : Armand Bloch





• Armand Bloch naît en 1866 à Montbéliard, au sein d’une famille de sculpteurs dont l’activité principale est la taille de pierres tombales et l’ornementation de monuments funéraires. Rêvant de faire carrière dans les Beaux-arts, le jeune artiste part pour Paris à l’âge de seize ans. La capitale fourmille alors de jeunes hommes venus comme lui de leur province natale à la conquête du succès dans la Ville Lumière. Paris réunit à l’époque les principaux lieux d’étude – académies libres, École des beaux-arts, musées –, les Salons et les critiques influents.
Mais la vie à Paris coûte cher. Il faut se nourrir, se loger, louer un atelier, payer la terre et le plâtre, les outils, ainsi que les modèles que l’on fait poser. Le premier besoin de ces artistes est donc financier. Pour exister, il faut aussi exposer : au Salon, dans les galeries, dans l’espace public. Cette visibilité vient aussi par les critiques dans la presse, nécessaires pour asseoir une notoriété. Elle permet d’obtenir des commandes, principales ressources d’un sculpteur au XIXe siècle. Armand Bloch ne fait pas exception, les archives nationales regorgent de lettres dans lesquelles il réclame des commandes de travaux. Ces lettres attestent de liens avec de nombreux élus : évoluant au cœur de réseaux régionaux et de sociétés d’entraide efficaces, le cas de ce sculpteur permet d’apprécier l’importance de ces organisations dont les membres éminents sont souvent à l’origine d’achats d’œuvres et de commandes. Enfin, la Franche-Comté, région natale de Bloch, fournit la plus grande partie des critiques qui donnent un retentissement à ses créations.
Dans plusieurs domaines – soutien financier, soutien social et soutien critique – ce sont des personnalités franc-comtoises que l’on voit intervenir auprès de l’artiste. L’exemple éloquent d’Armand Bloch permet d’étudier combien la province d’origine d’un artiste peut constituer le soutien essentiel d’une carrière.
Armand Bloch est un enfant de sa région, la Franche-Comté. C’est donc à celle-ci et à ses personnalités – bisontines, pontissaliennes et montbéliardes – que nous nous intéresserons. Mais ce phénomène de soutien et d’étai régional constitue une grille de lecture bien utile à l’étude d’autres sculpteurs : Jean-Baptiste Carpeaux (1827-1875) et sa ville natale de Valenciennes, ou encore le montalbanais Antoine Bourdelle (1861-1929) et son réseau du sud-ouest.


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Subventions, achats, commandes : un soutien financier

Soutenir l’étudiant : une subvention pour entrer à l’École des beaux-arts

Comme de très nombreux artistes qui montrent un talent prometteur dans leur jeunesse, Armand Bloch est subventionné par sa région pour aller étudier à Paris. Les étapes intermédiaires sont parfois plus nombreuses : Antoine Bourdelle passe ainsi, après Montauban, par l’École des beaux-arts de Toulouse avant de partir pour Paris. Bien qu’une École des beaux-arts existe à Besançon, Armand Bloch, lui, part dès 1882 de Montbéliard pour la capitale, grâce à une subvention accordée par le Conseil Général du Doubs. Il rejoint à Paris l’atelier du sculpteur toulousain Alexandre Falguière, afin de préparer le concours d’entrée à l’École des beaux-arts. Dès 1883, le sculpteur reçoit une subvention annuelle de 300 francs1, grâce au témoignage positif de son professeur. Le préfet réclame toutefois communication des notes de l’élève afin de les soumettre au Conseil Général. Le directeur de l’École des beaux-arts lui répond rapidement qu’après « en avoir référé à M. Falguière, son professeur, [il a] l’honneur de [l’] informer que le jeune homme donne pleine satisfaction par son travail et ses progrès et qu’il est digne à tous égards de la bienveillance dont il est l’objet de la part de Ms. les membres du Conseil Général2 ». La suite de l’histoire est perceptible dans les Rapports et délibérations du Conseil Général du Doubs, de 1883 à 1886. En avril  1884, puis en 1885, une subvention de 300 francs pour l’année est allouée à Armand Bloch, après que le rapporteur M. Chenevier ait donné lecture des « renseignements très satisfaisants fournis par le directeur de l’école des beaux-arts sur le compte de l’élève Bloch3 ».
Pour l’année 1886, alors que Bloch présente des « notes satisfaisantes », sa pension n’est pas renouvelée, en raison de son échec en mars 1885 aux épreuves d’admission à l’École des beaux-arts. De plus, il semble que Bloch ait déserté l’École : le directeur des Beaux-Arts signale en janvier 1887 « M. Bloch n’a pas été admis aux cours pratiques et n’a pas étudié dans le musée  », alors qu’il écrivait en juillet 1885 : « il n’a pas été admis mais travaille assidûment dans les galeries de l’École4 ». La commission de l’instruction publique considère que « si le département doit des encouragements aux individus qui se recommandent par des aptitudes spéciales et qui se trouvent dans l’impossibilité de les développer par leurs propres ressources, il ne doit pas soutenir de ses deniers ceux qui n’invoquent pour titre dans ces matières qu’un travail soutenu et ne peuvent témoigner d’une vocation toute particulière5 ».
Cette appréciation sévère ne décourage pas l’artiste qui fait carrière en dépit de son échec à entrer à l’École. Elle laisse toutefois imaginer les difficultés financières auxquelles le sculpteur, ainsi privé de ressources, dut faire face.

Le soutien des hommes politiques de la région Franche-Comté auprès du ministère des Beaux-Arts

Sorti du circuit académique, Armand Bloch, s’il veut faire carrière, doit se faire remarquer soit par un coup d’éclat au Salon – ce qu’il fait en 1891 avec le succès du MartyrArmand Bloch, le Martyr – soit par l’appui de personnalités publiques. Dans toutes ses demandes de travaux auprès du ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, il est recommandé par des personnalités politiques, souvent franc-comtoises.
Le 19 mai 1888, Jules Viette (1843-1894), député du Doubs, alors ministre de l’Agriculture, écrit au ministre des Beaux-Arts pour exprimer son soutien à Armand Bloch et demander que sa sculpture Le Repos (1888, plâtre, non localisé) soit inscrite sur la liste des achats au Salon6. En juin 1889, lorsqu’Armand Bloch écrit au ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, il est à nouveau recommandé par Jules Viette, qui annote la lettre, qualifiant Bloch d’«  artiste de grand mérite et à tous égards recommandable7 ». L’élu de Montbéliard intervient encore par des lettres du 26 juin 1889, du 29 novembre 1889 et du 9 décembre 1889. Très jeune (seulement 22 ans) et encore hésitant dans son style, Armand Bloch est donc encouragé, soutenu, recommandé avec insistance par les hommes politiques de sa région. Il obtient finalement une commande qu’il termine en septembre 18958, et bénéficie en 1900, grâce au docteur Charles Borne, député de l’arrondissement de Montbéliard, de l’achat d’une de ses œuvres pour le musée de la ville.
C’est à nouveau cet élu qui fait acheter en 1902 l’une des œuvres les plus saisissantes de Bloch, Le Supplicié ou Christ, Fin de la Flagellation9. Jusqu’à sa mort, Armand Bloch fait appel à ses relations dans le corps de l’État pour réclamer achats et commandes, notamment au sénateur bisontin Jules Jeanneney, qui obtient pour lui la restauration et la fabrication d’un socle pour son grand Monument aux Masques10 en 1928. Toutes les tentatives ne sont toutefois pas concluantes, et malgré la recommandation du député de Besançon Julien Durand en 1928, l’achat du groupe étonnant des Cinq escholiers brûlés à Lyon en 155311 est refusé.
Les œuvres achetées par l’État du vivant de l’artiste, sous l’action de hauts fonctionnaires franc-comtois, comptent aujourd’hui pour la quasi-totalité des œuvres de Bloch visibles dans les collections françaises. Ces achats anthumes se révèlent donc capitaux pour la postérité de l’artiste.


La commande privée

À titre privé, ces personnalités franc-comtoises manifestent également leur soutien à Armand Bloch en lui commandant leur portrait sculpté. Les catalogues du Salon permettent donc de recenser un certain nombre de commandes privées. Parmi les personnalités politiques, on retrouve évidemment celles qui soutiennent le sculpteur auprès de l’administration des Beaux-Arts : le docteur BorneArmand Bloch, le docteur Borne notamment, député puis sénateur du Doubs, membre des radicaux et modérés proche de Waldeck-Rousseau, originaire de Saint-Hippolyte, commune très proche de Montbéliard.
Bloch sculpte le buste de Julien Durand en 1931, député radical du Doubs de 1924 à 1936, ainsi que ministre des Postes en 1930 et du Commerce en 1932, celui de Jules Jeanneney, alors sénateur de la Haute-Saône, après avoir été maire, député et conseiller général. Ce dernier demeure un soutien inébranlable pour Bloch sa vie durant, obtenant pour lui des commandes, réclamant les meilleurs lieux d’exposition pour ses œuvres. Après la mort du sculpteur en 1932, il continue de venir en aide financièrement à sa veuve, qui fait appel à lui jusqu’en 1945. Parmi les notables de la ville natale du sculpteur, citons le général Fernand Blazer, membre du comité d’honneur local du « monument commémoratif élevé aux Enfants de l’Arrondissement de Montbéliard morts pour la patrie et en souvenir de l’Armée de l’Est ». Celui-ci commande en 1931 son buste en bronze à Bloch, alors qu’en 1930, Bloch a signé, dans le bois, le buste d’un autre militaire, le commandant Dagnaux. Pilote dans l’armée, natif de Montbéliard, ce dernier adhéra à l’association franc-comtoise Les Gaudes le 14 mars 1929, il a pu rencontrer Bloch lors d’une réunion de l’association dont ce dernier était un habitué.
Par la commande de portrait, ces personnalités assurent du travail à Armand Bloch, des revenus et des œuvres à exposer au Salon. Par la réussite de ces portraits privés, le sculpteur fait la preuve de son talent et démontre qu’il mérite de recevoir des commandes de portraits de grands hommes pour des monuments publics dans diverses villes franc-comtoises.


Soutien des acteurs régionaux par la commande et l’achat

Les commandes de sculpture de monuments publics n’émanent pas directement de l’État ou des collectivités locales mais sont le fait de comités de particuliers, au sein desquels on retrouve souvent des élus locaux – bien souvent ceux-là même dont Armand Bloch fait le portrait, et qui sont heureux que des enfants du pays sculptent l’effigie de leurs grands hommes.
La liste de ces commandes est longue, nous nous contenterons donc d’évoquer les effigies du peintre orientaliste Georges Brétegnier au cimetière d’Héricourt, le monument au caporal Peugeot à Joncherey, celui de Pierre-Frédéric Dorian à Montbéliard. Le monument à Jules Viette, figure dont on a évoqué l’importance dans la carrière de Bloch, est de plus grande ampleur : deux figures en pied s’ajoutent au buste et ornent le piédestal.
Après-guerre, Armand Bloch, comme de très nombreux sculpteurs – Antoine Bourdelle, Aristide Maillol (1861-1944) ou Paul Landowski (1875-1961) parmi les plus célèbres – reçoit des commandes locales pour divers monuments aux morts. Il signe ainsi pas moins de neuf monuments aux morts dans la région  : ceux de Montbéliard (un pour la guerre de 1870, un autre pour celle de 1914-1918), d’Audincourt, de Seloncourt, d’Hérimoncourt, de Roppe, de Mandeure, de Saint-Hippolyte et d’Abbevilliers.
Armand Bloch reçoit également une commande de sculpture architecturale à Belfort, où il réalise le fronton du Palais de justice.
En plus des commandes de monuments publics, la région natale de Bloch le soutient en achetant certaines de ses œuvres pour ses musées municipaux. En 1900, une Tête de Christ en bois de chêne entre au musée municipal de Montbéliard grâce à l’action conjuguée de la commune, de la Société d’Émulation de Montbéliard et de l’État. Parmi les œuvres acquises directement par l’État, plusieurs sont attribuées aux musées de l’est de la France, confortant la renommée du sculpteur dans sa région natale. Un buste de Communiante12, acquis en 1916 par l’État, est attribué en 1925 au musée de Belfort. La traduction en bronze du Martyr est attribuée en 1924 au musée de Strasbourg, et le musée de Belfort s’enrichit en 1925 d’une œuvre de grande ampleur en bois, le majestueux Bûcheron (1897), grâce à une attribution de l’État qui l’avait précédemment acquis en 1916.


Réseaux régionaux et sociétés d’entraide


Tout au long de sa carrière, Bloch sait profiter du réseau puissant et actif des francs-comtois de Paris. Dans un article publié après la mort d’Armand Bloch dans le journal régional Franche-Comté, Monts-Jura et Haute Alsace, le peintre pontissalien Robert Fernier décrit ses rapports avec les artistes du pays13 et raconte l’avoir rencontré à un banquet des «  Gaudes  ». Ce terme qui désigne un plat typique du pays bressan est aussi le nom d’une association parisienne de francs-comtois qui publiait un bulletin annuel et organisait régulièrement des banquets réunissant les francs-comtois résidant à Paris. D’après Robert Fernier, Bloch était présent à chacun de ces banquets. Il fut membre de l’association de mars 1889 jusqu’à sa mort, et aurait fini par en devenir le directeur en 192914.
Fondée en 1881 à Paris, l’association franc-comtoise des Gaudes se définit comme une société amicale ayant pour but de « donner un appui moral aux jeunes gens franc-comtois ou belfortains qui se destinent aux carrières libérales15 ». Ses statuts précisent les conditions d’admission : être franc-comtois ou d’ascendance franc-comtoise, être présenté par deux membres titulaires, et obtenir l’adhésion des deux tiers des membres présents lors du vote. La cotisation est de cinq francs par an au commencement, puis de six francs à partir de 1896. Elle ne comprend pas moins de deux cent cinquante membres en 1890. L’article IX des statuts précise aussi que : « toutes discussions politiques et religieuses sont rigoureusement interdites ».
D’autres associations de francs-comtois existent à Paris : « La Prévoyante, société de secours mutuels », le « Cercle républicain franc-comtois, réunion amicale et politique ». Mais l’association des Gaudes semble être la plus durable et la plus puissante. Elle compte en effet des membres prestigieux : le ministre de l’Instruction publique de 1896 à 1898, M. Rambaud, la préside pendant plusieurs années, tout comme Louis Pasteur ou encore le sculpteur Gabriel-Jules Thomas qui en est membre honoraire.
Bloch a pu trouver dans cette association l’appui moral de plusieurs de ses commanditaires. Le député Jules Viette devient membre en 1888, de même que le général Fernand Blazer. Il est amusant de signaler que le peintre Charles Weisser (1864-1940) – auteur du portrait de Bloch sculptant dans son atelierCharles Weisser, Armand Bloch sculptant dans son atelier – lui aussi originaire de Montbéliard et membre de l’association, habite au 49 du boulevard Saint-Jacques en 1889, c’est à dire à la même adresse que Bloch jusqu’en 1893.
La proximité entre ces artistes était donc réelle. Parmi les hommes dont Bloch a sculpté le portrait, plusieurs sont membres de l’association : le peintre Pierre Muenier, le peintre Georges Brétegnier, mais aussi le docteur Borne, le sénateur Jules Jeanneney, l’aviateur Jean Dagnaux, etc. Sans oublier Henri Bouchot16, l’un des fondateurs de l’association et pour lequel il réalise deux bustes, celui du monument public de Besançon et celui qui orne son monument funéraire au cimetière Montparnasse à Paris. On peut aussi supposer que bien des bustes qu’il présente au Salon de façon anonyme sont ceux de personnes rencontrées parmi ce cercle de soutien qu’est l’association des Gaudes. Dans chaque grande ville, une antenne de cette association existe, et lorsqu’Armand Bloch recherche des souscripteurs pour le Monument aux Morts de la guerre de 1870 à Montbéliard, il écrit qu’il va déposer la liste de souscription aux Gaudes de Rouen et de Reims17, ce qui permet de mesurer l’étendue et l’importance de ce réseau.