De Artibus Sequanis : les arts en Franche-Comté
art, artiste, peintre, peinture, Franche-Comté, bande dessinée

« C'est l'art qui donne une forme à la nature et qui, par l'autorité d'un individu prédestiné, nous garantit la paix dans nos promenades, dans une forêt, sur l'eau et souvent dans les rues. Cette paix n'est d'ailleurs qu'un compromis un peu mystique entre nous et les catastrophes qui rôdent autour de notre fragilité éternellement impuissante devant l'eau, la terre et ses feux, le ciel et je ne sais quoi encore de très imprécis mais de violent. »

Pierre Mac Orlan, "Courbet", in : Masques sur mesure II, 1951.


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Dernières entrées, dernières mises à jour :

 Gustave Courbet

§  Sandor Kuthy, Courbet et les deux amies, in : Berner Kunstmitteilungen,
n° 222/223, juin/juillet 1983, p.1-9. (traduction de l'allemand par l'auteur).

 Max Claudet, statuaire et céramiste salinois.

 Gustave Courbet, L'Atelier

 

Proudhon, de artibus sequanis, du principe de l'art et sa destination sociale

 Pierre-Joseph Proudhon

Du principe de l'art et sa raison sociale, éditions De Artibus Sequanis.

 Gustave Courbet

§  Christian Perret, Courbet, outre-monde, conférence au xve colloque annuel de la Society of dix-neuviémistes, le 10 avril 2017, Kent University, Canterbury.

 Gustave Courbet

§  Théophile Gautier, Le Salon de 1853, Feuilleton de La Presse, 21 juillet 1853.

 Luc Breton, un émule franc-comtois du Bernin.

§  Mlle Lucie Cornillot, Le Sculpteur bisontin Luc Breton à Rome, Soc. d'émulation du Doubs, 1938.

§  Mlle Lucie Cornillot, L'Œuvre de Luc Breton, Soc. d'émulation du Doubs, 1939.

 Jean-Denis Attiret, peintre officiel de l'empereur Kien-Long.

§  Joseph-Marie Amiot (1718-1793), Éloge du frère Attiret, 1771.

§  Jean-Denis Attiret, Lettres du père Attiret, peintre au service de l'empereur de la Chine, 1743. In : Lettres édifiantes et curieuses, 1736-1781, dans le recueil : Lettres de Chine sous l'empereur Kien-Long(t. 3), publiées sous la direction de Louis-Aimé Martin, 1843.

 Gustave Courbet

§ Gustave Courbet, Peut-on enseigner l'art ?, 1861.

 Émile Schuffenecker, peintre, anar, faussaire.

 Alice Rahon, l'abeille noire.

 Adolphe Braun, l’évasion photographique.

→ Exposition au Musée Unterlinden de Colmar, 17 février/14 mai 2018.

 Gustave Courbet

§  Pierre Mac Orlan, Masques sur mesure II : Courbet, 1951.

§  Dr Paul Collin, Gustave Courbet à la tour de Peilz, Lettre incluse dans : G. Courbet et son œuvre, de Camille Lemonnier, Paris, 1868.

§  Champfleury, Courbet in : Souvenirs et portraits de jeunesse, 1872.

§  Champfleury, L'Enterrement d'Ornans, in : Grandes figures d'hier et d'aujourd'hui, 1861.

 Auguste Lançon, « C'est le Jules Vallès de l'art ».

 Jean Challié, l'oublié magnifique.

 Simon Bussy, une vie rêvée.

 Jules Machard, itinéraire académique d'un enfant un peu gâté.

 Pierre-Étienne Monnot : sculpteur, baroque, européen.

 René Perrot, un pagus sur la lisse.

 Maurice Morel, Évangile et abstraction.

 Alexandre Bertrand, un caricaturiste qui assure.

 Nicolas Tournier, un Caravage franc-comtois.

 Hugues Sambin, menuisier, architecteur et imageur.

 Christophe, pour de rire mais pas que…




affiche Miyeon Chon et Rémi Lombardot, Le Manoir, Mouthier Haute Pierre, France


« Houston, we've had a problem... »

Le passé nous échappe,
Le présent est à nous et c'est la seule chose
Dont un honnête homme dispose.
Puisque l'un n'est donc plus,
Que l'autre est nécessaire,
Vivons pour aujourd'hui sans attendre demain.
Qui sait si demain sera mort ou malade ?
C'est seulement vivre que de vivre aujourd'hui.

Jean-François Muiron,
Besançon, 1756-1839
Le Paillard septuagénaire, oct. 1824.




Le Comté de Bourgogne est riche d'un éminent patrimoine artistique et culturel digne du plus vif intérêt mais qu'il semble vouloir ignorer avec un zèle et une application qui paraissent aussi méthodiques qu'implacables. Tandis que le Duché voisin, depuis longtemps déjà, met en valeur un héritage aussi exceptionnel que flamboyant, la Comté joue les belles endormies, pousse un peu son peintre, sa chapelle, sa saline et ses fameux fromages sur le devant de la scène en se disant sans doute que cela suffit déjà bien ainsi… c'est peut-être pour cette raison que, une fois passées les marches extrêmes où l'on connaît encore un peu le Beau Pays, les "gens" confondent sans vergogne Besançon et Briançon, situe Dole en Bretagne et n'ont jamais entendu parler de Lons-le-Saunier… quant à la Haute-Saône ou au Territoire de Belfort… Terræ incognitæ…

D'ailleurs, anecdote croustillante, alors que j'ai contacté presque en vain les musées de la région (exceptés Dole, Arbois et Morez), le musée des beaux-arts de Houston (Texas, USA) qui possède une toile d'un peintre franc-comtois ou l'association culturelle de la Maison Blanche (inutile de situer, celle-ci possède deux toiles de Chartran : ici et ) répondent obligeamment dans les 24h… et envoient, quand ils en ont, de la documentation… « Houston on a un problème, le Far-East ne répond pas… »

Mais trève de jérémiades vous trouverez ci-dessus les dernières entrées et mises à jour.

Bonne lecture !

Salins-les-Bains, le 1er mars 2018




De l'Art et des Artistes en Franche-Comté

Je crois que les morts écoutent
Longtemps au fond de leur tombe
Si leur cœur va se remettre à battre

Alice Rahon
in : Salamandra - Salamandre,
éd. El Tucan de Virginia, Mexico, 1996.

 

 

Une attention un peu désinvolte pourrait laisser accroire à l'amateur distraitement éclairé que l'art en Franche-Comté n'est pas très étoffé, un peu chétif pour tout dire (si l'on excepte ses deux fameuses locomotives, Courbet et Gérôme), et trop étique pour être l'objet exclusif d'un site… Certes la Franche-Comté n'est pas la Flandre… mais il n'est pourtant que de lire l'exhaustif et tout à fait passionnant volume, si l'on cultive tout de même par devers soi un certain goût pour l'inventaire, consacré à la Franche-Comté du Dictionnaire des Artistes et Ouvriers d'Art de la France de l'abbé Paul Brune (1912) ou encore le plus digeste Les Hommes célèbres et les personnalités marquantes de Franche-Comté. Du IVe siècle à nos jours d'Émile Fourquet pour se convaincre, s'il en était besoin, du contraire.

C'est à l'occasion d'une visite impromptue au musée des beaux-arts de Dole en janvier 2017, et de l'exposition De David à Courbet, Chefs-d'œuvre du musée des Beaux-Arts de Besançon, que je regardai, entre autres et avec une attention toute nouvelle, deux tableaux que j'avais dû voir auparavant mais sans les regarder "véritablement" lors de mes précédentes visites au musée des beaux-arts de Besançon où ils sont ordinairement exposés : ce sont ceux de J.-P. Péquignot, Paysage des environs de Naples, Cava dei Tirreni, et de J.-F. Lancrenon, Tobie rendant la vue à son père. Je me rendis compte alors à quel point je ne connaissais que très approximativement, et c'est un euphémisme, les artistes de ma région. Fort de cette abrupte constatation je mûris in petto l'idée qu'il me serait profitable, et qu'il le serait sans doute tout autant à d'autres, de donner un peu de lumière 2.0 sur les œuvres de ces artistes quelque peu méconnus quand ils ne sont pas parfaitement oubliés… Je trouvai d'abord et online les deux ouvrages sus-mentionnés et recherchai, online toujours, informations et icônographie.

C'est le fruit de cette recherche (pas toujours couronnée d'un franc succès je le concède) et de cette dilection que je mets en ligne. Cette recherche n'en est qu'à ses tout premiers débuts et je serais très heureux de pouvoir y associer les happy few parcourant les musées et les églises (…) de Franche-Comté, les amateurs et les amoureux de l'Art en général, qui pourraient l'enrichir, au fur et à mesure de leurs pérégrinations et de leurs recherches, par le texte et par l'image… Je crois que nous ferions ainsi œuvre utile autant que plaisante… Alors si quelque bonne volonté s'est laissée guider jusqu'ici… qu'elle n'hésite point…

Salins-les-Bains, le 30 avril 2017

Auguste Pointelin, de artibus sequanis, Paysage (Combe), vers 1930

LA CLARTÉ INTIME DE LA TERRE

AUGUSTE POINTELIN (1839-1933)

Du 27 juin au 11 novembre 2018

Cette exposition est coproduite avec le musée d’art, hôtel Sarret de Grozon d’Arbois et le musée municipal de Pontarlier.

Relations presse : Samuel Monier 03 84 79 78 64 (ligne directe) / s.monier@dole.org




AVANT-PROPOS


« le pays se dépayse lui-même et c’est ainsi, mystérieusement, qu’il devient ressemblant »

Jean-Christophe Bailly, Le dépaysement, 2011 (p. 378-379).


Auguste Pointelin, de artibus sequanis
A. Pointelin,
Photographie retouchée,
vers 1860, coll. part.

Les musées d'Arbois, Dole et Pontarlier s'associent pour organiser une véritable « saison Pointelin » en Franche-Comté à l'été-automne 2018. Si plusieurs expositions ont déjà été consacrées au travail de ce paysagiste sur notre territoire, il y a, au point de départ de notre projet, la volonté d'aller plus loin et d'être plus ambitieuses encore dans l'exploration de l’œuvre d'un artiste singulier, qui touche et fascine grand nombre d'entre ceux qui la rencontrent : l'artiste, prolifique, a peint à profusion, du grand tableau de salon au tout petit format (jusqu'au « timbre-poste » peint pour un collectionneur), à l'huile et à l'aquarelle, sur toile et sur bois, mais il a aussi pratiqué le pastel — contribuant même de façon importante à sa réapparition — le fusain. Entamer un travail de fond sur cette œuvre nécessitait à la fois d'embrasser la diversité de ces techniques, mais aussi d'aller puiser dans la quantité et la richesse de sa production tout en acceptant sa dimension obsessionnelle et répétitive. D'où le souhait qui fut le nôtre de réfléchir sur l’œuvre dans sa globalité, de tenter de réinscrire l’œuvre de Pointelin dans son époque — notamment dans le rapport complexe qu'elle a pu entretenir avec l'héritage de Courbet et des peintres de Barbizon d'une part, et avec les développements de l'impressionnisme d'autre part. C'est l'objet de la rétrospective organisée à Dole, mais également de l'exposition d'Arbois qui permet, à travers l'exploration des pastels, de préciser, de creuser, autrement qu'avec peintures ou fusains, la question de la couleur dans l’œuvre de Pointelin. L'exposition organisée à Pontarlier se penche, elle, sur l'héritage de Pointelin et sur la façon dont il a pu nourrir une scène artistique à venir. Les trois expositions, ainsi que le catalogue de référence édité à cette occasion, tentent de clarifier, au miroir et au milieu de cette histoire plus « globale », ce qui fait l'extrême singularité de Pointelin dans la grande famille des peintres de paysages du tournant des XIX-XXe siècles. Une spécificité qui passe à la fois par un ancrage très local — Pointelin n'a peint quasiment que les paysages du Jura et seulement un certain type de paysages — et quelque chose qui dépasse infiniment cette territorialité-là. Pour le dire autrement, Pointelin est bien un peintre du Jura, le peintre du Jura même, d'une certaine manière, mais il l'est d'une façon qui spécifie effectivement le local (les combes, les plateaux, la lumière du Jura) tout en s'inscrivant dans une démarche beaucoup plus essentialiste, mystique même : trouver, par la peinture, les moyens de formuler, de révéler l'essence quasi magique du paysage, de ce qui nous lie, nous humains, à la nature pensée dans un état de pureté c'est à dire vidée de toute trace humaine.

Un projet qui est à relier d'ailleurs avec la pensée plus large que Pointelin développe sur la nature et le vivant : une pensée spiritualiste qui lie tout, de l'infiniment petit du brin d'herbe à l'infiniment grand de l'univers et réfléchit même à la possibilité d'une vie extra-terrestre, pensée qu'il développe dans plusieurs textes notamment son Credo spiritualiste (1912). Là encore, cette vision est à replacer dans une histoire de la pensée qui lui est contemporaine et montre à quel point Pointelin est aussi un homme de son temps, en même temps qu'elle éclaire l’œuvre et sa dimension intime et profondément spirituelle d'une manière très frappante. L'évolution progressive et radicale de l’œuvre de Pointelin vers une peinture de plus en plus simple, de plus en plus vide, de moins en moins figurative et narrative dialogue ainsi, à sa façon singulière, avec une famille d’œuvres et d'artistes qui ont trouvé dans un sentiment de la nature qu'on pourrait qualifier de « religieux » une des voies pour ouvrir la représentation à l'abstraction, bouleversant ainsi l'espace de la représentation pour toujours. Ré-historiciser donc l’œuvre de Pointelin pour mieux la comprendre dans ce qu'elle présente d'historique et d'universel à la fois, tenter de cerner en quoi elle fut résolument de son temps et demeure aujourd'hui vivace, contemporaine. Une œuvre qui garde active en elle une part d'étrangeté et de mystère non résolu qui continue aujourd'hui à exercer sur ceux qui prennent le temps de la regarder en face un véritable pouvoir de fascination.

Amélie Lavin, directrice du musée des Beaux-Arts de Dole
Justine Sève-Brugnot, directrice des musées et du patrimoine d’Arbois
Laurène Mansuy, directrice du musée municipal de Pontarlier et du Château de Joux



L’EXPOSITION À DOLE


La clarté intime de la terre

Du 27 juin au 11 novembre 2018

Musée des beaux-arts, Dole


« Tous mes tableaux sont empruntés au Jura, non que je me sois proposé de représenter les sites de ce beau pays, le mien, mais plutôt son caractère et sa couleur propres(...). Et n'étant pas encore parvenu à réaliser en cela mon idéal, je continue et continuerai jusqu'au bout de m'y efforcer, quitte à laisser croire chez moi à l'impuissance de faire autre chose ».


Auguste Pointelin, de artibus sequanis, Sur un plateau du Jura, 1876, musée des beaux-arts de Dole
Sur un plateau du Jura, 1876,
© musée des beaux-arts de Dole.

Peintre très attaché à son territoire d'origine, Auguste Pointelin fut toute sa vie fasciné par les paysages du Jura. Quand Courbet privilégiait les reliefs accidentés du Haut-Jura, Pointelin trouva son épanouissement dans la ligne ciselée des plateaux, combes ou vallons de sa terre natale. Auguste Pointelin s’est ainsi démarqué de ses contemporains par une vision obsessionnelle de ces motifs, mais renouvelée en profondeur toute sa vie durant, simplifiant progressivement ses paysages jusqu'à une forme d'abstraction.

Le musée des Beaux de Dole possède un fonds important de cet artiste comptant pas moins de cinquante œuvres, dont la première toile qui lui valut une distinction au Salon des artistes française, Sur un plateau du Jura l’Automne (Salon de 1876). Après la rétrospective consacrée à l’artiste en 1993 au musée de Dole et l’exposition de 2013 au musée d’art, hôtel Sarret de Grozon d’Arbois, cet événement pose un jalon supplémentaire en réunissant dans trois musées de la région le plus large ensemble d’œuvres de l’artiste jamais présenté, notamment toutes les œuvres provenant de nombreuses collections publiques françaises, pour la plupart absentes des deux précédents événements.

Entre une large rétrospective à Dole et des expositions thématiques dans les musées d’Arbois et de Pontarlier, cette manifestation permettra de montrer la singularité d’une œuvre qui a choisi la simplicité, jusqu'au dépouillement. L'exposition sera en grande partie chronologique, la carrière de l'artiste pouvant de façon grossière être découpée en trois grandes périodes. Les débuts d'un paysagiste, de 1866 à 1880, montrent un peintre sous influence forte des paysages de Corot. Les paysages sont encore très précis et détaillés, peignant la nature avec attention et un dessin très descriptif. Les coloris sont chauds et riches, relativement variés.

Les années parisiennes, de 1881 à 1897, voient le peintre évoluer vers une représentation simplifiée, qui se vide totalement de toute présence et même de toute trace humaine. Le paysage est le seul et unique motif et sujet de l'artiste, qui réduit sa palette à des couleurs plus sombres, et bien souvent s'attache à une simple ligne d'horizon, un plateau, une combe, quelques arbres. La fugacité de la lumière, notamment celle du crépuscule, le fascine et il cherche à lui donner vie et forme dans ses peintures, qu'il réalise alors souvent sur des panneaux de bois.

Le retour à Mont-sous-Vaudrey, de 1897 jusqu'à sa mort en 1933 : retraité, Pointelin quitte Paris pour revenir s'installer définitivement dans son Jura natal. Il peint sur d'épaisses toiles dont le tissage reste très visible et donne à ses peintures une matérialité forte, singulière, accentuée par le peu voire l'absence d'apprêt sur la toile. Cette rugosité du support sur lequel vient directement peindre l'artiste correspond à une œuvre qui se radicalise elle aussi : les motifs se simplifient encore, jusqu'à atteindre parfois une forme d'abstraction où ne restent plus que les lignes colorées du ciel et de la terre structurées par l'horizon. La palette elle aussi s'est réduite encore : ocre, blanc, vert/brun très foncés tirant sur le noir.

Ce parcours chronologique sera ponctué, tout au long de l'exposition, d'ensembles qui dépasseront la chronologie pour rapprocher des œuvres qui travaillent un motif ou un lieu spécifiques, un cadrage particulier, et permettront aussi de rentrer dans le fonctionnement répétitif, obsessionnel, du peintre.



L’EXPOSITION À ARBOIS


Auguste Pointelin (1839-1933). Pastels

du 1er juillet au 23 septembre 2018

Musée d’art, hôtel Sarret de Grozon, Arbois


Auguste Pointelin, de artibus sequanis, Les Bois blancs, 1878, musée Sarret de Grozon, Arbois
Les Bois blancs, 1878,
© musée Sarret de Grozon, Arbois.

Le musée d’art, hôtel Sarret de Grozon mettra en lumière l’art du pastel d’Auguste Pointelin qu’il exerça pendant près de 30 ans de 1878 à 1907. Au XIXe siècle, un vent de renouveau souffla sur cette technique après plusieurs décennies de relegation. Auguste Pointelin ne fut pas étranger à ce nouvel élan, notamment grâce au premier pastel qu’il présenta au Salon en 1878 Les Bois blancs récemment mis en dépôt au musée. Comme dans sa peinture, ses pastels peuvent se « classer » en trois grandes périodes, d’un paysage descriptif à des compositions presque abstraites, en passant par des atmosphères oniriques et vaporeuses. Dans ce même élan perpétuel de synthétisme qui le caractérise tant, il réduira peu à peu sa gamme chromatique et donnera plus d’énergie dans son geste.

L’exposition sera ainsi l’occasion d’appréhender une autre facette artistique de ce peintre, plus connu pour ses fusains ou ses paysages crépusculaires dénudés. C’est bel et bien un Pointelin « coloriste » qui s’offrira aux visiteurs.



L’EXPOSITION À PONTARLIER


Pointelin, Fernier, Templeux : rencontre d’artistes

du 9 juin au 8 octobre 2018

Musée municipal de Pontarlier


Auguste Pointelin, de artibus sequanis, Paysage, musée de Pontarlier
Paysage, © musée de Pontarlier.

Le Musée municipal de Pontarlier propose une nouvelle exposition, du 9 juin au 8 octobre, organisée avec le soutien de la Direction régionale des affaires culturelles de Bourgogne Franche-Comté, le Conseil régional de Bourgogne Franche-Comté et l’association des Amis du Musée de Pontarlier, en collaboration avec le musée des Beaux-arts de Dole et le musée Sarret de Grozon d’Arbois. Elle met en lumière l’art personnel d’Auguste Pointelin et son influence sur les artistes exposés au Salon des Annonciades à Pontarlier de 1930 à 1950 : Robert Fernier, peintre pontissalien et organisateur du Salon, Emmanuel Templeux, peintre arboisien proche de Pointelin.

L’art d’Auguste Pointelin, qui rencontre un succès notable à Paris, fait forte impression sur le jeune pontissalien Robert Fernier, alors étudiant à l’Ecole Nationale des Beaux-arts. Ainsi, lorsque ce dernier organise un salon artistique à Pontarlier, à partir de 1924, c’est tout naturellement qu’il présente les toiles d’Auguste Pointelin. En 1930, il a l’occasion de rencontrer le maître dans son atelier à Mont-sous-Vaudrey, accompagné d’Emmanuel Templeux. Les leçons artistiques de Pointelin ne laissent pas indifférents les deux hommes, représentants la nouvelle génération de peintres paysagers. Ils relatent tous les deux cette expérience de visite de l’atelier dans le magazine Franche-Comté Monts Jura. C’est cette rencontre que l’exposition se propose de faire découvrir aux visiteurs à travers une trentaine d’œuvres issues de collections publiques et de collections privées, déployées sur trois salles.



PUBLICATION


AUGUSTE POINTELIN. La clarté intime de la terre

Essais d’Isabelle Julia, Armelle Jacquinot, Philippe Bruniaux, Rémi Machard, Justine Sève-Brugnot, Laurène Mansuy

160 p., ed. Mare & Martin, 24€.


Auguste Pointelin, de artibus sequanis, catalogue

Auguste Pointelin appartient à la génération d’artistes de la seconde moitié du XIXe siècle qui affirment la toute puissance de la nature et la fascination du paysage. Peintre farouchement attaché à son indépendance, il fut, de façon assez paradoxale pour nous, accepté de 1866 à sa mort en 1933, au si contesté Salon parisien : « Tous mes tableaux sont empruntés au Jura, (…). Et n'étant pas encore parvenu à réaliser en cela mon idéal, je continue et continuerai jusqu'au bout de m'y efforcer, quitte à laisser croire chez moi à l'impuissance de faire autre chose ». Il trouva son épanouissement dans la représentation de la ligne ciselée des plateaux, combes ou vallons de sa terre natale. Pointelin est proche des impressionnistes artistes de la pure de la nature pure, qu’enchantent les campagnes presque urbaines et la fraicheur des vibrations joyeusement ensoleillées ; lui en revanche, préfère les aubes et d’ineffables crépuscules. Comme tous, inlassablement, il parcourt la campagne, mais peint ensuite de mémoire dans son atelier parisien ou jurassien.

L’amateur contemporain — cet esprit moderne dont rêvait Baudelaire — lucide, sensible, ironique, dans un siècle qui en a tant vu, sera sans doute touché par cet artiste discret entre tous. L’authenticité de son obstination pour l’essentiel réussit d’étranges paysages au delà de toute représentation, et approche la « peinture pure ». Landes désertes, arbres solitaires et décharnés, lumières d’ailleurs. Comme chez Friedrich, Rothko ou Benerath, par le silence abstrait et sensuel de la Nature transfigurée, se lève, absent de tout bouquet, le parfum sublime et insaisissable de l’Éternité. Par la diversité des contributions et par son iconographie très riche, ce livre fait l’état de la recherche concernant Auguste Pointelin depuis plus de vingt-cinq ans et sert également de catalogue aux expositions consacrées à celui-ci et ses proches par les musées du Jura.






L'ÉCOLE COMTOISE

A. Estignard, Giacomotti, sa vie, ses œuvres (introduction), 1911

 

Féconde aujourd'hui en artistes peintres ou sculpteurs, sinon d'une grande célébrité, du moins d'un talent incontesté, l'École comtoise a débuté timidement, sans que rien fît croire à son brillant avenir.

Au xvie siècle, elle n'existe guère et on ne découvre que difficilement des œuvres méritant un souvenir. Il en est à peu près de même de 1600 à 1700. Et cependant la Franche-Comté est rapprochée des Flandres et aussi de l'Espagne ; il y a entre elle et ces deux pays des relations fréquentes ; elle est attirée par ses intérêts commerciaux vers Bruxelles et vers toutes les villes de Belgique et de Hollande. Et à cette même époque, au xviie siècle, l'école hollandaise est à l'apogée de sa gloire.

L'Espagne n'est pas moins bien représentée au point de vue artistique ; des personnages de marque, les Granvelle, sont souvent en Espagne ; il y a des sympathies entre les deux pays, sympathies d'autant plus rationnelles que l'Espagne n’abuse pas de son autorité et essaie de se faire aimer ; mais dans ces temps agités, la Comté est fréquemment troublée par des bandes armées qui enlèvent aux populations la sécurité et le calme nécessaires à toute manifestation réfléchie de la pensée. Beaucoup d'artistes vont au loin, malgré les difficultés et les dangers d'un voyage, chercher la tranquillité, la notoriété et la fortune sous d'autres climats. Ils ne songent pas à Paris dont ils ignorent la route, qui ne possède pas de chefs-d'œuvre ou du moins qui ne peut leur fournir les merveilles de l'Italie ; ils préfèrent Rome ; c'est sur la ville éternelle qu'ils se dirigent, obéissant à la vocation artistique, l'une des plus impérieuses.

On rencontre cependant dans quelques églises, dans certaines familles et dans les musées quelques tableaux curieux ; Baudot, né à Moncey, a laissé le portrait de plusieurs comtes souverains de la Franche-Comté, de plusieurs sires de Salins, d'Étienne de Vienne, archevêque de Besançon.

L'église de la Madeleine possède la Vierge aux saints de Rately, année 1636 ; la Légende de saint Crépin, peinte en 1657, par Guérin ; une Sainte Famille, de Jean-Erasme Quellin (Quellinus junior), 1672. À cette même époque, vivait en Franche-Comté, et souvent en Italie, un peintre, Jacques Prévost, dont nous ignorons aujourd'hui la date et le lieu de naissance. Quelques érudits prétendent qu'il était né à Gray en 1610. M. le docteur Bourdin dit qu'il était originaire de Pesmes — ce qui nous paraît exact — au commencement du xvie siècle ou à la fin du xve. Ce que l'on peut affirmer, c'est qu'il quitta fort jeune son pays pour se rendre à Rome, où il fut placé comme apprenti dans les ateliers de maître Claude Duchet, originaire de Salins, éditeur d'estampes ; il eut pour protecteur le cardinal de Givry, ami des arts et l'un des plus riches prélats de la chrétienté ; il a peint pour la cathédrale de Langres la Mort de la Vierge et un grand tableau, une Descente de croix ; pour la modeste église de Pesmes, une Sainte Famille qui a été achetée par le musée de Besançon et qui rappelle les créations de l'école florentine. Mais un artiste qui se distingue de tous ses compatriotes, c'est Jacques Courtois, dit le Bourguignon, qui devait se faire une célébrité par ses combats de cavalerie. Né à Saint-Hippolyte en 1621, travailleur infatigable, élève du Guide et de l’Albane, mais indocile et volontaire, il ne se préoccupait guère de l'enseignement de ses maîtres. Il multiplie ses tableaux de batailles ; il se repose en variant ses compositions, en peignant la Vie de saint Ignace, le Massacre des Innocents, les Femmes illustres de l'Ancien Testament.

Il est le seul Comtois qui, au xviie siècle, parvint à s'illustrer.

Un siècle après le Bourguignon, Gresly, né en 1712 à l'Isle-sur-le-Doubs, peignait des scènes d'auberges, des jeunes filles, des trompe-l'oeil, des effets à la chandelle qu'il réussissait à merveille. Il avait un talent tout spécial pour copier les tableaux anciens. On en trouve encore quelques-uns dans notre province, mais le plus souvent il les vendait lui-même à Paris ; il est populaire, jamais trivial, parfois gracieux, il fait pour le choix de ses sujets un frappant contraste avec ses contemporains disposés à peindre des divinités, des nymphes et des naïades.

Donat Nonotte, plus jeune que Gresly de quelques années, s'était fait une réputation comme dessinateur habile. Il devint peintre du roi, et était le frère du Jésuite que Voltaire, furieux de ses critiques, bien qu'elles fussent modérées et le plus souvent fondées, a cruellement injurié. L'auteur de l'histoire du comté de Bourgogne, Dunod, avait encouragé ses débuts en lui commandant un tableau représentant la « surprise de la ville de Besançon par les huguenots. » Mais le jeune peintre ne resta pas longtemps dans son pays et préféra s'établir à Lyon et y fonder une école gratuite de dessin. Le musée de Besançon possède le portrait de Nonotte peint par lui-même en 1756 et le portrait de Mme Nonotte, en 1759, de la main de son mari. Les portraits sont, à cette époque, fort à la mode. Tout chef de famille noble ou bourgeoise, tout personnage d'importance veut laisser trace de son passage en ce monde, un souvenir, un tableau qui rappelle ses traits à ceux qui l'ont affectionné. Ce sentiment qui s'explique a un peu disparu, ou du moins s'est atténué ; dans beaucoup de familles favorisées de la fortune, vivant sinon dans le luxe, du moins dans une honnête aisance, on se contente souvent d'une photographie. Est-ce par un sentiment d'indifférence ? Est-ce pour s'éviter les frais d'une peinture de prix ? Est-ce parce que beaucoup de gens intelligents comprennent peu la peinture ou du moins ne s'y intéressent en aucune façon ? Mais le plus souvent les portraits ne sont pas exécutés de main de maître et n'ont que peu de valeur. C'est à peine si quelques noms parviennent jusqu'à nous. Mais voici qu'apparaît, en 1763, un véritable artiste, Melchior Wyrsch, d'une grande facilité, d'une fécondité surprenante, qui copie la nature avec une palette aussi riche que les Bolonais ou les Romains. Il est né en Suisse, dans le canton d’Untervalden, il arrive d'Italie, où il a complété ses études en se faisant admettre à la villa Médicis sous la direction de Natoire et de Troy. Son mérite est immédiatement reconnu, beaucoup de personnages s'empressent de recourir à lui dans le vague espoir d'être immortalisés.

Nous le revendiquons comme un des nôtres, parce qu'il est arrivé fort jeune dans notre ville, parce qu'il a été le peintre de toutes nos célébrités comtoises, de tous nos personnages en renom : chefs militaires, membres du Parlement, intendants de la province, représentants de la noblesse, de la haute bourgeoisie, de toutes les femmes élégantes de son temps. Nous le considérons comme un de nos compatriotes, parce que la municipalité l'avait nommé citoyen de Besançon, parce qu'il y a vécu vingt-sept ans.

Peu avant la Révolution, Chazerand, Péquignot, Jourdain et Pérez1 se signalaient comme portraitistes.

Chazerand, né en 1757, avait obtenu le premier prix de peinture à l'école de Besançon, en 1780, et mourut à l'hôpital, jeune, découragé, parce que la ville de Besançon lui avait, pour divers travaux, préféré des étrangers. Il composait facilement et peignait avec grâce, d'une couleur délicate, fine et légère, d'un pinceau hardi, avec une science du dessin que l'on ne peut contester. Quelques-unes de ses œuvres ont décoré plusieurs églises, la cathédrale de Saint-Jean, la Madeleine et l'église des Visitandines. L'Assomption qui est à la Madeleine est un de ses meilleurs tableaux.

Pérez peignait le portrait et le réussissait, mais les années ont bruni ses tons, et ses œuvres sont loin d'avoir conservé l'éclat, la vigueur des tableaux de son maître.

Péquignot, qui était né à Baume, mériterait d'être mieux connu ; il fut l'un des meilleurs élèves de Wyrsch, l'intime ami de Girodet, qui, dans des vers pompeusement emphatiques, mais inspirés par une affection profonde, lui avait prédit la célébrité ; fort jeune, il avait quitté son pays pour l'Italie et y avait vécu la majeure partie de sa vie.

Enfin Pierre et Joseph Franque2, frères jumeaux, des Jurassiens que pensionna la Convention et qu'elle plaça dans l'atelier de David, étaient des copistes d'une habileté contestable et des restaurateurs de tableaux sans talent.

Jusqu'ici les tableaux historiques ont été délaissés, il en a été de même du paysage, de la peinture de genre, il n'y a que la peinture religieuse qui ait eu ses ardents partisans, et qui, sous Louis XIV et sous Louis XV, ait progressé.

Au xixe siècle, tout se modifie.

La peinture historique, la plus importante sans contredit, celle qui prête le plus au développement de la pensée, celle que le public doit comprendre le plus volontiers parce qu'il peut s'appuyer sur une base en dehors des règles matérielles de l'art, celle où l'école française a recueilli le plus de palmes triomphales, n'était guère en honneur en 1790, ni en France, ni dans notre province. L'école de David la fait revivre. Les victoires de l'empire contribuent à ses progrès. Des peintres d'un talent incontesté, d'un vrai patriotisme, veulent perpétuer le souvenir de nos exploits, et les peintres d'histoire, qui en FrancheComté n'existaient guère, deviennent nombreux. Lancrenon ne se confine pas seulement dans la mythologie, dans le fleuve Scamandre et dans le portrait, il peint Tobie rendant la vue à son père, l'Apothéose de sainte Geneviève et quelques peintures décoratives.

Gigoux arrive à la célébrité avec un seul tableau, Les derniers moments de Léonard de Vinci ; il montre moins de talent dans la Veille d'Austerlitz, la Mort de Cléopâtre, Henri IV et Gabrielle d'Estrées, Saint-Lambert et Mme d'Houdetot. Gérôme a un cachet spécial, une imagination brillante, une érudition variée et compose des œuvres historiques qui lui assurent la plus haute notoriété : Ave, Cæsar, imperator ; Phryné devant le tribunal ; la Mort de César ; l'Évêque Belzunce à Marseille ; l'Éminence grise, etc. Faustin Besson peint la Vie de Lantara, les Amours de Boucher, Marie-Antoinette, deux scènes de la vie de Grétry. Édouard Baille nous montre Léon X visitant les loges de Raphaël, le Tintoret et l'Arétin, Joseppin et Annibal. Brune, d'origine franc-comtoise, nourri des préceptes de l'école vénitienne, décore d’un pinceau bien accentué la salle du Sénat au Luxembourg.

La peinture religieuse s'était de tout temps développée en Franche-Comté, elle s'affirme mieux encore depuis 1800.

Chaque jour on entend dire et on écrit qu'il n'y a plus d'art religieux en France, que les artistes n'ont pas la foi ; nous devons reconnaître que nous n'avons plus des hommes de génie ; nous ne pouvons cependant oublier des œuvres empreintes à un haut degré de l'onction religieuse : Ary Scheffer, le peintre de Sainte Monique et saint Augustin, du Christ portant sa croix; les œuvres des deux Flandrin, d'Hébert, de Bénouville, qui n'a vécu que trente-huit ans, l'auteur d'un tableau qui produisit au Salon une sensation des plus vives : La mort de saint François d'Assise. Dans notre pays, la peinture religieuse est plutôt en progrès. Il y a sans doute des peintres qui auraient dû naître au temps des fêtes galantes ; qui, se souvenant trop de Watteau, nous représentent des Madeleines comme d'aimables filles que tourmentent peu le remords ou le repentir ; mais James Tissot s'est montré le digne élève d'Hippolyte Flandrin. Son œuvre capitale : La vie de Jésus, est l'une des œuvres les plus importantes, les plus remarquables de notre temps. Il s'est rapproché de Raphaël dans l'art de jeter les draperies. Son dessin est toujours correct ; ses figures sont d'une attitude noble ; l'expression en est délicate et suave. Les tableaux de Chartran sont empreints d'un sentiment religieux moins profond, mais dignes de sa haute réputation et de son grand talent. Gigoux lui-même, dans ses peintures à l'église Saint-Gervais, dans ses Madeleines, dans le Martyre des apôtres, s'affirme croyant. Un autre artiste que nous ne pouvons trop apprécier se présente à nous, animé du feu sacré ; Aubert, qui habite nos montagnes, Franc-Comtois de cour sinon de naissance, qui se montre chrétien avec la grâce et l'onction du xve siècle, qui en même temps nous rappelle les figures de la Grèce antique, dont nous pouvons admirer la science du dessin, le coloris, dans les grands tableaux qui décorent à Besançon l'église Notre-Dame et, à Paris, l'église Notre-Dame des Champs.

Édouard Baille, homme austère et catholique ardent, a composé, lui aussi, des œuvres où éclatent ses convictions et sa foi en Dieu. Les fresques de la chapelle du Collège catholique, confisquées, volées par la République, suffiraient pour faire vivre son nom. Deux de ses élèves, Louis Baille, son neveu, et Enders, admis tous deux maintes fois au Salon, attestent la valeur de l'enseignement de leur maître. Louis Baille a embelli de ses tableaux de nombreuses églises, il a peint, pour l'église du séminaire de Besançon, une Sainte Famille fort appréciée. M. Enders produit aujourd'hui de grandes peintures décoratives. Tous deux peintres de portraits.

La peinture de portraits s'est de plus en plus développée avec Courbet, Gérôme, Giacomotti, Machard, Courtois, Édouard Baille. Courbet a fait des portraits superbes : le portrait de son père, L'homme à la ceinture de cuir, de nombreux portraits représentant Gustave Courbet peint par lui-même et dont plusieurs appartiennent à Mlle Courbet. Machard a laissé plusieurs portraits de femmes, peintures à l'huile et pastels, qui ne seraient pas déplacés auprès de ceux des grands maîtres.

Ces peintres habiles ont été suivis de toute une phalange d'élite.

Muenier, élève de Gérôme, portraitiste, dont plusieurs tableaux ont été pendant quelques années au Luxembourg, de 1890 à 1898, dont les œuvres, notamment le portrait de Mme Muenier, rappellent la peinture de Dagnan-Bouveret. Il est médaillé ; il peint non seulement le portrait, mais le paysage avec figures et en outre des scènes d'intérieur. C'est un intimiste qui pourrait être classé parmi les peintres de genre.

Tirode, professeur à l'école de Besançon, élève de Giacomotti, peinture gracieuse, touche légère, coloris harmonieux, ressemblance parfaite.

Laurens3, élève de Giacomotti, peinture vigoureuse, dessinateur consciencieux.

Seraz4, dont les œuvres sont d'une exécution large et facile.

Édouard Michel-Lançon, élève d'Édouard Baille, de Lehmann et de Machard, portraitiste, a décoré de nombreuses salles de mairie, notamment celle de Suresnes.

Les peintres de genre étaient à peu près inconnus dans notre province ; il y avait des tableaux de batailles et de peintures religieuses, mais peu d'artistes aux compositions gracieuses, empreintes d'élégance et de distinction. L'École comtoise est riche aujourd'hui en hommes ayant conquis une haute notoriété : Gigoux, Gérôme, Henri Baron, James Tissot, Courtois, Faustin Besson, Giacomotti, Tony Faivre. Baron est un de nos meilleurs peintres de genre. Il a pour lui la science du dessin, le coloris et le sentiment de l'art. Courtois a peint Dante et Virgile aux enfers, composition vigoureuse d'une imagination dantesque. À côté de ces artistes éminents, mentionnons encore Lobrichon, un Jacques Stella doué d'une imagination plus vive et plus enjouée. Lobrichon, qui s'est spécialisé dans la peinture des enfants, se plaît à reproduire leurs jeux, leurs mots heureux, est fort apprécié du public. La hotte de Croquemitaine, Le petit Noël, les deux pendants, se sont vendus aux enchères 15,000 fr.

N'oublions pas Pérez, graveur autant que peintre, élève de Gigoux, qui a aidé son maître à composer les illustrations du Gil Blas et a laissé des tableaux, La fête dans l'Isle, La saison des roses, etc., que des experts habiles confondent avec les toiles de Henri Baron.

Georges Girardot, né à Besançon, élève d'Albert Maignan, qui a peint : Les Dieux s'en vont, Le sommeil des sirènes. Médaillé.

Læthier, qui étudiait Delatour, Perroneau, Chardin, qui accompagnait Brazza au Congo et en rapportait des pastels d'après les sites de ce pays, des dessins reproduisant des indigènes et publiés dans le Tour du monde.

Lucien Pillot, élève de Giacomotti et de Bonnat. Lauréat de l'Académie des beaux-arts. Expose au Salon depuis 1906. A peint : Nuit d'août, Au bord de l'abîme, ce qui lui a valu le prix Brizard. Compose des paysages avec figures, tableaux de genre. Peint, en outre, des portraits à l'huile et de remarquables portraits à la sanguine ; il n'a que vingt-huit ans.

Jules Adler, élève de Bouguereau, Robert-Fleury, Dagnan-Bouveret : Scènes d'ouvriers, L'homme à la blouse, Chemin de halage.

Pétua, professeur à l'école zurichoise de Winterthur, peintre de genre et de portraits, d'Ève, Psyché, la Jeunesse (allégorie). Lombard, portraitiste et paysagiste, qui chaque année est en progrès ; le baron de Fraguier, qui poussait à l'excès dans quelques tableaux l'amour des détails, mais dont les croquis, les études attestent de la facilité. Auguste et André Lançon, tous deux de Saint-Claude (Jura). L'un, Auguste, sculpteur et peintre qui a reproduit des épisodes de la guerre 1870-71 ; le second, André, peintre et graveur, élève de Picot. Victor Guillemin, qui rappelait l'école hollandaise, et rendait avec beaucoup de vérité des scènes villageoises. Bavoux, qui peignait des paysages, des portraits, des fruits, excellent professeur. Billardet, élève de Paul Delaroche. Bretegnier, élève de Gérôme et de Meissonnier (La lecture de la Bible). Edmond Picard, élève de J.-P. Laurens (Le ramoneur).

Les paysagistes nos ancêtres étaient sans ambition. Ils ne rêvaient ni de très hautes destinées, ni des tableaux de grande dimension, ils ne songeaient même pas à copier la nature. Leurs travaux se bornaient le plus souvent à des paysages de convention, ils décoraient des appartements, peignaient des dessus de portes, s'inspiraient dans leurs compositions des œuvres du Poussin. Peu à peu le paysage académique devint de plus en plus rare. On visa moins à la solennité du sujet, on s'éprit de la nature, on chercha surtout à en reproduire le charme séduisant, à la montrer telle qu'elle a été créée, dans toute sa vérité. C'est la grande École qui apparaissait, celle qui devait être féconde et qui travaille pour l'avenir.

Ne nous en étonnons pas. La province comtoise est un merveilleux pays ; ses sites pittoresques, harmonieux et variés, devaient fatalement charmer ses habitants et les pousser à reproduire dans leurs divers aspects ce qu'ils aimaient et admiraient. Ces peintres sont nombreux. Les uns travaillent avec leur tête, leur imagination, leur mémoire, les autres étudient avec leur cour ; il en est qui nous montrent une nature toute de fantaisie, il en est qui la copient naïvement, quelques-uns l'arrangent et essaient de lui donner du style. C'était ainsi à toutes les époques de notre histoire.

Parmi ceux qui copient sans se préoccuper d'idéaliser, se place Courbet, qui a fait des merveilles, qui a laissé aussi des œuvres sans grande valeur, peintes pendant son séjour en Suisse, après la Commune, signées de lui bien qu'il n'y ait travaillé qu'une ou deux heures, et que l'on pourrait dire inachevées.

Ceux qui viennent après lui ne le suivent que de loin ; il en est qui n'ont pas habité notre région. Clésinger, qui en Italie occupait ses loisirs à peindre la campagne romaine avec vigueur et hardiesse, avec de violents effets de lumière et d'ombre, tableaux peu nombreux.

Pointelin, dont le Luxembourg possède plusieurs toiles qui sont loin de valoir celles de ses premières années.

Robinet qui, en reproduisant en miniature le caillou, la feuille, la vague et des ciels superbes, a conquis la notoriété et s'est fait apprécier des collectionneurs, surtout des Américains.

Rapin, élève de Gérôme, de Gleize et de Français, bon coloris, composition bien équilibrée.

Et autour de nous, de nombreux artistes fidèles à leur province travaillent avec autant d'ardeur que de succès.

Boudot a deux tableaux au Luxembourg ; l'un : Saison dorée, est vraiment remarquable ; sans viser à l'éclat, et avec des tons doux et harmonieux, une couleur fine, il se montre toujours habile interprète de la nature dans sa poésie fugitive.

Chudant, conservateur du musée de Besançon, impressionniste dans ses premières années, orientaliste, ne s'en est pas tenu tout d'abord à la nature qui fleurit et verdoie en Franche-Comté et est allé la chercher en Algérie ; il a peint un grand et beau tableau, l'Amirauté d'Alger, destiné au musée de Besançon. Dans ses heures de loisirs, il compose des éventails, réussit fort bien les fleurs, puis se plaît aujourd'hui dans l'étude, la contemplation de son pays natal, et copie les bords pittoresques de l'Ognon.

Trémollière peint volontiers des crépuscules, les dernières heures du jour, des scènes de chasse, de jolis pastels, des études de femmes ; ses œuvres sont toujours vraies, portent à la rêverie, et en même temps séduisent les yeux. Son coloris est argentin, sa manière parfois vaporeuse. Il est l'arrière-petit-fils de Trémollière, Pierre-Charles, qui était l'élève de Van Loo et membre de l'Académie en 1737.

Fanart avait le tort de ne pas copier la nature et de nous la montrer toujours sous le même aspect.

Louis Vernier a laissé quelques tableaux recommandables, les Bords de la Tamise, le Retour de la pêche.

Les aquarellistes ne sont pas moins nombreux que les peintres à l'huile.

L'un des plus distingués, des plus féconds, Adrien Pâris, a copié sur nature, à Rome et dans quelques villes d'Italie, un grand nombre de monuments, édifices, villas, parcs et jardins, il a composé des décors pour la plupart des opéras de son temps, pour Phèdre, les Danaïdes, Evelina, Xerxés, Médée, etc., le tout à l'aquarelle ou à la gouache.

À la même époque, Lechendé peint la Revue de Chamars en 1780.

Plus tard, Borel, directeur de l'école de dessin à Besançon, se fait une réputation par ses portraits en miniature. Bertrand peint la rotonde et les jardins de la préfecture et exerce son talent de caricaturiste dans d'intéressantes aquarelles. Gigoux, Baron, Giacomotti, Tony Faivre, ont recours à la peinture à l'eau et se montrent les égaux des vieux maîtres.

M. Alfred d’Hotelans étudiait avec la poésie de la couleur et du sentiment, aimait et savait apprécier la peinture, encourageait le talent.

Plusieurs femmes cultivent avec succès peinture à l'huile et aquarelle ; nous devons mentionner Mme Éléonore Escallier, de Poligny, élève de Ziegler, plusieurs fois médaillée, qui a peint de nombreux panneaux décoratifs. Mme Escallier a eu une réputation que justifiait son talent.

Mlles Basire, d'origine comtoise, se montrent fort habiles dans la peinture des fleurs, des paysages, et leurs œuvres, appréciées et recherchées, plusieurs fois admises au Salon, se vendent facilement à Paris et en province ; quelques-unes figuraient à la dernière exposition de Besançon.

Mlle Pelissier reproduit des sous-bois avec un talent réel.

Les peintres amateurs méritent aussi une mention spéciale.

L'un d'eux, Jules Grenier, avait recours à l'aquarelle gouachée ; le plus souvent ce ne sont que des croquis, dans lesquels son pinceau court sans apprêt et se joue en toute liberté. Ses ciels sont parfois admirables de vérité.

Mme Albert Viellard, née Louise de Lispré, manifesta dès son enfance un goût très prononcé pour les arts. Initiée par son père à l'art du dessin et de l'aquarelle, puis élève de Rivoire et de Blanche-Odin, pour les fleurs, elle entrait à vingt ans au Salon des artistes français.

M. de Lispré a exposé plusieurs fois à ce même Salon des tableaux à l'huile, paysages ou natures mortes, puis s'est adonné exclusivement à l'aquarelle, qu'il réussit à merveille. C'est frais, éclatant de lumière, enlevé avec une spirituelle finesse.

M. Albert d’Assignies, né à Montmirey-la-Ville, paysagiste, élève de Harpignies, a étudié pendant plusieurs années dans le midi. Revenu en Franche-Comté, il se consacre à en reproduire les sites curieux et pittoresques. Ses lointains, ses ciels sont, comme ceux de M. de Lispré, d'une limpidité remarquable.

M. Marcel Ordinaire, élève de Courbet et de Français, comprenait le paysage sous tous ses aspects.

Pour terminer cette longue liste qui fait honneur à notre pays, rendons hommage à l'un de nos compatriotes les plus habiles, à Isenbart, qui reproduit la nature sous ses aspects les plus riants, les plus divers, qui sait surtout nous montrer dans leur vérité nos montagnes du Doubs, nos forêts de sapins, et qui, tout en embellissant ce qu'il a sous les yeux, y met un parfum de réalité que l'on ne peut trop apprécier. Il semble né pour peindre ce qui nous charme, une nature verdoyante et riche, aussi bien que des sites sauvages, l'ombre et le mystère.

Plusieurs de nos artistes comtois ont disparu entourés de toutes nos sympathies, de tous nos sentiments de haute estime, et la mort a récemment frappé Tissot, Becquet, Chartran, Giacomotti, dignes d'une biographie complète et détaillée ; j'ai accompli un devoir en retraçant la vie de Becquet, je continue ma galerie des artistes comtois en étudiant l'œuvre de Giacomotti. Je l'ai connu depuis de longues années ; j'ai été parfois le confident de ses préoccupations, de ses peines, j'ai pu apprécier non seulement son talent, mais son esprit d'indépendance, la fermeté de ses convictions, l'honorabilité de sa vie, la bonté de son cœur. C'est avec un sentiment de tristesse et de regret que j'essaie de faire revivre l'homme et l'artiste.




Notes


1) — L'abbé Brune semble l'avoir oublié… Je n'ai pas trouvé trace de ce peintre.

2) — Les frères Franque seraient plus vraisemblablement nés dans la Drôme, à Buis-les-Baronnies.

3) — Jean-Paul Laurens, né à Besançon (?-?). Prof. aux Beaux-Arts de la ville.

4) — Georges Serraz, Is-sur-Tille 1883 - Paris 1964), peintre et sculpteur.