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Antoine Grandjacquet

Reugney, 1731 - Rome, 1801




Né à Reugney (Doubs), le 19 juin 1731 ; mort à Rome (Italie), le 22 février 1801. Fils de Claude-Étienne et de Jeanne-Françoise Troutet, de Reugney. Marié à Girolama Girod, d'origine comtoise : il en eut un fils, nommé Gaspard et une nombreuse famille ; il entra en même temps que son compatriote Luc Breton dans la confrérie de Saint-Claude à Rome, 1766 ; en fut secrétaire, 1769 et directeur, 1793. Appelé à sculpter pour la façade de l'église de la confrérie une grande statue de saint Claude, tandis que Breton exécutait celle de saint André, il la fit dans la manière des docteurs que Bernin a donné comme supports à la chaire de Saint-Pierre ; elle fut placée en 1771. Il renonça de bonne heure à son art.

In : Dictionnaire des Artistes et Ouvriers d'Art de la Franche-Comté, Abbé Paul Brune, 1912





Antoine Grandjacquet, sculpteur et antiquaire à Rome.

Brice Leibundgut, in : Le Jura Français, N°322, Avril-Juillet 2019.


Antoine Grandjacquet
Portrait d'Antoine Grandjacquet, anonyme, coll. part.

Du sculpteur comtois Antoine Grandjacquet, on connaît surtout sa fameuse statue de saint Claude, qui orne le frontispice de l’église de la confrérie Saint Claude des Bourguignon à Rome. Mais s’il fut célèbre à son époque, c’est également pour ses talents hors pairs de restaurateur d’antiquités.

De Reugney à Rome

Guillaume-Antoine Grandjacquet, est né à Reugney dans le Doubs le 19 juin 1731, fils de Claude-Etienne Grandjacquet et de Jeanne-Françoise Troutet. Le village de Reugney est situé près de Flagey, sur le plateau qui domine au couchant la vallée de la Loue.
À part son acte de naissance, on sait peu de choses de l’enfance comtoise d’Antoine Grandjacquet. On peut seulement imaginer qu’il apprend la sculpture dans un atelier de la région, et pourquoi pas avec Augustin Fauconnet (1700-1781), le sculpteur de Goux-les-Usiers qui œuvre à cette époque dans de nombreux villages proches de Reugney.

Comment Grandjacquet décide-t-il de partir pour Rome ?

C’est une question que nous pouvons nous poser pour plusieurs des artistes de cette génération. L’importante communauté comtoise de Rome avait des relais en Comté, et « la cité éternelle » ne manquait pas d’attirer de jeunes sculpteurs en quête de gloire.
C’est en 1766, qu’Antoine Grandjacquet est admis, ainsi que le sculpteur bisontin Luc Breton, dans la Confrérie Saint-Claude des Bourguignons, dont il devient secrétaire trois ans plus tard et recteur en 1793. Il épouse une romaine d’origine comtoise, Girolama Girod : ils ont quatre enfants, Pietro, Gaspare, Giuditta et Giltrado, à l’origine de la branche italienne des Grandjacquet dont, quelques représentants se sont illustrés au XXe siècle dans la finance, l’aviation ou encore le cinéma.
Il réalise alors, en 1771, son œuvre la plus la plus célèbre, la statue monumentale de saint Claude, pour le frontispice de l’église de la confrérie ; Luc Breton se charge de celle de saint André qui lui sert de pendant. Grandjacquet sculpte saint Claude en tenue d’évêque, la main droite tendue vers les fidèles : en effet, selon la tradition, ce saint aurait été évêque de Besançon au VIIe siècle.

Restaurateur d’antiquités

Les biographes comtois de Grandjacquet s’arrêtent généralement à cette statue de saint Claude et considèrent que l’artiste renonce de bonne heure à la sculpture.
En fait, au milieu des années 1770, il devient restaurateur d’antiquités. C’est dans ce cadre qu’il travaille au Musée Pio-Clementino (l’un des Musées du Vatican) pour reproduire des pièces imitant l’antique ou pour restaurer des antiquités. Compte tenu de son habileté, il est aussi engagé par l’architecte et graveur Piranèse (Giovani Battista Piranesi).
Les témoins de l’époque soulignent son savoir-faire dans le traitement des matériaux durs comme le porphyre et le granit, mais encore son talent à retrouver des modèles anciens. Cela lui vaut d’avoir des clients prestigieux comme le roi de Suède Gustave III ou des voyageurs du « Grand Tour » auxquels il fournit des pièces restaurées ou copiées : cheminées, vases, amphores, chandeliers, trépieds…

Le vase de Warwick

Cette activité de restaurateur d’antiquités est relatée dans les mémoires du baron de Hochepied qui évoque sa rencontre avec le sculpteur : « Mardi 10 octobre 1775. Nous nous rendîmes chez un certain Monsieur Antoine Grandjacquet, un antiquaire et un excellent ouvrier en sculpture ; il nous montra le superbe vase trouvé dans la Villa Hadriana en 24 pièces dispersées à une grande distance l’une de l’autre, qu’il a supérieurement restauré et tellement remis dans sa première perfection que l’œil le plus exact ne peut découvrir qu’il a subi le moindre endommagement jusqu’au point que la tête d’un faune qui n’a pas été retrouvée a été composée par ses talents à imiter l’antique à se méprendre ».
Le vase en question est acquis par le Chevalier Hamilton qui l’envoie en Grande-Bretagne où il fait partie de la collection du Comte de Warwick. Vendu en 1978 au Metropolitan Museum of Art de New York, cette pièce unique n’est pas autorisé à quitter la Grande-Bretagne, et, après une souscription, aterrit à la Collection Burrell de Glasgow.
Ce vase de marbre a une très grande taille, avec une capacité d’environ 800 litres. Son décor est d’inspiration bachique : des visages de faunes et de satyres ornent ses flancs, tandis que ses anses sont formées de deux ceps de vigne entrelacés. Il pourrait avoir été taillé par Lysippe, sculpteur de la Grèce antique. Il a fait l’objet de nombreuses copies, de différentes tailles et de différents matériaux plus ou moins précieux.

Quand la collection de la Villa Borghese finit au Louvre

À l’occasion d’une visite au Louvre, mon attention fut attirée par ce patronyme Grandjacquet qui sonne comtois et l’indication, sur les cartels, de son village natal, Reugney. Dans la salle du manège se trouvent trois copies de statues antiques, réalisées en 1781 par Grandjacquet pour la salle égyptienne de la Villa Borghese, à la demande du prince Marcantonio IV Borghese. Il s’agit :
— d’une statue de marbre noir supposée représenter Antinoüs en Osiris, exécutée, semble-t-il, d’après une œuvre trouvée à la Villa Hadriana de Tivoli,
— d’une statue d’Isis, en marbre noir et en albâtre, qui aurait été inspirée par un relief romain aujourd’hui disparu,
— d’une autre statue représentant Isis, celle-ci en granitelle, qui serait la copie d’une statue conservée au Vatican, représentant la reine Arsinoé II.
Ces statues sont entrées au musée, suite à l’acquisition par Napoléon Ier de la Collection Borghese en 1807 : c’est Pierre-Adrien Pâris, un Comtois, qui sera en charge de l’expédition de cette collection au Louvre. Elles ont l’allure des antiquités égyptiennes, avec un maintien hiératique des personnages, comme sur les couvercles des sarcophages. Bien des visiteurs ont été marqués par ces sculptures, à l’instar de Théophile Gautier qui évoque l’Isis de Grandjacquet dans l’une de ses nouvelles : « Ses pieds, entièrement nus, étaient, du reste, charmants, d’une petitesse et d’une transparence qui me firent penser à ces beaux pieds de jaspe qui sortent si blancs et si purs de la jupe de marbre noir de l’Isis antique du Musée ».
En Russie, au Musée national de Gatchina, on peut trouver une autre statue de marbre noir du même sculpteur, elle aussi inspirée par Osiris ou Antinoüs : ces différentes œuvres confirment qu’Antoine Grandjacquet s’était spécialisé en tant que copiste de statues anciennes et notamment égyptiennes qui furent appréciées en pleine vague d’égyptomanie.

Autres œuvres du sculpteur

Mais à Rome, on peut encore trouver une statue d’Antoine Grandjacquet représentant l’Immaculée Conception : elle a été sculptée pour l’autel principal d’une petite église du XVIIIe siècle qui était autrefois la chapelle de la Villa Borghese, place de Sienne. La vierge y est habillée d’un large manteau aux plis flottants et porte ses mains à sa poitrine : par sa posture et par le traitement du marbre, cette statue s’inscrit dans le courant du baroque tardif, à l’instar de la statue de saint Claude.

Antoine Grandjacquet, Immaculé Conception
Antoine Grandjacquet, Immaculée Conception.

On sait aussi que Grandjacquet s’est également consacré à la réalisation d’accessoires de décoration très recherchés à l’époque : les « surtouts de dessert ». Il s’agit de centres de table exécutés en marbres colorés et autres pierres dures, ornés de pièces d’arts décoratifs qui célèbrent le goût de l’antiquité : des bustes, des statuettes, des colonnes, des obélisques…. Quelques-uns deviennent très fameux, comme le Surtout Braschi, réalisé par Luigi Valadier et auquel contribua vraisemblablement Grandjacquet : une partie de ce surtout est entrée au Louvre en 1984. Le nom du sculpteur de Reugney est encore cité comme l’auteur d’amphores et de grands vases en porphyre, comme ceux de la collection du duc d’Aumont qui sont au Louvre.
Antoine Grandjacquet meurt à Rome le 22 février 1801, à presque soixante-dix ans.



Bibliographie

— CARLONI Rosella, Grandjacquet, Guillaume-Antoine, Dizionario Biografico degli Italiani, Volume 58 (2002).

— COINDRE Gaston, Mon vieux Besançon, Jacques et Demontrond, 1912.

— DOUSSET Jean-Luc, Giampietro Campana, La malédiction de l’anticomane, éditions Jeanne d’Arc, 2015.

— GAUTIER Théophile, La pipe d’opium, nouvelle publiée pour la première fois dans le journal La Presse, 27 septembre 1838.

— HOCHEPIED (Gerrit Jan, baron de), Voyage de La Haye par la France, la Suisse, l’Italie, le Tyrol et l’Allemagne pour l’année 1775-1776, Bibliothèque de l’Université de Leyde.

— LEIBUNDGUT Brice, La Gouge et le Ciseau, Station Comté, 2010.



Sébastien Melchior Cornu et la Collection Campana

Sébastien Cornu
Sébastien Cornu, autoportrait, vers 1829, musée des beaux-arts de Besançon.

Une cinquantaine d’années plus tard, Napoléon III fait l’acquisition d’un autre ensemble d’œuvres considérable, la collection Campana, qui a fait l’objet d’une exposition au Louvre début 2019 : comme pour la Collection Borghese dont Pierre-Adrien Pâris organisa l’expédition, ce fut un autre peintre comtois, Sébastien Melchior Cornu (1804-1870), né à Lyon d’un père originaire de Byans-sur-Doubs, qui se chargea de l’inventaire, du transport et de l’installation à Paris de cette collection. À sa mort, sa veuve légua au Musée de Besançon plusieurs œuvres de son défunt mari, comme le rappelait Gaston Coindre : « Madame Cornu, se souvenant des origines comtoises toujours revendiquées par son époux, attribua à notre musée le portrait du peintre, fait par lui-même en 1832, ainsi qu’une cinquantaine de pièces, dessins de l’artiste ou de ses collaborateurs et tableaux anciens recueillis par lui.  »



Descendance Grandjacquet

On relève parmi la descendance d'Antoine Grandjacquet et de son épouse Girolama Girod :
—  Gaspare Grandjacquet (1774-1844), fut le fondateur de la Cassa di Risparmio (Caisse d'Épargne) de Rome.
—  Guglielmo Grandjacquet (1897-1940) fut un aviateur et mourut au cours de la seconde guerre mondiale, son avion étant abattu dans le ciel de Marmorique (région à cheval entre la Lybie et l'Égypte). Une rue de Rome porte son nom.

Francesco Grandjacquet
Francesco Grandjacquet.

—  Francesco Grandjacquet (1904-1991) fut acteur dans les années 1940 et 1950 : il tourna notamment avec Roberto Rosselini dans le film Rome, ville ouverte.






Avec l'aimable autorisation de l'auteur